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L’AGE d’or 31 juillet, 2008

Posté par hiram3330 dans : Apports , trackback

L’AGE d’or

 

Je suis né en l’an III de l’âge d’or, ce qui représente l’année 2027 suivant la chronologie ancienne. Mes parents s’étaient rencontrés pendant les grandes émeutes sociales de 2024 au cours desquelles plusieurs dizaines de milliers de personnes trouvèrent la mort à travers toute l’Europe. Ces temps obscurs débouchèrent après plusieurs mois de désordre, de heurts et de folie sur un nouveau contrat social, une nouvelle approche de la société et de la finalité de la vie humaine. Mon père me répète souvent que l’adoption du S.A.V.E., Salaire Automatique de Vie Européen, par le gouvernement des États-Unis d’Europe fut le véritable point de départ de l’âge d’or. S.A.V.E., une mesure d’une simplicité extrême qui révolutionna l’Europe entière et par suite l’humanité. Nous connaissons tous l’article premier de la charte européenne ; « Tout européen a droit dès sa naissance et jusqu’à sa mort à un salaire lui permettant d’assurer sa subsistance. Ce salaire, identique pour tous sera strictement personnel, inaliénable, non transmissible et incessible. Il sera fixé par les autorités compétentes et financé par une taxe sur les flux financiers. » Dès que les décrets d’application furent parus, la société européenne, telle un animal craintif, fut prise d’une étrange torpeur. Les historiens appellent cette période « les semaines chrysalides ». Nulle autre image ne convenait mieux. Car plus qu’une simple mesure économique, le S.A.V.E. imposait de repenser entièrement le travail, l’homme et la société. L’ordre universel qui prévalait depuis des millions d’années venait d’être changé.

Fin du vieil adage « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ». L’Homme n’avait plus besoin de travailler pour se nourrir.

Le gouvernement européen eut la sagesse d’expliquer quotidiennement ses choix politiques et économiques mais surtout prit soin de les étager.

Dans un premier temps, les allocations chômage furent supprimées, rapidement suivies par toutes les aides sociales. Plus de RMI, plus d’allocations familiales, plus de pension pour les handicapés et surtout la fin des retraites.

Les conflits qui éclatèrent furent de courte durée. Il s’avéra vite qu’ils n’étaient pour la plupart dus qu’à des syndicalistes qui réalisaient que le S.A.V.E. signait leur fin, du moins sous la forme qu’ils affectionnaient…

Grâce à la suspension des aides, les États-Unis d’Europe en une seule année liquidèrent leur dette extérieure. Mais l’effet le plus étonnant fut le fruit de la sagesse. Quelques semaines après avoir arrêté toutes les formes d’aide sociale, le gouvernement supprima les charges patronales correspondantes ! D’un simple trait de plume, les entreprises européennes furent propulsées au premier rang mondial !

Cumulant technologie, main d’œuvre de plus en plus qualifiée grâce à une formation professionnelle performante et capacité de production, leur compétitivité balaya les concurrents comme une réunion de nains de jardin dans un club de bowling. C’est à la fin de la première année d’instauration du S.A.V.E. qu’eut lieu le coup d’état qui mît en place le gouvernement fantoche manipulé en sous-main par
la CIA. Trois mois de parenthèses qui se terminèrent par la fuite en mer, dans la région de Nice de tous ces traîtres à la nation. Les Marines les attendaient dans la baie des Anges, ces cochons !
Leur fuite fut saluée par une semaine de festivités et l’on décida de changer la datation à partir de cette année là. La vie reprit son cours doré. Les caisses de l’état se mirent à regorger. Dès l’an III, l’accès aux soins était gratuit pour les 400 millions d’européens. L’an IV vit la fin de l’impôt sur le revenu. Aujourd’hui, nous avons la fiscalité la plus basse du monde ; les entreprises étrangères s’installent et investissent sur notre sol. Les cerveaux de la planète se battent pour travailler dans nos laboratoires. Si bien que les thérapies géniques font des progrès tels que les maladies les plus graves sont en passe d’être éradiquées. Les yeux du monde entier sont braqués sur l’Europe.

Mais me direz-vous, comment vit le citoyen de base des États-Unis d’Europe ? Oh ! Il a bien changé depuis le « siècle des misères », le 20ème. Lors de la mise en place du S.A.V.E., on n’avait pas assisté à la vague gigantesque de démissions à laquelle on aurait pu s’attendre. Du moins ces cessations d’activités s’étaient étagé et n’avaient pas désorganisé le pays. Le citoyen s’était mis à travailler plus sereinement. Quoi qu’il advienne, sa subsistance et celle de sa famille étaient assurées. Les rapports employeur-salarié devinrent plus simples et plus sains. On travaillait pour gagner plus, c’est vrai, car le S.A.V.E. ne permettait pas de mener grand train, mais peu à peu on se mît à travailler par plaisir ! Pendant des siècles, le travail avait été châtiment divin et aujourd’hui il devenait plaisir.

Les années s’écoulant, les mutations de la société sont plus précises. Déjà la criminalité avoisine le zéro absolu. Amasser de l’argent sans autre but que de voir grimper son compte en banque, est de plus en plus mal vu. La propriété individuelle devient rationnelle. A quoi bon avoir dix maisons quand il n’est possible d’en habiter qu’une à la fois ? Il est plus satisfaisant de savoir que neuf familles ne vivent plus dehors… Nous avons fait notre cette pensée très sage venue des temps où justement la sagesse faisait défaut ; « Il y a sur Terre assez pour les besoins de chacun mais pas assez pour l’avidité de tous. » De ce fait, les loyers baissent. Les produits de première nécessité sont quasiment au prix coûtant. Il est normal de faire payer le superflu mais pas le nécessaire !

Évidement, certains conservent cette mentalité désuète qui veut que l’on ait plus que le voisin. Une maison plus grande, une voiture plus belle. Nous savons bien que la prochaine génération sera meilleure que la nôtre et verra la disparition de sentiments aussi antisociaux que la jalousie, la convoitise et l’orgueil. Du coup les citoyens se sont rapprochés et la solidarité joue à plein. Bien sûr, il existe toute une frange de la population qui refuse de travailler et se contente du S.A.V.E.. Mais les oisifs sont rares. Le milieu associatif n’a jamais été aussi florissant. On s’occupe d’Art, de philosophie. On pense, on écrit, on crée. Le temps n’est plus compté ; on peut en donner aux autres. Les gens sont heureux, simplement. C’est cela l’âge d’or. Enfin égaux, en tout, pour tout. Avoir pour la première fois dans l’Histoire la complète maîtrise de sa vie, la mener comme on l’entend, sans que nulle contrainte, autre que le bien commun, ne vienne nous contrarier. J’ai vu hier dans un vieil album une photo de mon grand-père, instituteur. Au fronton de son école il y avait écrit « Liberté, Égalité, Fraternité ». Comment pouvaient-ils, à l’époque, avoir la moindre idée de ce que cela signifiait ?

Jérôme G.

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Commentaires»

  1. Que j’aimerais vivre pour connaître cet âge d’or !

    PS : je découvre ton blog via le commentaire que tu as laissé chez moi… et la visite est belle.

    Répondre

  2. … Il y a juste un petit grain de sable dans ce système parfait:
    Si l’être humain n’a plus besoin de travailler pour sa subsistance, pourquoi le ferait-il?

    Répondre

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