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L’une est brune, l’autre moins. 21 juillet, 2008

Posté par hiram3330 dans : Silhouettes , trackback

L’une est brune, l’autre moins.

 

Face à face, les yeux dans les yeux, à peine séparée par deux bureaux jonchés de dossiers et de papiers de bonbon vides, l’une est brune, l’autre moins.

Un sourd grelottement déclenche soudain le jaillissement de mains, aux ongles teintés, qui s’escriment à happer le téléphone se trémoussant d’impatience, tout guilleret d’être ainsi caressé et l’objet de tant de convoitises voluptueuses.

Une paire de soupirs s’échappent au son d’une voix ensoleillée emplie de « s’il vous plait – merci » ; non ce n’était ni l’heure du tgv, ni celle de la visite médicale … plus tard peut être ?

Frustrés deux nez replongent à l’unisson vers le jaune du quotidien tandis que s’envolent des pensées … des pensées de chocolat dur et de fromage mou.

L’une rêve, l’autre aussi.

Un clin d’oeil, une boutade et le rire, fou, s’enfle, éclate et ruisselle sans retenue aucune jusqu’à éclabousser les vieilles armoires étonnées de tant de gaieté inusité en ce lieu de réflexions et de recueillement.

Une seconde cascade d’hilarité explose, comme ça, pour rien, et va même troubler le cannibale d’en bas, la momie d’à côté, jusqu’au zin-zin mécanique dont l’oeil, tel celui de caïn, rouge, rythme le temps à travers les morsures des badges.

L’une s’étouffe, l’autre s’étrangle.

Un doux babillement s’écarte pour laisser place au caquètement, puis au jacassement qui remplit, sans pudeur et sans crainte, ce petit cagibi centre vital de l’expansion démographique internationale.

Devant la fenêtre, grâce au soleil complice, se dessine ce duo vêtu de tissu diaphane ne laissant aucun doute sur le trouble sensuel qui ne manque pas de s’insinuer, tel un parfum poivré, dans l’ensemble de la Direction.

Pas d’erreur ce sont bien elles : les succubes !

L’une n’est pas grande, l’autre non plus.

C’est alors que se déclenche la fureur de l’avalanche, le poids des mots, le choc des images en un tourbillon démentiel et dithyrambique que d’aucun subodorent n’être dûs qu’à quelques vapeurs éthyliques ; mais non.

L’une est sobre, l’autre ……. aussi.

Et tout se calme, et tout s’apaise par un ollé murmuré sur une pierre de la saint Jean.

Un bruissement léger, comme le bruit de bas de soie qui se frottent, ou d’un jupon qui se répand au sol, fait frémir l’atmosphère et électrise l’ambiance. Serait-ce … non … non ce n’est qu’une sous chemise, bleue, qui se froisse et se tord, de plaisir, entre les doigts carminés.

Songeuse l’une sourit, l’autre aussi.

Ding-dong fait la tête d’une collègue au regard bovidéen, d’où son surnom, apparaissant par l’étrange lucarne qui rappelle une guillotine, pour signaler que c’est l’heure déjà, enfin.

Une double illumination éclaire deux visages et éblouit deux regards qui se croisent en un éclair.

Et c’est la cavalcade, la charge héroïque de la cavalerie légère ; l’air surchauffé est zébré de reflets rouge du bout des doigts qui rangent, sans douceur, les décombres et les débris d’une journée d’épuisant labeur.

Heureuse et charmante l’une rayonne, l’autre aussi.

Un ouragan de robes panachées, un crépitement de talons s’éloignent ne laissant plus trainer que quelques effluves éparses d’un parfum désormais orphelin, dans cette pièce sans âme et morne qu’un néon, blafard, n’arrive pas à raviver.

Au bout de cette folle course, entre la tisane et la douche, un sport ludique se glisse où, deux flammes blanches, deux feux follets se précipitent de droite à gauche, et inversement, afin de frapper, sans faiblesse, une pauvre balle toute contente d’y échapper si souvent.

L’une s’essoufle et rougit, l’autre rougit et s’essoufle.

Enfin, déjà, le firmament s’obscurcit pour laisser place à un dais noir, piqueté de milliards d’escarboucles argentées, jouant avec le disque lunaire dont la frêle clarté recouvre, avec délicatesse et tendresse, les deux silhouettes qui s’en vont encore précieusement enrobées de pensées qui vagabondent au travers du temps et de l’espace.

L’une, béate, s’endort ; l’autre, s’endort, béate.

Chris

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