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Etroitesse 22 juillet, 2008

Posté par hiram3330 dans : Billevesees & coquecigrues , ajouter un commentaire

Etroitesse

 

Me revoici enfin, moi le conquérant qui ai vaincu le vide interstellaire et violé les étoiles lointaines.

La foule se presse et applaudit à tout rompre. Quel vacarme ! J’ai perdu l’habitude du bruit en explorant l’infini insondable, seul pendant quatre longues années.

Je suis de retour et ces gens m’effayent et me font horreur. Déjà la sécurité m’entraîne et m’entoure de toutes parts tandis qu’à mes oreilles bourdonnent les messages des gouvernants de ce monde étriqué et minuscule. Les « savants » m’attendent avec impatience pour vider mon cerveau des beautés de la nuit glacée et des astres brillants. Si j’avais su … mais je savais en fait ; et puis, quelle importance. Jamais ils ne sauront, jamais je ne parlerai, non jamais !

Non l’espace n’est pas vide, non nous ne sommes pas seuls ; mais j’ai promis que je resterai muet …

Que dire ? personne ne pourrait comprendre et tous auraient peur et se prépareraient à la destruction massive et irréfléchie. Pour perdre, bien sûr, car l’atome et le laser ne pèsent rien contre la beauté, la force et la sagesse, la puissance mentale aussi ; non rien.

Comme décrire ce que j’ai vu, entendu senti et surtout compris moi l’Homme ridiculement petit et faible, imparfait et égoïste, à l’intelligence étroite et minuscule.

Les souvenirs tourbillonnent terriblement présents, majestueux, écrasants.

J’ai appris bien peu, mais c’est déjà énorme par rapport à ceux qui veulent maintenant me disséquer et extraire mon âme. Mon âme que j’ai laissé là-bas, dans ce paradis intouchable et serein.

Je reste muet et absent face aux questions stupides de ces bipèdes idiots qui se nomment eux-mêmes « savants ». Quel humour ! J’en pleure de rire et manque de m’étouffer. Étonnement des « crânes d’oeuf » qui me regardent à présent d’un air inquiet.

Ma parole, mais ils ont peur de moi … eux, l’élite de la race … Que ne sont-ils point restés dans leurs arbres au lieu de jouer avec ces champignons mortels, voulant, voulant … peu de choses en réalité, de bien petites choses, à l’image de leurs ambitions féroces mais mesquines et ridicules.

Tiens donc, la sécurité m’entraîne à nouveau dans le dédale des couloirs gris et ternes. Vers l’asile je suppose ! Et cette pensée me fait rire à nouveau, moi qui suis libre, moi qui reviens de si loin, moi qui peux m’échapper par la seule volonté de l’esprit comme j’ai appris là-bas.

Un de mes acquis, le plus petit d’entres tous, mais ici cela fait de moi un monstre, dangereux en plus …

Non ils n’ont rien compris, ils ne comprendront jamais … heureusement !

Chris 

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Boîte

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Boîte

 

A travers cette fumée acre et malsaine, environné d’une chaleur moite, lourde et désagréable, j’avance péniblement dans cette horrible cacophonie d’une boîte, un samedi soir.

Les lumières crues des spots spychédéliques m’aveuglent dans cet antre de la danse pop où la beauté provient du nombre insupportable de décibels qui rythment les gesticulations désordonnées de cette jeunesse avide de défoulement collectif, incohérent et stupide, sans grâce, qui baigne dans l’alcool fort et cher.

Colle hypnotisée la masse s’agite sans rime ni raison, les yeux fixes, trempée d’une sueur confinée, tel un zombie des traditions ancestrales du Vaudou. La piste est minuscule, les danseurs innombrables.

Des fragments du passé frappent ma mémoire subconsciente ; ici des valses de l’Empire Austro-Hongrois, là une paisible musique de clavecin à la cour du Roi-Soleil, plus loin un menuet dans une grange moyennageuse côtoyant une danse traditionnelle de l’Empire Maya, ou issue de la plus haute antiquité Égyptienne.

Que de regrets …

Et cet air empoisonné qui m’asphyxie, ce soir, dans cette pénombre de slow et cette illumination de jerk. Des disques déroulent leurs litanies insipides et stéréotypées murmurées par des individus aphones ou geignards prêts à rendre l’âme, l’âme …

Dehors l’air est doux qui susurre dans la nature, fraîche mélodie de vie et d’espoir, réalité immortelle et d’équilibre, alors qu’un ruisseau cascade sur la mousse des roches arrondies. On pourrait presque apercevoir les hommes de néanderthal faire la ronde autour du Dieu Feu pour que la chasse soit abondante et les femmes fécondes. Ailleurs seraient les feux de la Saint Jean et leurs danses rituelles ou les carnavals du passé et leur mystique.

Qu’il est loin ce temps riche de sens, alors qu’aujourd’hui cette triste sarabande s’épuise et se complait dans un vide abrutissant de caves malsaines et de rires grinçants, dérisoires, cyniques aussi.

Les heures tombes comme les notes d’un xylophone désaccordé et amer essayant, en vain, de saisir des miettes de cette joie éteinte.

Chris 

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Demain la fête

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Demain la fête

 

Le feu d’artifice, multicolore, éclate brusquement pour le début du carnaval. La ville toute entière est en liesse et en folie tandis que les gens se bousculent et dansent dans d’immense éclats de rire joyeux.

C’est la fête, c’est le carnaval.

Une fois l’an la foule se retrouve et frémit à l’unisson des rythmes endiablés dans un tourbillon de costumes et de masques sentant bon la gaité.

Hommes, femmes, vieillards et enfants, tous gesticulent et s’amusent au cours de la plus longue nuit de l’année.

La musique nous assourdit, la sueur pique nos yeux, les voix s’éteignent d’avoir tant crié, les jambes plient sous la fatigue.

C’est la fête, la fête populaire.

Les pétards éclatent comme notre allégresse en longes étincelles brillantes et lumineuses comme l’éclat de tous ces yeux exorbités. Une troupe de ménestrels improvise à la viole un quadrille endiablé, et, plus loin, ce sont des troubadours qui jouent une chanson de gestes.

Nous revoilà au moyen-âge l’espace d’un souffle d’été.

Les armures brillent dans leur vacarme de rouille, les hérauts d’armes laissent percer un sourire satisfait quand le serf pose sa faux et son gourdin.

Aujourd’hui c’est la fête pour les puissants comme pour les pauvres, pour le Roi comme pour l’esclave ; c’est la fête de la joie et de l’oubli Tous sont amis, exploités et exploiteurs, sang bleu et sang rouge, brigands et chevaliers. En haut, tout en haut d’un donjon claquent les étendards sous la brise qui agité et attise les torches de résine odorifante.

Que le bon peuple se défoule et s’étourdisse cette nuit !

Dans le parc du Louvre comme dans les rues de l’ancienne Lutèce, gentilhommes et manants se réjouissent aussi dans un délire de clavecin pour les uns, de luth et de flûte pour les autres.

Ah ce bon Roi Louis le seizième, dommage qu’il ait la cour de profiteurs.

Les jardins royaux ruissellent de gaité et de stupre, les rues de la Cité, étroites et tortueuses, sont bourrées d’un peuple plein d’ivresse et de parfum.

C’est le carnaval immémorial, dans la nuit des temps.

Quelle chaleur, quelle beauté et quelle ambiance autour des tavernes et des bouges malfamés ; les spadassins s’amusent eux aussi, côtoyant le bourgeois et le noble. Abolition des privilèges dans l’hystérie commune.

Cette année, une fois de plus, la fête est une éclatante réussite en ce treize juillet de l’an mil sept cent quatre vingt neuf …

Chris

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Bascule

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Bascule

 

A l’orient une nappe rougeâtre nait et s’étend, prend de l’ampleur et noie peu à peu le ciel dans son ensemble.

Un jour nouveau accouche dans le flamboiement d’un soleil qui s’élève et disperse les limbes des ténèbres.

Assis près d’un ru je sors lentement d’une longue torpeur passée, à l’abri de la voûte étoilée, par la voie lactée où mes pensées se sont heurtées et meurtries.

N’est-ce point l’explication de cette aube ensanglantée …

Un hibou, solitaire comme moi, m’a tenu compagnie au long de cette nuit interminable où mille clichés se sont succédés, ourlés de rires et de pleurs.

La rosée peut être me fait frissonner et me réchauffe par ses larmes brillantes qui me cernent et me renvoient tant d’images que je ne sais plus discerner la réalité du songe.

L’écho des montagnes me chuchote à l’oreille, sans aucune complaisance, mes doutes et mes peines, mes espoirs déçus, brûlant d’acide et d’amertume que je croyais enfouis au plus profond de moi-même ; regard souriant … douleur … tendresse … dérision … impassibilité … trahison … gaité … confiance … goût de fiel …

Tout se mêle, se confond, tourbillonne, m’obsède et me laisse vide et désorienté, triste …

La brume se lève, la brume épaissie : étrange.

Bascule.

J’ai du m’assoupir.

Devant mes yeux rougis un curieux paysage prend forme, comme au travers d’un kaléidoscope que j’ai eu, naguère, lors de vies antérieures.

Issue du brouillard, surveillée par Hadès et Perséphone, se découpe une bizarre apparition qui se moque de Rhéa et de Pluton au galop endiablé.

Eole, au souffle apaisant, est lui même brisé par la cruelle et impitoyable Aphrodite qui vient me narguer et se moquer de mes plaies béantes, aidée par Mnémosine.

Même Morphée me fuit et me laisse pantelant et glacé d’une sueur froide imbibée de souvenirs, si proches, qui font mal à la vue de cette terrible déesse inconstante et blessante.

Une forêt de dévoile au son de la flûte de Pan qui, souriant, approche d’un pas de danse entouré d’un vol d’eiders pour une brève trêve.

La ronde des planètes défile au rythme des jours : Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne …

En un rire grinçant Aphrodite casse l’harmonie et me fait sursauter comme Melpoème, hier.

Iris, compatissant, vole à mon secours encouragé par Sylvain, Flore et les Oréades, me permettant de respirer un peu avec l’aide de Dionysos qui dispense l’oubli et renvoi les tentations de Thanatos.

Hélas la crainte gagne et s’enfle quand Typhon m’entraine et me roule vers les Sirènes de Protée.

Et un rire sardonique, ironique jaillit lorsque Cerbère m’ouvre la porte en me faisant chuter dans les bras de Thanatos alors qu’elle, Aphrodite, ne cesse de rire.

Chris 

 

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Les anarchistes

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Musique: Jean Ferrat, Maurice Vandair

 


Y’en a pas un sur cent et pourtant ils existent
La plupart Espagnols allez savoir pourquoi
Faut croire qu’en Espagne on ne les comprend pas
Les anarchistes
Ils ont tout ramassé
Des beignes et des pavés
Ils ont gueulé si fort
Qu’ils peuv’nt gueuler encore
Ils ont le cœur devant
Et leurs rêves au mitan
Et puis l’âme toute rongée
Par des foutues idées

Y’en a pas un sur cent et pourtant ils existent
La plupart fils de rien ou bien fils de si peu
Qu’on ne les voit jamais que lorsqu’on a peur d’eux
Les anarchistes

Ils sont morts cent dix fois
Pour que dalle et pour quoi ?
Avec l’amour au poing
Sur la table ou sur rien
Avec l’air entêté
Qui fait le sang versé
Ils ont frappé si fort
Qu’ils peuvent frapper encor

Y’en a pas un sur cent et pourtant ils existent
Et s’il faut commencer par les coups d’pied au cul
Faudrait pas oublier qu’ça descend dans la rue
Les anarchistes

Ils ont un drapeau noir
En berne sur l’Espoir
Et la mélancolie
Pour traîner dans la vie
Des couteaux pour trancher
Le pain de l’Amitié
Et des armes rouillées
Pour ne pas oublier

Qu’y'en a pas un sur cent et pourtant ils existent
Et qu’ils se tiennent bien le bras dessus bras dessous
Joyeux, et c’est pour ça qu’ils sont toujours debout
Les anarchistes

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Enigme

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Enigme

 

L’aurore s’amorce doucement par le clignotement de cils qui s’agitent en préparant le passage du sommeil, empli de phantasmes, au réveil progressif sur une journée nouvelle.

Un léger frémissement, quelques frissons, une ébauche de geste vite dissipée, un baillement profond, et les paupières enfin s’écartent sur la clarté, un peu brumeuse, qui envahit le ciel. Encore trouble et incertain, le regard mordoré hésite à quitter l’ailleurs de la nuit pour affronter le devenir du jour.

Enfin ça y est.

Les yeux marron se libèrent des dernières limbes de l’imaginaire nocturne pour laisser place à la luminosité solaire qui, timidement, s’élève et s’étire pour se jeter à l’assaut de son périple quotidien.

Les muscles se dénouent et se défont de la tiédeur du repos, les idées cessent d’errer pour tenter de se regrouper en un ordre cohérent.

C’est l’éveil.

Quelques lambeaux paresseux de rêves s’évanouissent encore, dissipés par les rayons d’or qui repoussent l’argent lunaire et les milles escarboucles de la voûte étoilée. Lucidité et baillements se succèdent à toute allure tels des flashs de spots psychédéliques.

Comme une fleur aux pétales épanouis, elle se laisse caresser par l’air frais de rosée de cette aube naissante. Tout est calme, et hormis quelques chardonnerets bavards, aucun autre bruit ne vient casser la quiétude du fil de ses pensées qui s’égarent, sans but, d’une futilité à une autre. Les soucis et les problèmes s’estompent comme l’obscurité de tout à l’heure.

Elle contemple l’azur où se perd l’avenir jouant à cache-cache avec un train de nuages solitaires bien fragiles, fragiles comme …

Un voile de nostalgie teinté d’un zeste de tristesse assombrit, un peu, le cours de sa rêverie qui va, çà et là, à la recherche d’instants pas si lointains où tout était autre.

Ses yeux croisent, sans le vouloir, le tain d’un miroir où elle se mire et d’où surgissent des images un peu effacées, un peu grises, un peu rieuses, un peu émouvantes, un peu tendres, un peu, un peu …

Une larme, une perle salée nait et glisse sur le velouté d’une joue tandis que les battements de coeur désordonné, en plein désarroi, s’accélèrent et cognent vite, très vite, trop vite dans la poitrine qui se soulève en un rythme essoufflant et incontrôlable.

Jadis et naguère se confondent en une longue litanie d’espoirs et de regrets, réveillant, en passant, quelques cauchemars non encore entièrement dissous.

Mais le soleil est là, si près, si lointain, si tiède, si tendre, si … et il n’est que le temps de se lever pour affronter les heures à venir.

Une dernière fois le regard mordoré s’étudie, sans complaisance, et chasse, provisoirement, le brouillard grisonnant qui l’obère, laissant l’éclat si lumineux et touchant d’un sourire qui éclaire l’ovale du visage.

Aujourd’hui il fait jour, ce soir … ce soir on verra.

Chris 

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Nostalgie

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Nostalgie

 

Tout au long de ces immenses couloirs poussiéreux encombrés des portraits austères de mes illustres ancêtres, je flâne.

Dans ce majestueux manoir de famille, quelque peu décrépit, je songe à notre splendeur passée, aux temps souriants où le sang bleu qui coule dans mes veines avait une réelle signification, à l’époque des épopées guerrières.

Désabusé je contemple ces vestiges sans âge lourdement chargé de gloire et de prestige. La lutte contre l’infidèle païen ou la défense du Roi avaient bien une autre allure qu’un quelconque conseil d’administration.

Nous avions des gens, serfs et manants, pauvres mais heureux et confiants ; les haras retentissaient de hennissements joyeux.

Las, tout ceci a bien disparu dans la folie de nos jours autant brefs qu’agités en vain.

Le royaume d’alors était vert et la vie douce, troublée que par les chasses au renard, les soirées près de l’âtre, la guerre pour le suzerain, la lutte contre le brigand des grands chemins.

Une fois l’an un équipage de carrosses étincelants nous menait à la cour royale pour un bal sans commune mesure.

Au long du parcours des sangliers gras coupaient parfois notre course, sans complexe. Lieue après lieue, auberge après auberge, la chevauchée au travers de bois giboyeux nous rapprochait de la capitale la plus illuminée d’Europe pour répondre à l’appel du monarque qui régnait., débonnaire, sur tous ses sujets nobles et roturiers, clercs ou laïcs, gentilhomme ou vilain.

Quelle époque faste !

Là-bas des bouges sordides accueillaient les rendez-vous secrets des gredins et des gens de qualité pour d’innombrables marchandages ; cela au moins n’a guère changé … Les espions, les truands et les ribaudes pullulaient autour de ce halo nébuleux qui ceinturait la cour : cela aussi n’a point évolué …

Des duels aussi, pour l’honneur ou à la rigueur pour le plaisir, jamais pour l’or vil, certes nécessaires, mais méprisable.

Oui, tout est bien loin maintenant. Qu’aura ma descendance lorsque je reposerai, enfin tranquille, dans le petit cimetière proche de notre chapelle ?

Pour l’instant, moi le châtelain, je me repais avec ma femme de ces temps jadis qui virent notre apogée, puis notre fatale et triste déchéance.

Le contraste est saisissant qui m’emplit de nostalgie.

Chris 

 

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