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A.G. Bell 31 juillet, 2008

Posté par hiram3330 dans : Billevesees & coquecigrues , trackback

A.G. Bell

 

Il est convenu d’attribuer à A. G. Bell l’invention diabolique de la transmission de la parole humaine via un système mécanique crée par l’homme.

Dans le fond, peu importe pour moi de savoir qui .., par contre l’invention en elle même c’est tout autre chose …. J’en use et en subis l’action de manière journalière, comme vous tous n’est-ce pas ?

Cette « invention » démoniaque, n’ayons pas peur des mots, fut déjà en premier lieu la tombe ouverte pour bon nombre de sorciers et mages divers qui étaient considérés, parfois, comme les indispensables intermédiaires entre l’homme et les esprits. Que viennent faire les « esprits » ici me direz-vous ?

Bonne question ! Les réponses sont aussi multiples que complexes, je les laisse volontiers à la réflexion du vôtre .. d’esprit ..

Pour ce qui me concerne je laisse vaquer le mien, d’esprit, du moins ce qui en tient lieu, sur cette mécanique pouvant encore aujourd’hui avoir des relents de souffre .. Sorcellerie presque que cette créature inanimée mais pourtant, un peu comme le Golem, ayant tant l’apparence de l’humain, par sa capacité de transmission de la voix.

Ça me fait penser soudainement que cette « sorcellerie » est quasiment « miraculeuse » dans le temps de sa naissance fin du XIX° siècle .. d’ici à là bas, sans présence physique humaine on se côse !!! A travers l’Ether, se transmettent, plus ou moins bien, les supports, imparfaits, de la pensée humaine.

De la pensée humaine, soyons clair, il ne s’agit en aucun cas de la transmission de la .. Parole …

La voix, le son, les vibrations donc sont véhiculées via l’impalpable, empruntant la voie de fils et de câbles, pour aller d’un cornet à un autre cornet .. bizarre non ? L’équivalent du fil d’Ariane est cette chose qui, tel un serpent, rampe au sol et telle une aronde va de poteau en poteau, porter le son jusqu’à l’oreille épatée d’un quidam quelque peu esbaudi ….

Et c’est d’un mouvement convulsif que l’on érige les impulsions qui vont jaillir, et servi de vecteur à ce son qui, c’est sûr, sera susurré sous peu au dessous de l’horizon des yeux. Curieux symbole que voilà, un appareil dressé, pris en main, agité, porté aux lèvres pour recueillir l’écume des mots qui vont voguer ensuite sur l’océan houleux de la transmission verbale.

Oui ce sont les mots qui vont voyager, après transmutation quasi alchimique en impulsions électriques je crois, le long des rails que sont devenus les fils, pour relier la bouche à l’oreille …. comme l’expression fort juste  » de bouche à oreille ».

Mais au delà des sons et des mots, c’est la musique et le rythme de la voix qui vont circuler par ces voies et ces aiguillages matériels pour porter, partiellement, l’émotion impalpable de l’humain.

Désormais la communication accélère de jours en jours, au fur et à mesure de l’installation technique de cet outil devenu rapidement usuel dans le monde industrialisé du XX° siècle, un peu comme une « traînée de poudre » qui enflammerait les pavillons acoustiques et brûlerait les lèvres .. car le progrès reste à la disposition de l’homme, autant bénéfique que nocif.

Ainsi la distance, virtuelle, se réduit …. ainsi l’espace pourrait même se contracter en quelque sorte .. ainsi toi qui me parle par ce biais tu deviens mon voisin de palier. Fabuleux, victoire du virtuel sur le réel puisque le kilomètre devient seconde, puisque la vitesse nous rapproche toujours plus, au risque de collision parfois ..

Je suis là, et simultanément ailleurs .. loin .. à ton côté puisque tu entends les modulations de ma voix, puisque nous parlons, puisque nous échangeons en « temps réel » (expression savoureuse par ailleurs) par les mots verbaux, quelquefois verbeux aussi.

Inconvénient encore il y a peu …. le fil ! Nous avions un « fil à la patte », notre expression réduisant, abolissant même la distance nous tenait prisonnier d’un ridicule « fil » de quelques centimètre ; nous étions prisonniers paradoxalement sur place, c’est à dire que pour bénéficier de la liberté d’échange illimité, nous étions astreint .. à demeure .. cocasse non ?

Heureusement l’avancée technologique est devenue exponentielle … le fil, de plus en plus, à laissé place, aux « ondes libres » .. du téléphone sans fil, nous voilà au téléphone cellulaire, et du cellulaire au satellitaire .

Horreur …!

La disparition du « fil » nous a enchaîné sans rémission, pire, sans discussion ce qui, en ce domaine, est un comble ..

Nous voilà devenu esclave de nous même et des autres qui veulent sans cesse nous « parler » .. sans trêve ni repos, l’appareil tinte et danse dans nos poches, va se coller au conduit auditif ; partout, là où nous sommes seul, tout seul, là où nous devenons seul, entouré des autres il nous englue dans de trop nombreuses logorrhées verbales ..

J’ai souvenir, dans ma jeunesse, avoir vu et croisé quelques rares individus parlant seuls dans les rues, objets de toutes les curiosités, ils étaient la cible de tous nos regards mi curieux, mi amusés, mi compatissants, mi affligés .. et oui à l’époque on avait les moyens d’avoir autant de .. « mi » aussi.

Aujourd’hui c’est une nuée de zombis que nous côtoyons, et que nous remarquons parfois, lorsque nous ne sommes point nous même en conversation personnelle, privée, qui nous cernent. Étrange civilisation où la solitude nécessite la foule, où la confidentialité, ou du moins la réserve et l’intimité sont englouties par ces flots de mots vains trop souvent.

Le double cri de ralliement est désormais :  » C’est moi, où té ?! »

Partout et ailleurs retentissent ces mots, quelle que soit l’heure et le jour retentissent ces mots, quelle que soit le pays et la langue retentissent ces mots ..

Alors moi aussi je te dis, à toi qui lis, « c’est moi .. et toi où té ?! « 

Chris

mai 6008

 

 

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