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Amertume 7 février, 2010

Posté par hiram3330 dans : Billevesees & coquecigrues , trackback

Amertume

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Comme le « r » qui est à mi-mot, ce terme gratte ma gorge quand il est prononcé, par moi ou par autrui … pourtant à l’instar du « sucré » c’est une saveur humaine, pourtant c’est un titillement de mon sens du goût, pourtant …. il irrite souvent, pourtant il existe.

Il fut un temps où, par une « coupe d’amertume »,  il fut suave .. mais ce fut … unique … et inoubliable.

Maintenant est le temps de l’amer, le « i » a disparu d’un coup imprévisible .. une fois encore, une fois de plus, l’âge n’arrange rien en ce domaine non plus …. les illusions qui s’effrittent causent de multiples blessures de plus en plus âpres, de plus en plus nombreuses, de plus en plus douloureuses à la naïveté qui, de force, se love dans un recoin obscur de l’esprit.

On pensait chercher, trouver un nirvana, le vertige nous saisit devant la géhenne .. il en est ainsi, la gomme écrase les illusions et les rêves, l’haleine se flétrit au contact de ce goût qui corrompt la bouche, brûle les lèvres, démonte l’estomac, picote les yeux, érode un peu plus les pensées et dissout, par plaques, les souvenirs décolorés.

C’est triste, c’est affligeant que de se rendre compte, lucidement, de sa propre bêtise, naïveté, peu importe le terme …. les bouddhistes disent que le « monde est illusions », certes …. mais certaines d’entr’elles sont tenaces, souriantes et rieuses un temps, puis elles virent à l’acidité qui dévore .. qui dissout .. et elle s’installent en compagnie des autres de naguère. 

Amertume ..

Pourquoi cette lutte entre deux explications possibles : regret et déception. Les deux s’allient en général pour multiplier l’effet dévastateur de l’un et de l’une …. mais …. non il n’y a pas de mais. Cette âcreté résiste, elle vient même réveiller d’autres de jadis et s’amplifie ainsi, s’auto-nourrissant du fiel enseveli et d’images glauques d’hier.

Effet pernicieux de situations fausses, faussées, idéalisées, illusoire donc là aussi .. curieux tout de même que cette capacité à ne croire que ce que l’on veut croire, au delà de ce que l’on voit, ou pas, mais l’être humain est ainsi fait .. il se nourrit, fréquemment, de ces songes éveillés qu’il va trouver au plus profond de lui, là où siège sa nature naïve et rêveuse. C’est ainsi.

La confrontation est le plus souvent soudaine, âpre, voire violente dans les sentiments qui partent en lambeaux .. on peut découvrir des espaces sinistres, en soi aussi, du cynisme quelquefois, des douleurs toujours. Instant dévalant les pentes de nos espoirs pour aller verser dans les douves de nos leurres et de nos mirages d’assoiffés que nous sommes ….

Amertume.

Est cette sensation de picotement qui naît, s’amplifie, émerge pour en arriver à une douleur lancinante, du genre de celles qui pourrissent un chapelet d’heures .. sans prévenir, brutalement dans leurs fausses douceurs grinçantes.

Est cette sensation qu’une braise vient de se réveiller, et qu’un souffle pernicieux veut la développer … pour l’éteindre il n’y a que de l’eau salée …. amère, froide, volatile qui ne va laisser que le sel sur les blessures ouvertes.

Est cette sensation glaciale qui vient figer, incruster la causticité des mots et des paroles qui se sont déchaînés dans une explosion inattendue et dévastatrice, un brin acide, un zeste aigrelette, blessante dans le coeur et l’esprit.

Nature humaine que tu es complexe dans tes alternances de ressentis, plus ou moins exacts ou approximatifs, aussi fragiles que puit l’être un cristal dentelé, un vitrail multicolore, une pellicule de glace trompeuse  …. un mot, un seul mot qui taraude, vrille, s’enfonce et corrompt en un clin d’oeil aveugle, des myriades d’images souriantes.

Étrange sensation finalement que de passer du sucré à l’amer, à l’aigre-doux d’abord pour n’en sentir que l’aigre, cette curiosité d’une sapidité imprévue et soudaine, tel le choc d’un bourdon sur la cloche qui résonne, pas qui raisonne .. le vertige des vibrations craquelle l’assurance utopique dans laquelle nous avons cru nager, en duo.

Il fut un temps où cette bile, qui pouvait remonter, était évacuée dans un haut le coeur spasmodique … violent mais bref, rapide en étant mordant, une cicatrice se colmatait sous peu …. ce n’est plus le cas.

Amertume.

L’amertume pourrait se décomposer en tant et tant de vagues, de photos rongées d’hier, de sentiments lacérés d’avant hier, de silhouettes parties en fumée, de plage de galets, de ressac maltraitant le sable …. passé.

L’amertume n’est plus ainsi, l’expérience et les épreuves l’ont poli par des dizaines de caresses griffantes, par des cris et des sanglots, par des tentations troubles, pas des actes grisâtres, pas des paroles acerbes … passé.

L’amertume est quelque fois à l’affut de l’instant qui se noue encore, là et ici, aujourd’hui encore .. mais c’est brutal, violent comme si on ne pouvait plus absorber d’ondes séismiques comme …. avant, oui ce doit être cela, aujourd’hui n’est pas hier …. n’est plus hier ; aujourd’hui était solide .. comme un sable mouvant semble-t-il … passé.

Ce goût qui empâte la bouche, cette amertume qui gâte mes dents, cette acidité qui grésille sur ma langue font que je dois, nauséeux, me pencher pour essayer d’évacuer ces miasmes  … alors l’estomac brouillé je discerne avec difficulté dans le brouillard de mon regard des points tremblotants qui semblent ricaner en caracolant dans la noirceur de la voûte stellaire qui m’oppresse maintenant.

Chris

février 6010

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