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Souviens toi d’Ouradour-sur-Glane… 11 juin, 2019

Posté par hiram3330 dans : Silhouettes , trackback

Souviens toi d’Ouradour-sur-Glane…

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Dominique Capo

Ne jamais oublier, pour que jamais une telle horreur ne se reproduise…

En avril 1944, après avoir subi de lourdes pertes sur le front de l’Est, notamment lors de la quatrième bataille de Kharkov, la 2e division blindée SS Das Reich est mise au repos dans la région de Montauban. Début mai, elle comporte 18 468 hommes, dont de nombreuses recrues. Début juin, plusieurs de ses composantes ne sont toujours pas opérationnelles et la situation du matériel roulant, de l’armement lourd et des blindés est encore défaillante.

Les membres de la division Das Reich sont imprégnés par l’idéologie nationale-socialiste. Ils se perçoivent comme des militaires d’élite. Et ils ont déjà participé à des opérations de lutte contre les partisans. Ses soldats « ont traversé « l’univers moral » de la guerre à l’Est, fait de cruauté envers la population et de brutalités exercées par les officiers sur les hommes de troupe. Massacre de populations, destruction d’habitations et incendie de villages ont, à leurs yeux, fait partie des moyens considérés comme « normaux » de la répression appliquée aux maquis.

Même si la division est officiellement au repos pour reconstituer ses forces, certains de ses éléments participent à des opérations de lutte contre les partisans et à des représailles contre la population civile.

La troupe est tenue de riposter immédiatement aux attaques terroristes en ouvrant le feu. Selon les ordres qu’elle a reçu, si des civils innocents sont touchés, la responsabilité en incombe exclusivement aux terroristes. Dans ce cas, les zones doivent être bouclées et tous les habitants, quels qu’ils soient, arrêtés. Les maisons qui ont abrité des partisans doivent être incendiées. Ces mêmes ordres prévoient des actions de contre-propagande et de discrimination ayant pour but de monter la population contre les terroristes. Ils prévoient aussi des arrestations massives et préventives, l’occupation de localités et le ratissage de zones, ainsi que la réquisition de véhicules. Ils précisent enfin que, pour chaque Allemand blessé 5 civils seront pendus et pour chaque Allemand tombé, 10 civils seront pendus.

En mai et début juin 1944, des unités de la Das Reich « terrorisent les populations des départements du Lot, du Lot-et-Garonne, de la Haute-Garonne et de l’Ariège. Au cours de leurs opérations, elles fusillent ou déportent des résistants et des otages, assassinent de nombreux civils, hommes femmes et enfants et incendient des habitations voire des villages entiers, comme celui de Terrou, de Fouché, ou d’Oradour…

Or, le lendemain du Débarquement, 7 juin 1944, la Das Reich reçoit deux ordres contradictoires : le premier lui donne instruction de rejoindre la Normandie, le second d’intervenir contre la Résistance dans la zone de Tulle-Limoges. Cette ambiguïté est levée par deux ordres reçus le 8 et 9 juin, qui précisent que l’essentiel de la division doit être retiré des engagements en cours avant le 11 juin à 12 h pour rejoindre le front de Normandie.

Au cours de la progression vers Tulle, des éléments de la division sont confrontés au renforcement des actions de la Résistance : de nombreux partisans sont tués lors des combats ou sommairement exécutés. Des civils sont également assassinés.

La répression connaît un premier point culminant avec le massacre de Tulle : le 9 juin, après avoir réoccupé la ville brièvement libérée, 99 hommes, sans aucun lien avec la Résistance, sont pendus aux balcons et aux réverbères ; et 149 hommes sont déportés le lendemain. Les unités qui n’ont pas fait mouvement vers Limoges mènent des opérations de répression contre la Résistance et commettent des exactions contre la population civile entre le 10 juin et le 16 juillet 1944.

Le groupe de reconnaissance qui commet, le 9 juin, le massacre de Tulle, et deux régiments de Panzer-grenadier investissent la région de Limoges.Il prépare son positionnement dans le secteur afin de réduire les maquis.

Pour tarir le soutien de la population aux maquis et diminuer l’activité de celui-ci, les SS préparent une action visant à produire un effet maximal de terreur.

Les 9 et 10 juin, le massacre fait l’objet d’au moins trois réunions de préparation réunissant des membres de la Milice, de la SIPO, et de la 2e Panzer-division SS Das Reich : « C’est là, sur une banale table de café, dans la salle du rez-de-chaussée d’un petit hôtel, que fut décidée et réglée la destruction d’Oradour, au cours d’une conversation qui dura plus d’une heure ».

Vers treize heures trente, deux colonnes quittent Saint-Junien. La plus importante d’entre elles comporte huit camions, deux blindés à chenilles et un motocycliste de liaison. Et prend la direction d’Ouradour-sur-Glane.

La colonne est commandée par le Sturmbannführer Adolf Diekmann. A la tète detrois sections, soit un total d’environ deux cents hommes munis d’armes légères, il la dirige vers Oradour. Au moment du départ, un chef de section déclare même : « Ça va chauffer : on va voir de quoi les Alsaciens sont capables. ».

Un kilomètre avant l’arrivée au village, la colonne s’arrête pour la distribution des ordres aux officiers et sous-officiers. Vers 13h45, un premier groupe de cinq à huit véhicules entre dans le village par l’est, en empruntant le pont de la Glane. A ce moment, l’encerclement du village est déjà effectué par 120 hommes environ. Un témoin raconte : « Les hommes étaient tous armés soit de mousquetons, soit de fusils mitrailleurs, soit de mitraillettes. Ils dirigeaient leurs armes en direction des maisons. Les Allemands étaient en tenue bariolée et leur attitude de tireur, prêt à faire feu, avait impressionné ».

Ce déploiement de forces ne suscite aucune panique, ni appréhension particulière : si le pharmacien et d’autres commerçants baissent leurs stores métalliques, le coiffeur va s’acheter du tabac pendant que son commis s’occupe d’un client. Les habitants du bourg, qui n’ont pratiquement jamais vu d’Allemands, regardent arriver les SS sans plaisir, certes, mais avec plus de curiosité que de crainte.

Cependant, des habitants tentent de s’enfuir ou de se cacher. Entre 130 et 150 ; ce qui dénote un courage certain. « Car il fallait avoir une expérience de la peur et une motivation forte pour ne pas obéir aux ordres SS ».

Convoqué par le commandant Adolf Diekmann, le docteur Desourteaux – président de la délégation spéciale désigné par le régime de Vichy qui fait office de maire -, fait appel au crieur public. Il ordonne aux habitants et aux personnes de passage au bourg, particulièrement nombreuses en raison d’une distribution de viande et de tabac, de rejoindre le champ de foire. La majorité de la population obéit aux ordres ? persuadée qu’il s’agit d’un contrôle de routine.

L’inquiétude des habitants est encore mesurée pendant le rassemblement et avant la séparation des hommes et des femmes et des enfants : M. Compain, le pâtissier, dont le magasin donne directement sur la place, va jusqu’à demander à un soldat allemand s’il ne peut pas aller vérifier la cuisson de gâteaux qu’il vient de mettre au four. Il s’entend répondre, en français, qu’on va s’en occuper.

Les SS forcent les habitants de la périphérie à aller vers le centre en direction de la place du champ de foire. Le rabattage est systématique et concerne tous les habitants. Un survivant, qui tente de fuir vers la Glane par les jardins, témoigne : « arrivé au bout du jardin, je me suis aperçu que les Allemands déployés en tirailleurs cernaient le bourg, ce qui m’a obligé à revenir à la maison. Peu de temps après, un Allemand est venu faire irruption dans notre cuisine. Il tenait un fusil à la main et, avec son canon, il nous a poussés dehors, ma femme, ma mère et moi, sans ménagement » Un autre, diffuseur de journaux  clandestins, poursuit : « Au fur et à mesure de leur avance, ils ont ramassé tous les habitants grands et petits, jeunes et vieux, d’Oradour pour les conduire place du Champ de Foire. Ils passaient dans chaque immeuble se trouvant dans le quartier de leur passage, défonçant portes et fenêtres si c’était nécessaire ; ».

La rafle inclut également les quatre écoles de la commune, soit 191 enfants, 2 instituteurs et 5 institutrices : bien que l’on soit un samedi après-midi, les enfants sont rassemblés dans les écoles, en raison d’une visite médicale . La rafle concerne également les habitants des fermes et maisons situées à l’extérieur du bourg : « Des camionnettes apportaient sans cesse des gens des villages environnants qui avaient été appréhendés à domicile. C’est ainsi qu’il y avait là des agriculteurs des Brandes et de Bellevue.». Ou : « Les gens continuaient d’arriver de partout. Des coups de feu isolés ont été tirés aux alentours. Les automitrailleuses faisaient le va-et-vient dans le bourg. Une autochenille qui passait dans le champ ramenait de temps à autre les paysans qu’ils y avaient ramassés. Au bout d’une heure sont arrivés les écoliers avec les instituteurs et institutrices. ».

La directrice de l’école de filles poussée à coups de crosse, arrive à son tour en pyjama. Les fuyards ou ceux qui ne peuvent se déplacer sont immédiatement abattus : « Une vieille femme, courbée sur ses bâtons et qui n’avançait pas assez vite, fut abattue à coups de mitraillette. ». Et : « Le rassemblement a été violent, avec de la casse, bris de portes et fenêtres, avec des coups de feu et des morts. Tout le monde n’a pas obéi. » et si certains habitants réussissent à passer au travers des mailles du filet, la majorité de la population est rassemblée sur le champ de foire.

Le rassemblement des habitants achevé vers 14 h 45, un des Waffen-SS alsaciens traduit aux 200 à 250 hommes présents les propos du commandant Diekmann : les SS ont entendu parler d’une cache d’armes et de munitions à Oradour et demandent à tous ceux qui possèdent une arme de faire un pas en avant. On les menace de mettre le feu aux maisons afin de faire sauter le dépôt clandestin. Devant l’absence de réaction, l’officier demande au maire de lui désigner trente otages, qui lui répond qu’il ne lui est pas possible de satisfaire une telle exigence. Le maire assure que les habitants du bourg n’ont pas connaissance d’un tel dépôt et se porte garant pour eux.

Le commandant demande alors au maire de le suivre. Et ils font un aller-retour à la mairie. De retour sur le champ de foire, M. Desourteaux maintient son refus. Il se propose comme otage avec, le cas échéant, ses plus proches parents. À cette proposition, l’officier s’esclaffe.

Vers 15 h, les femmes et les enfants sont conduits dans l’église après des scènes d’adieux déchirantes. L’interprète réitère la demande de dénonciation et déclare : « Nous allons opérer des perquisitions. Pendant ce temps, nous allons vous rassembler dans les granges. Si vous connaissez quelques-uns de ces dépôts, nous vous enjoignons de les faire connaître. ».

Mais aucun dépôt n’est signalé. Et pour cause, il n’y en a pas dans le village, qui est parfaitement tranquille et où chacun s’occupe uniquement de son petit commerce ou de la culture de ses terres.

Après une heure d’attente, les hommes sont conduits dans divers locaux repérés par les SS. Vers 15 h 40, une motrice de tramway en essai arrive de Limoges, avec trois employés à bord, et stoppe peu avant le pont sur la Glane. Une cale doit être placée afin de maintenir l’engin immobile. L’un d’eux descend au moment où passe un groupe d’hommes raflés dans les hameaux alentour, groupe encadré par quelques soldats. Cet employé qui est descendu est immédiatement abattu et son corps jeté dans la rivière. Les deux autres sont emmenés auprès d’un officier qui, après examen de leurs papiers, leur ordonne de rejoindre leur machine et de retourner à Limoges.

Les 180 hommes et jeunes gens de plus de quatorze ans sont répartis dans six lieux d’exécution, par groupes d’une trentaine de personnes : « Pendant que, toujours tenus sous la menace des fusils, les hommes devaient vider chacun de ces locaux de tous les objets qu’ils contenaient, un SS balayait soigneusement un large espace devant la porte. Puis , il y installait une mitrailleuse, et la mettait en batterie face au local. ». Et : « Malgré cette situation inquiétante, chacun reprenait confiance, certain qu’il n’existait aucun dépôt d’armes dans le village. La fouille terminée, le malentendu serait dissipé et tout le monde serait relâché. Ce n’était après tout qu’une question de patience. ».

Le tir des mitrailleuses en batterie devant les lieux de rétention des hommes se déclenche vers 16 heures. Le commandant SS écrit : « A l’intérieur, les hommes étaient énervés. Alors j’ai ordonné Feu ! et tous ont tiré. Moi-même, j’en ai tué environ douze ou quinze. On a mitraillé une demi-minute, une minute. Ils tombaient tout bêtement. ». Et un survivant de rappeler : « Nous avons perçu le bruit d’une détonation venant de l’extérieur, suivi d’une rafale d’arme automatique. Aussitôt, sur un commandement bref, les six Allemands déchargèrent leurs armes sur nous. En quelques secondes, j’ai été recouvert de cadavres, tandis que les mitrailleuses lâchaient encore leurs rafales. J’ai entendu les gémissements des blessés. Lorsque les rafales eurent cessé, les Allemands se sont approchés de nous pour exterminer à bout portant quelques-uns parmi nous. ».

Les corps sont ensuite recouverts de paille, de foin et de fagots, auxquels les SS mettent le feu. Puis ? Les nazis quittent les lieux. Le survivant continue : « L’opération faite, ces Messieurs les bourreaux partent tous, nous laissant seuls. Je les entends, chez le buraliste, par la porte derrière le hangar. Les verres tintent, les bouchons des bouteilles sautent, le poste de T.S.F. marche à plein. ».

Le même scénario se répète dans tous les lieux où sont assassinés les hommes : le garage Potaraud, le chai Denis, le garage Desourteaux, et les granges Laudy, Milord et Bouchoule . Partout trois ordres se succèdent : le début des tirs, l’achèvement des blessés et le déclenchement de l’incendie. Dans la plupart des lieux d’exécution, le feu est allumé sur des hommes encore vivants : « Jusqu’au dernier instant, à l’ultime seconde du déclenchement de la mitraille, ceux qui étaient devenus des otages en attente d’une exécution n’ont pas imaginé la conséquence de leur situation. Ils ne pouvaient pas y croire et ils n’y ont pas cru. La surprise des victimes a été totale. La manœuvre des Waffen-SS avait réussi : l’exécution s’est passée dans le calme, sans difficulté et sans panique. ».

D’un groupe de soixante-deux prisonniers, six s’échappent du bâtiment. Toutefois, un est tué par une sentinelle. Les cinq évadés survivants sont les seuls rescapés des fusillades.

Les SS qui ne participent pas aux meurtres, soit quatre à cinq hommes de chaque peloton, parcourent le village. Ils se livrent au pillage, emportant argent et bijoux, tissus et produits alimentaires, instruments de musique et bicyclettes. Ils emportent aussi volailles, porcs, moutons et veaux. Au fur et à mesure du pillage, les bâtiments sont systématiquement incendiés, ce qui nécessite de multiples départs de feu. Débusqués par les pillards ou chassés de leur cachette par les incendies, de nombreux habitants qui ont échappé à la rafle sont massacrés isolément ou en petits groupes ; hommes, femmes et enfants confondus. En entendant la fusillade et constatant que les enfants ne sont pas rentrés de l’école, des habitants des faubourgs se rendent à Oradour où ils sont abattus.

Parmi les 350 femmes et enfants enfermés dans l’église, seule une femme parvient à s’échapper. Son mari, son fils, ses deux filles et son petit-fils âgé de sept mois font partie des victimes. Elle dévoile :

« Entassés dans le lieu saint, nous attendîmes, de plus en plus inquiets, la fin des préparatifs auxquels nous assistions. Vers 16 h, des soldats âgés d’une vingtaine d’années placèrent dans la nef, près du chœur, une sorte de caisse assez volumineuse. En dépassaient des cordons qu’ils laissèrent traîner sur le sol. Ces cordons ayant été allumés, le feu fut communiqué à l’engin dans lequel une forte explosion se produisit. Une épaisse fumée noire et suffocante s’en dégagea.

Les femmes et les enfants à demi asphyxiés et hurlant d’épouvante affluèrent vers les parties de l’église où l’air était encore respirable. C’est ainsi que la porte de la sacristie fut enfoncée. Sous la poussée irrésistible d’un groupe épouvanté. J’y pénétrai à la suite et, résignée, je m’assis sur une marche d’escalier. Ma fille vint m’y rejoindre. Les Allemands, s’étant aperçus que cette pièce était envahie, abattirent sauvagement ceux qui venaient y chercher refuge. Ma fille fut tuée près de moi d’un coup de feu tiré de l’extérieur. Je dus la vie à l’idée de fermer les yeux et de simuler la mort. Une fusillade éclata dans l’église. Puis de la paille, des fagots, des chaises furent jetés pêle-mêle sur les corps qui gisaient sur les dalles. Ayant échappé à la tuerie et n’ayant reçu aucune blessure, je profitai d’un nuage de fumée pour me glisser derrière le maître-autel. Il existe dans cette partie de l’église trois fenêtres. Je me dirigeai vers la plus grande qui est celle du milieu et, à l’aide d’un escabeau qui servait à allumer les cierges, je tentai de l’atteindre. Je ne sais alors comment j’ai fait, mais mes forces étaient décuplées. Je me suis hissée jusqu’à elle, comme j’ai pu. Le vitrail était brisé, je me suis précipitée par l’ouverture qui s’offrait à moi. J’ai fait un saut de plus de trois mètres. Puis je me suis enfuie jusqu’au jardin du presbytère. Ayant levé les yeux, je me suis aperçue que j’avais été suivie dans mon escalade par une femme qui, du haut de la fenêtre, me tendait son bébé. Elle se laissa choir près de moi. Les Allemands, alertés par les cris de l’enfant, nous mitraillèrent. Ma compagne et le poupon furent tués. Je fus moi-même blessée en gagnant un jardin voisin. »

La charge explosive qui doit faire s’effondrer l’église n’est pas suffisante pour atteindre son objectif. Un SS marque : « La destruction de la voûte de l’église échoua. La suite du massacre releva dès lors d’initiatives de sous-officiers SS . Les hommes libérèrent toute leur violence, avec l’autorisation de leur hiérarchie. Mais il n’y a pas eu de bataille. ». Un autre détaille : « Des SS entrent à l’intérieur de l’église où ils ont tirent des rafales de mitraillettes. D’autres lancent des grenades à main à l’intérieur du même édifice, pour achever la population. »  Ou : « Au moment où le feu est mis à l’église, on entend toujours des cris à l’intérieur, mais moins qu’au début, ce qui prouve que, lorsqu’on y a mis le feu, des personnes étaient encore vivantes ou agonisantes. ».

Après 18 heures, un ingénieur des chemins de fer arrive en camion en vue du village. Il raconte : « Au sommet d’une côte, nous avons pu apercevoir le bourg. Il n’était plus qu’un immense brasier ». Il est arrêté avec ses compagnons de voyage à trois cents mètres de l’entrée du village. Il est autorisé à rester sur place après une fouille. Il est ensuite rejoint par les passagers du tramway parti de Limoges. La localité est complètement cernée par un cordon de troupes en armes.

Le groupe d’une quinzaine de personnes est arrêté vers 20 h et, après plusieurs vérifications d’identité, relâché avec ordre de s’éloigner du village. Un sous-officier parlant correctement le français déclare aux membres de la petite troupe : « Vous pouvez dire que vous avez de la chance. ». Le massacre est terminé.

À l’exception d’une section de garde, les SS quittent Oradour entre 21 h et 22 h 30. Les SS passent la nuit dans la maison Dupic, dans laquelle seront retrouvées plusieurs centaines de bouteilles de vins vieux et de champagne récemment vidées.

Selon un témoin qui voit passer les Allemands : « Dans cette colonne allemande, j’ai remarqué plusieurs automobiles conduite intérieure. Parmi les camions militaires se trouvait l’auto appartenant à M. Dupic, marchand et négociant en tissus à Oradour. Il y avait la camionnette du marchand de vins. Sur l’un des camions, un Allemand jouait de l’accordéon. Il était juché sur le haut du véhicule qui était très chargé. Il y avait des sacs, des ballots.».

Le 11, puis le 12 juin, des groupes de SS reviennent à Oradour pour enterrer les cadavres et rendre leur identification impossible. Ils reproduisent ainsi une pratique usuelle sur le front de l’Est.

Un SS explique : « J’ai personnellement déblayé l’église. Je portais des gants pour cette besogne. Je prenais les cadavres et les restes, les sortais de l’église et les mettais dans un tombeau creusé à cet effet. Pendant ce travail, une ligne de sentinelles était en position. Elle tirait sur les civils qui s’approchaient de la forêt. ». Un second SS avoue : « Le lendemain, nous sommes revenus pour enterrer les morts. J’étais dans l’église pour sortir les cadavres de femmes et d’enfants, en nombre inconnu tant ils étaient brûlés. Nous les avons enterrés derrière l’église et nous sommes partis. ».

Jean Pallier est l’une des premières personnes à entrer à Oradour dans la matinée du 11 juin, en compagnie de quelques hommes : « Tous les bâtiments y compris l’église, les écoles, la mairie, la poste, l’hôtel que ma famille habitait, n’étaient plus que ruines fumantes. En tout et pour tout, nous n’avions aperçu que trois cadavres carbonisés en face d’une boucherie ; et un cadavre de femme non carbonisé, mais tuée d’une balle dans la nuque ». C’est lors d’un deuxième passage qu’il découvre les charniers : « Au milieu d’un amas de décombres, on voyait émerger des ossements humains calcinés, surtout des os de bassin. Dans une dépendance de la propriété du docteur du village, j’ai trouvé le corps calciné d’un enfant. Je vis plusieurs charniers. Bien que les ossements fussent aux trois quarts consumés, le nombre de victimes paraissait très élevé. ».

Il pénètre ensuite dans l’église : « Il n’est pas de mots pour décrire pareille abomination. Bien que la charpente supérieure de l’église et le clocher soient entièrement brûlés, les voûtes de la nef avaient résisté à l’incendie. La plupart des corps étaient carbonisés. Mais certains, quoique cuits au point d’être réduits en cendres, avaient conservé figure humaine. Dans la sacristie, deux petits garçons de douze ou treize ans se tenaient enlacés, unis dans un dernier sursaut d’horreur. Dans le confessionnal, un garçonnet était assis, la tête penchée en avant. Dans une voiture d’enfant reposaient les restes d’un bébé de huit ou dix mois. Je ne pus en supporter davantage et c’est en marchant comme un homme ivre que je regagnai le hameau des Bordes.».

Tous les témoins sont bouleversés par le degré auquel nombre de corps des quelque 350 femmes et enfants avaient été mis en pièces : « Çà et là des morceaux de crânes, de jambes, de bras, de thorax, un pied dans un soulier. ».

Plusieurs témoins font également état de viols : « Le dimanche vers 15 heures, j’ai vu le spectacle effrayant de l’église où les corps carbonisés gisaient sur le sol. Une femme que je n’ai pu identifier, ne portant aucune blessure apparente, ni trace de brûlure, dévêtue dans sa partie inférieure, le sexe nettement apparent, était placée au-dessus des corps carbonisés. J’ai eu nettement l’impression, au moment où je la vis, que cette femme avait été violée. ».

Dans la soirée du 11 juin, ou dans la journée du 12, le sous-préfet de Rochechouart, M. de Chamboran, se rend à Oradour : « Je n’ai trouvé que des décombres fumants, et me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de secours immédiats à apporter. ». Le 13, le préfet régional de Limoges obtient l’autorisation des autorités allemandes de se rendre à Oradour, en compagnie de l’évêque, Mgr Rastouil. Dans le rapport qu’il adresse le 15 juin à Vichy, si le préfet reprend la version des SS selon laquelle l’opération fait suite à l’enlèvement d’un officier, il tient « à souligner que le village d’Ouradour-sur-Glane était une des communes les plus tranquilles du département. Et que sa population laborieuse et paisible était connue pour sa modération. ».

 

Voilà, ce que fut Ouradour-sur-Glane en ce 10 Juin 1944.

Dominique Capo

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