navigation

Brouillard 1 novembre, 2012

Posté par hiram3330 dans : Billevesees & coquecigrues , trackback

Brouillard

Brouillard dans Billevesees & coquecigrues vitre-hum-300x132

Derrière une vitre salie des dégoulinades du brouillard je tente de percer l’au-dehors d’ici, d’entr’apercevoir dans cette grisaille humide la découpe d’une silhouette que j’ai perdu de vue.

Saison magnifique de couleurs je ne peux te voir tant la densité de cette ouate altère ma vision sans désaltérer ma soif de te deviner, là, souriante et gaie, la main tendue vers ce verre trempé d’une infinité de molécules d’eau …

Mon regard s’épuise à tenter de déchirer, de lacérer cette masse dense qui éteint la lumière d’un sourire, délave la couleur de tes yeux, déforme sans cesse une image de ton âme.

Sale temps !

Sale temps ? Pourquoi sale ? Au contraire les milliards de gouttelettes infinitésimales devraient apurer ma vision … Las ce n’est pas le cas, cette multitude brouille sans pitié, et douloureusement, le contour de ton ombre un peu comme l’hésitation d’une larme retenue au coin de mes yeux.

Cette moiteur en suspension glace mon esprit, givre mes pensées, ourle mes souvenirs en craquelant dans l’image troublée que je m’essaye, en vain, à perforer d’étincelles multicolores d’un rire d’hier.

J’étouffe …

La touffeur est telle qu’elle engorge mes poumons, inonde mon visage, dissimule le paysage morne de solitude, entraîne les débris des clichés sépia du temps d’avant …

Voilà que le ressac de cette marée impromptue, incompréhensible va et vient dans un rythme ravivant un hier plus lumineux et doux … tristesse d’un passé devenu fugace, puis fuyant sans savoir pourquoi.

J’angoisse …

Quand le souffle me manque, lui aussi … est-ce lié ? Comme hésiter, bien sûr que c’est lié comme la succession formant film dans ma mémoire incrustée d’elle, d’ailes, s’envolant comme Icare jusqu’à se fondre et se confondre en nous.

Brouillard …

Surprenante étrangeté que ce nuage de vapeur d’eau en suspension, formant prisme, déformant réalité, délavant l’arc en ciel, mouillant le coin de l’œil, s’infiltrant sans bruit dans le silence d’une question muette qui cherche à s’évader de la boule de ma gorge.

Humidité qui glace et qui fige dans un mouvement immobile, comme un cri aphasique, un sanglot sec traçant un sillon dans la poudreuse des réminiscences ternies par l’absence sibylline d’une présence douce et câline.

Anhélation.

Me voici à nouveau sans souffle sous la ruade d’un éclair hachuré qui brise en milliards d’éclats tranchant une image, une forme, un parfum, une tendresse de jadis …

Me voilà grimaçant dans le miroir de toi, la sueur se mêlant à l’infinitude des perles de bruine qui aiguillonnent ma souffrance et m’enragent de n’être que moi là, seul.

Cette ambiance me pèse, m’écrase par mon incapacité à la dissoudre … je nage sans espoir d’atteindre une rive dont je ne sais même plus si elle existe encore.

Brume …

Dans mon esprit où vacillent tant et tant d’hypothèses cocasses probablement, erronées j’espère, acides un zeste, la cohérence de mes propos de moi à moi m’inquiète par ces chocs qui parsèment mon crâne d’étincelles dévoreuses de moments heureux.

Je frissonne.

Cette humidité suce la moelle de mes os tel un vampire d’Europe centrale au XVIII° siècle et taquine les rhumatismes à peine assoupis, faisant grincer les articulations dans un sinistre bruit de sable écrasé.

Déchirure.

Dans un fracas strident s’écarte brutalement le rideau gris de cette matinée froide comme une balafre d’un couteau-scie ; la buée s’accroche avec désespoir comme une sangsue acariâtre sur ce silicate chauffé et compacté pour en devenir transparent.

Transparent,

comme toi que je ne discerne plus dans cette purée glauque qui englue l’esquisse de ton sourire tentant de trouer cette masse quasi gélatineuse de grisaille ruisselante.

L’aurore ressemble au crépuscule dans cette ambiance mate et oppressante.

Je tente désespérément d’apercevoir la rivière de diamants qui illumine la voûte céleste tapis de crainte dans la couverture imbibée de ton absence …

Chris

novembre 6012

brouillard1-227x300 dans Billevesees & coquecigrues

Commentaires»

  1. Quelle force dans ce texte, où les sillons de la sincérité bordés par la nostalgie, nous emporte, au coeur d’un cheminement, bercé par les ressentis d’un l’être pris dans les griffes de la matière et celles de l’esprit dominé.
    Message quasi silencieux pourtant si hurlant de souffrance.

    Répondre

Laisser un commentaire

Aldaria Final |
A demi -mot |
DES LETTRES ET DES MOTS |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Aimé Comoé
| Les Poétiques Littérales
| Red Spirit