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Aveugle 30 août, 2009

Posté par hiram3330 dans : Billevesees & coquecigrues , trackback

Aveugle

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Drôle de terme, si je puis me permettre, que nous dissimulons (la société) de plus en plus derrière « non-voyant » au sens semblant identique … mais pourtant à mes yeux, si je puis dire, différent.

Aveugle est l’être humain, l’être vivant qui ne peux plus utiliser les perceptions passant par l’oeil (les yeux) et le nerf optique relié au cerveau, en d’autres termes, celui qui n’a plus accès à des images circulant par les canaux « naturels » prévus à cet effet ….

Il y a ceux de « naissance » ne sachant pas réellement ce qu’ils n’ont pas, les autres atteint par la maladie ou autres …..

Aveugle

Comment comprendre cela ? Comment pouvoir imaginer ce que je ne vois pas, comment ne voit pas un aveugle ? Comment ….. ? Je ne pense pas, pour ma part, que je puisse un jour pouvoir me mettre en position de … sauf si la cécité venait à me faire perdre mon regard … physique commun.

Et puis les « non aveugles » ne supportent que très mal la vision d’un regard physique mort, éteint .. ils en concluent que l’Aveugle doit porter des lunettes noires … un comble n’est-ce pas !? Et oui on ne supporte pas, ou très mal d’être « regardé » par celui qui ne voit pas, peut être s’agit-il ici d’un effet miroir qui trouble notre conscience …

Peut être se rend-on compte, intuitivement, que le regard de l’autre, de l’Aveugle, est plus perçant que le notre ….. il « voit » autrement, mieux qui sait, plus loin, plus profond, au delà des apparences théâtrales des signaux physiques faussés .. frissons d’angoisse : me perçoit-il ainsi tel que je suis ?

Aveugle

Ces yeux morts laissent toute la place aux autres sens .. l’ouïe, le toucher, le goût, l’odorat ….. et d’autres bien plus subtils et méconnus, bref la mort d’une partie vivifie également, attise, aiguise le ressenti différent délaissé ailleurs par la paresse d’un regard.

Vois-tu l’Aveugle t’inquiète dans le fond .. il perturbe tes repères banals d’une caresse de sa non voyance physique, ce handicap qui t’effraie tant, profondément, qui t’émeut aussi l’est, qui sait, plus pour toi que pour lui : cette pensée te terrifie et fait vaciller tes certitudes erronées.

Tu touches du doigt, en braille en quelque sorte, une vérité naturelle qui te semblait encore il y a un souffle une aberration  relevant du fantasme humain, de la pitié facile, de ton sentiment inavoué de « supériorité » fallacieuse … hé oui, il faut savoir se regarder en face, les yeux, tous, servent à cela parfois ….. morts ou vifs.

Aveugle donc handicapé penses-tu …. handicapé car aveugle. Oui, non, oui et non, non et oui, ce n’est pas si simple … handicapé peut être, vis à vis de la société, de toi et de moi, est-ce si sûr ?

De naissance l’aveugle ne sait pas ce qui lui manque, il ne peut l’imaginer … comme moi je ne peux me mettre « à sa place » … c’est impossible pour lui comme pour moi. Alors ? Alors nous sommes différents, nous sommes semblables, nous sommes … frères (soeurs) humains car c’est la Vie qui nous est commune.

Je le vois, il me perçoit … Qui de nous deux ressent mieux l’autre ? Le sais-tu ?

Pas facile, pas simple d’accepter ce regard mort, éteint qu’on devine derrière ces verres fumées, qu’on voit lorsque ces derniers s’ôtent … un regard qui transperce, qui dérange, qui gêne, qui fait mal tant il est puissant dans son absence …. On en arrive à se sentir nu face à lui .. étrangement nu, terriblement nu et là …. plus de pseudo « supériorité », bien au contraire …

Il me voit ! J’en frissonne, il me voit tel que je suis ! Pire qu’un miroir, je me devine dans son nuage effacé qui me scrute avec cette intensité que je sens.

En moi des souvenirs reviennent de jadis : un bandeau, ma démarche heurtée  et malhabile, des murmures discrets, des raclements, des sons, des odeurs jusqu’à l’instant de l’éblouïssement de la Lumière … J ‘avais voulu recevoir cette Lumière, j’avais été obligé d’être aveuglé par un tissu, puis par cette immense clarté ….. Aujourd’hui je sais, oui je sais que cette Lumière perçu à cet instant, un Aveugle la perçoit lui aussi, comme moi, qui sait .. mieux que moi, du moins plus largement …. Humilité.

Handicap.

Qui l’est ? L’aveugle ? Moi ? Toi ?

En fait qui est le véritable Aveugle ?

Il doit être nécessaire, indispensable, vital de se poser la question …. doucement, intimement, seul face à soi-même dans la quiétude inquiète de sa solitude. Seul dans la nuit de notre ego il convient de s’interroger .. sur la présence d’une parcelle de Lumière en nous, de savoir, d’accepter que le regard ne fut pas celui commun que l’on croyait ….

Aveugle et Handicapé.

Rapprochement fallacieux des mots, des concepts, l’être humain n’est pas simple, ni standard .. sa richesse provient de ses différences, de ses réflexions, de ses rêves, de ses actions également. Tant et tant de « choses » m’aveuglent à un moment ou à un autre, cela m’handicape-t-il vraiment ? Oui probablement dans l’infinitude de l’instant, parfois plus longtemps qu’une goutte d’éternité …

Tu vois …. c’est complexe la Vie, les habitudes et les – fausses – certitudes t’enlisent tantôt dans le bourbier de ton intimité que tu ne veux pas voir .. que tu refuses de regarder avec le coeur et l’esprit, avec sincérité, avec .. humilité.

Et bien j’aime à observer l’Aveugle qui chemine, canne blanche à la main, chien dévoué accompagnateur à son côté, car je devine dans cette silhouette, peu souvent hésitante, une flamme grondant de Vie, une lumière intérieure qui illumine malgré les difficultés tenant à la société bien plus qu’à ce « handicap ».

Suis-je voyeur ? Admettons, je dirais plutôt que regarder un Aveugle m’ouvre les yeux sur ma cécité humaine, me fait savoir que les sens sont pluriels, nombreux .. qu’il faut tenter de les développer toujours plus. Mon regard sur l’Aveugle aiguise ma vue paradoxalement.

Alors en guise de réconfort je laisse errer ma vue, la nuit, vers l’immensité galactique qui couvre mes angoisses, apaise mes tensions, et me fait ressentir que la nuit n’existe pas réellement, que l’Aveugle lui aussi voit …. autrement, mais au moins aussi bien, sûrement mieux, que moi.

Chris

aout 6009

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Commentaires»

  1. une « belle » leçon d’amour que ce texte…

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