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La terre 22 juillet, 2008

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La terre

 

De l’aurore au crépuscule je me penche sans trêve sur cette terre riche et nourricière. Oui j’ai quitté les villes sales et polluées, la foule hâtive et désordonnée, l’ambition utopique et l’argent corrupteur. Je ne désire plus que vivre, comme mes lointains ancêtres, d’un travail manuel et pur : celui de paysans.

Le rythme naturel et immortel dessine désormais la moindre de mes activités quotidiennes et simples. Je suis heureux au milieu des végétaux et des animaux qui m’aident et me comprennent, eux. Loin, là-bas, s’élèvent les fumées nauséabondes d’une société pourrie et inhumaine alors qu’ici tout est si calme, si reposant …

Mes besoins sont réduits mais suffisent amplement ; je fabrique ce dont j’ai besoin, peu de chose. La terre et les bêtes me nourrissent bien mieux que là-bas dans cette autre planète presque oubliée déjà. Le soleil me réchauffe, l’eau des sources étanche ma soif ; c’est ça la vie …

Mes voisins peu nombreux, paysans aussi, m’ont adopté dans leur silence fier et riche lorsqu’ils ont vu et compris ma vie d’aujourd’hui.

De rares visiteurs viennent parfois, ironiques et plein de pitié pour ma silhouette déjà noueuse et craquelée ; mais c’est moi qui souris d’eux avec compassion et sans regret. Bien vite ils s’enfuient vers le confort et les illusions dérisoires de leur vie sans avenir, illusions …

Tout bas il me nomme le fou, ou bien l’illuminé, mais qu’importe je suis heureux.

De longues promenades me permettent de réfléchir lorsque le temps ne permet pas les travaux des champs ; quelquefois une soirée familiale chez mes voisins m’aide à les comprendre et à les aimer. Rustique, simple mais plein de bon sens solide et raisonnable.

Leurs visages cuits, leurs mains calleuses, leurs voix rudes, leurs mots simples, profonds et directs sont réconfortants pour moi qui suis seul dans ma ferme.

Le feu crépite dans les immenses cheminées tandis qu’ils content les légendes oubliées des citadins tout en grignotant des châtaignes grillées. C’est un rêve permanent et naturel.

Les journées s’écoulent presque paresseusement dans leurs diversités et leurs joies humbles emplies d’un bonheur infini.

Demain il fera jour …

Chris 

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L’homme aliéné

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L’homme aliéné

 

Qu’ils sont amusants ces barreaux et ces murs capitonnés qui étouffent le moindre de mes soupirs. Je ris en me voyant dans le miroir avec cette chemise aux manches liées dans mon dos.Vivement les flots impétueux et gelés de ma douche quotidienne. C’est drôle que tous les meubles soient fixé, solidement, dans le sol. c’est sûrement pour aider la femme de ménage qui fait la poussière d’un coup d’oeil, toutes les heures … Et cet oeil qui luit au plafond en suivant le moindre de mes gestes dans la lumière, jamais éteinte, d’une ampoule nue fixée derrière un grillage rouillé.

Mes pieds nus n’éveillent aucun son quand je vais m’assoir dans mon trône de fer et que je reçois, bienveillant, mes sujets et ma cour innombrable, en un long serpent coloré. je rends la justice en caressant d’un orteil distrait mon chien de race assoupi près de moi. Mais la porte s’ouvre, irréelle, et laisse apparaître un ange vêtu de blanc qui me regarde bizarrement. Cuillère après cuillère j’engloutis cette soupe claire et insipide. heureusement le dessert approche sous la forme d’une longue épingle qui pénètre doucement mon bras attaché. Aussitôt mes paupières s’abaissent, mon souffle s’apaise et mon coeur se calme.

Je flotte alors dans l’azur vivifiant où règne mon père à la longue barbe blanche.

Père, je suis de retour ! Fils ils n’ont rien compris eux qui t’ont mis en croix avec une couronne d’épines !

Et je m’élève, toujours plus haut, au-dessus de ma demeure spéciale, de cette ville à l’odeur putride, de ce monde dévasté.

Père, qu’ont-ils fait ? Fils, ils ont fait la Liberté et le Bonheur !

Toujours plus haut j’atteins la terre sacrée. Mais pourquoi ces dômes brillants tous fracturés, et ces ruines, et ces squelettes d’ivoire…

Père, qu’elles sont ces choses étranges ? Fils, ce sont les ruines de leur futur !

Encore plus haut je dépasse le soleil et la galaxie, et la voie lactée. Oh c’est marrant toutes ces petites mécaniques trouées, brûlées qui dérivent sans but.

Père, à quoi cela sert-il ? Fils, ce sont les véhicules du bonheur, de la paix et du progrès mais qui l’ont oublié dans de vastes explosions silencieuses et meurtrières !

Plus loin, toujours plus loin, encore plus loin au sein du vide de mon esprit je m’extasie sur les créations de mon Père, et me désole sur les restes de mes semblables, partout où je pose mon regard innocent.

Père je sens que je retourne chez moi ; à demain Père.

A demain Fils, oublie ces folies humaines !

Je m’éveille quand la porte s’ouvre, irréelle, et laisse apparaître un ange blanc qui me regarde bizarrement en m’amenant, toujours lié, à ma douche quotidienne.

Ma parole! C’est un monde de fou …

Chris

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Mort d’une espèce

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Mort d’une espèce

 

Le battement monotone de mon pas sur l’asphalte surchauffée de cette morne ville m’exaspère en me rassurant. Des heures et des heures que je vais dans ce désert gris aux lumières soufflées par l’irresponsabilité.

Ici et là traînent quelques vestiges ivoirés de ce qui fut des humains vifs et enjoués, angoissé et épuisés. Désormais tous reposent en paix, une paix tant espérée, tant attendue : la paix éternelle.

Plus de tintamarre, de vapeur d’essence, de véhicules fous, d’hommes hâtifs, de musiques discordantes. Les discours guerriers se sont éteints avec les faucons pour laisser la place à la nature sauvage et libre.

Parfois, de loin en loin, quelques silhouettes décharnées tracent des ombres incertaines dans ce vaste cimetière nauséabond d’une société absurde. les fausses idoles ont péri en même temps que leurs dérisoires inventeurs débiles.

Maintenant ces immenses tours aveugles contemplent les néons détruits de la surabondance injuste : le crépuscule des Dieux laisse la place à l’aube naturelle.

De part et d’autre de ces vastes fleuves de béton lépreux se dressent les squelettes rouillés d’une éphémère puissance matérielle. La poussière engloutit les pauvres restes méprisables de l’orgueil, de l’égoïsme et de la haine. Peu à peu la gomme du temps effectue son oeuvre moralisatrice. Le vent soulève ces feuilles mortes qui, jadis, furent le symbole de la toute puissance : le papier monnaie.

Quelquefois, au travers d’un réseau électrique encore en état, jaillissent les voix du passé …

Mais moi je vais, indifférent aux temps révolus, à la recherche illusoire d’un devenir incertain. Après mes dents et mes cheveux, c’est ma peau qui s’ôte par plaques ; oui, telles ces rares silhouettes, j’ai été moi-même irradié quand le génie humain s’est élancé vers ces absurdes centres urbains il y a …

Qu’importe, c’est le dernier animal en voie de disparition ; les autres pourront enfin vivre sans crainte …

Chris 

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Contrat diabolique

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Contrat diabolique

 

C’est pour toi et uniquement pour toi que j’ai vendu mon âme au diable. Je ne regrette rien, de toute manière ce serait trop tard, beaucoup trop tard.

Le marché fut correct, il faut en convenir. Contre ton amour éternel … j’ai donné au prince des ténèbres la seule chose que je possédais réellement : mon âme.

Dans ce pacte scellé par mon sang, une clause s’ajoute impérativement : je devrai travailler, moi qui ne sais ce que cela veut dire, moi qui ne désire qu’une chose : être constamment près de toi, dans tes bras accueillants.

Marché conclu, je ne me déroberai point.

Aussi, chaque matin depuis le jour de nos noces, je me rends sans enthousiasme aucun sur le lieu de mon travail, te laissant seule, dans le grand lit de notre amour.

Tout au long de la journée mes pensées s’envolent à ta rencontre, toi pour qui je me suis damné sans regrets et sans rémission.

Et lorsqu’arrive enfin l’heure de rentrer chez nous, lorsque je hâte le pas vers toi, la fièvre me prend qui ne me quittera qu’au petit matin d’une aube incertaine. Je cours alors comme un possédé, un possédé que je suis d’ailleurs ; mais cela n’a aucune importance car je suis avec toi, même quand nous sommes séparés.

Damné, peut être, mais en pleine conscience, par ma propre volonté ; à moins que … ne dit-on pas que Dieu créa l’Homme, et le Diable la Femme …

Quelle importance après tout, pas un instant je n’hésiterai à conclure à nouveau cet ignoble et doux contrat car je suis envoûté par toi ; ma femme devant Dieu et devant le Diable.

Je n’ai qu’une crainte, qu’une angoisse, c’est qu’au seuil de notre vie commune je ne puisse rompre le pacte sanglant et alors, je me retrouverai à me consumer sans cesse ni repos comme je me consume en toi tout au long de nos nuits brûlantes et sans fin.

Non je ne regrette rien !

Chris 

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Le bac de la connaissance

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Le bac de la connaissance

 

Enfin je l’ai obtenu ce maudit bout de papier qui stipule que je suis bachelier. Que de temps et de travail, que d’angoisse et de tabac pour ce triste chiffon insipide.

Aujourd’hui c’est le jour de la fête, amère, de la réussite. Des flots d’alcool et de musique tentent de noyer la crainte passée toujours vivace.

Bachelier, que le terme est plaisant, quel honneur, quelle fierté ; déjà une médaille d’ancien combattant, la preuve tangible de l’intelligence bornée et de la réussite sociale : un grade.

Pour oublier on boit dans une gaité un peu forcée à ce magnifique succès de l’esprit : bachelier …

Demain il fera jour, demain c’est loin et proche, c’est déjà passé comme un vol dévastateur de sauterelles ; demain …

Un obstacle est franchi pour se trouver au pied d’un autre encore plus redoutable, plus élevé. Vite entamons une autre bouteille, écoutons un autre disque dans la bonne humeur.

Certes nous autres intellectuels, l’élite et les cadres de la Nation, nous sommes sûrs de nous et dominateurs, et pourtant quelle dérision ; c’est mesquin. Enfin il s’agit d’une pause dans cette course de haies où la sanction est l’usine ou le minable bureau sans avenir social ; quelle déchéance !

Demain c’est loin, encore un verre ami !

Déjà j’imagine dans mon ivresse mon futur bureau de cadre, de cadre supérieur, de PDG même. l’ambition est une maladie pernicieuse qui nous pousse et nous dévore comme un incendie de puits de pétrole.

Il existerait autre chose paraît-il ? Mais quoi.

Jamais je n’ai appris dans ces classes ternes mes studieuses études autre chose.

M’aurait-on trompé ? M’aurait-on caché cette autre chose à moi l’élite ?

Pourtant j’ai le Savoir et la Connaissance universelle ; hormis cela point de recours ni de vérité ; c’est du moins ce que j’ai toujours appris.

Et si …

Chris 

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Ressac

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Ressac

 

Au pied de ce torrent tumultueux, fixant ces mil’scintillements, je me surprends à rêver à ce futur passé, à ce passé à venir, à ce présent bref et vacillant.

Assis sur un rocher moussu je trouble par intermittence ce mouvement éternel de la fuite de l’eau qui va et vient de l’infini du ciel à l’insondable des profondeurs.

Là, à l’abri d’un chêne séculaire, et sous le frôlement discret d’une brise souriante, je songe au cycle ininterrompu de la vie et de la mort, du temps de la vie.

Fugaces, des figures jaillissent pour s’estomper aussitôt ; visages souriants et masques grimaçants ; ressac de la mer une nuit et averse brutale de grêle drue et glaciale. Ces gouttes d’eau, ces quelques pleurs se mélangent comme à plaisir dans le souvenir fugitif et vivace.

Des sons et des lumières affleurent à l’esprit hypnotisé par ces perles inestimables et cascadantes pour brouiller, en vain, le charme désuet de l’instant perdu, du rêve de demain.

Parfois même une chevelure longue, brune ou blonde, rousse peut être, prend forme pour s’éteindre au coeur d’un violent tourbillon capricieux ; la vie est un torrent impétueux que rien n’arrête. Ici c’est un sourire et là un regard humide ; plus loin une flaque rougeâtre près d’un éclat de bonheur : tout se mêle et se pénètre dans un étourdissant kaléidoscope syncopé.

Le temps se dilue dans cette limpide rosée, le temps pas les souvenirs ni les regrêts ….

Et l’eau ruisselle avec vigueur comme pour laver l’indélibile trace des heurs épuisées par erreur et par jeunesse, par bêtise aussi.

Loin d’éteindre, elle ravive les douleurs et les espoirs anciens tout en arrondissant parfois les angles ou en erodant les plus vives aspérités tranchantes.

Le ciel à son tour déverse des tombereaux d’humidité visqueuse, et moi, assis placide, je me mouille avec fatalité en rêvant ….

Chris 

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L’oubli de force

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L’oubli de force

 

Encore un verre pour oublier ; la bouteille se vide inexorablement et va bientôt rejoindre les autres cadavres qui jonchent le parquet, tout autour de moi. Je n’en sens même plus l’odeur entêtante, ni le goût âpre et sec.

Dans cette pièce éteinte les vapeurs alcoolisées font naître et renaître des fantômes hideux et démoniaques qui hérissent mes rêves morbides. Ces liquides ne peuvent détruire les limbes de mes cauchemars et de mes souvenirs que je tente de repousser, en vain.

Mes yeux troubles fixent le vide de mon cœur qui charrie mon sang empoisonné, et ma cervelle s’imbibe, telle une éponge, de ces effluves nocifs.

Ça tourne, ça tourne comme un manège en folie qui m’entraîne, toujours plus vite, dans la pénombre nauséabonde du marécage d’un instant perdu. Je n’ai plus le courage, ou l’envie, de m’arrêter de boire cet acide qui me brûle et me consume peu à peu. A quoi bon cesser maintenant que le vertige me prend et me malaxe sans douceur ; Au moins je ne pense plus à elle, c’est déjà beaucoup….

Oui, elle, belle et cruelle, ange et démon.

Encore un verre pour oublier ; les pattes visqueuses d’une araignée immonde glissent sur la sueur de mon front fiévreux. Même pas un éléphant rose volant ! Rien que des insectes noirs et monstrueux qui me donnent la chair de poule et font claquer mes dents. Paralysé je tremble d’horreur face aux phantasmes surgis d’un esprit au bord du gouffre de la folie éthylique.

Amour, fidélité, sincérité : ces mots tourbillonnent et s’effacent dans la réalité dure et froide d’un fond de bouteille éventé. Des larmes de sang sèchent dans un coin discret après l’emballement désordonné d’un cœur lézardé et fatigué.

Une main de glace enserre ma tête, des étoiles clignotent de plus en plus vite, les artères se bloquent, le cœur trébuche. Toute la mécanique s’emballe et se fendille; Vite, encore un verre !

La brume s’engouffre avec vigueur dans l’esprit en déroute où, toujours, cette silhouette se tord et m’appelle en me rejetant avec force et sans pitié;

Oublier … de force … alors qu’une bouteille roule lugubrement dans la dévastation et le chaos.

Encore un verre … le dernier, juré ! Si je mens je vais en enfer, ce ne doit guère être plus terrible…

Chris 

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