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La supercherie brune 19 janvier, 2026

Posté par hiram3330 dans : Apports , trackback

La supercherie brune

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Ils n’ont pas le même uniforme, et c’est précisément pour ça que tant de gens se font avoir.

Les extrêmes droites font un défilé de costumes, un bal masqué idéologique, un carnaval de postures où chacun joue sa petite musique en jurant que les autres sont infréquentables.

La bonne blague : ils mangent tous au même râtelier.

Il y a le libertarien sous amphétamines théoriques, Javier Milei, gourou apocalyptique a la tronçonneuse , qui promet la liberté en rasant l’État comme on rase une forêt primaire : avec jouissance et sans plan de replantation. Chez Milei, l’hôpital est une startup ratée, l’école un caprice de pauvre, la solidarité une maladie mentale. Le type appelle ça le courage. Moi j’appelle ça jouer au survivaliste avec les reins des autres.

Il y a la droite radicale en tailleur et costume sombre, celle qui sent le parquet ciré et la violence administrative. Giorgia Meloni, Marine Le Pen, Geert Wilders. Ils jurent aimer la nation comme on aime un patrimoine à rentabiliser. Ils parlent d’ordre, de respect, de civilisation, pendant qu’ils percent les fondations. En France, le rôle du cracheur de soufre est assuré par Éric Zemmour : il balance le racisme cru, teste la température, déplace la fenêtre d’Overton à coups de phrases dégueulasses. Et derrière, Le Pen arrive, blouse blanche, sourire calme, et transforme l’ordure en programme “sérieux”. Travail d’équipe.

Il y a la chapelle trumpiste, dirigée par Donald Trump, clown obèse de l’ego, prophète de la revanche permanente. Du complot à la louche, de la brutalité comme divertissement, de l’autoritarisme en casquette rouge. Le fascisme version télé-réalité, avec élimination des faits à chaque épisode.

Il y a les suprémacistes religieux, chrétiens, juifs ou autres, qui transforment Dieu en DRH de la haine. Pour eux, l’égalité est un bug théologique, les femmes une variable d’ajustement, les minorités une erreur de casting. La violence n’est pas un problème : c’est un sacrement. Amen, et surtout silence dans les rangs.

Il y a les néofascistes culturels, identitaires, pseudos-révolutionnaires de cave humide, qui pillent les mots de la gauche comme des charognards lexicaux. Chez nous, Alain Soral incarne cette moisissure-là : idéologue de l’aigreur, recycleur de complots, fournisseur industriel d’antisémitisme et de ressentiment. Il détourne la colère sociale vers des ennemis imaginaires pendant que les vrais responsables se marrent. Service rendu.

Ils passent leur temps à expliquer qu’ils sont incompatibles.

Ils se disputent Dieu, le marché, la Russie, l’Occident, la taille des murs et la quantité de coups acceptables.

Ils s’insultent, se traitent de mous, de traîtres, de vendus.

Un théâtre de boulevard.

Mais ils avancent ensemble.

Sous cette diversité de gueules et de gimmicks, une mécanique unique tourne : la convergence des extrêmes droites autour d’un projet commun et parfaitement dégueulasse. La régression sociale vendue comme audace. L’autoritarisme maquillé en liberté. La casse du commun emballée comme émancipation individuelle. Du marketing politique de caniveau, mais efficace.

Ils se rejoignent là où ça compte vraiment : refus de l’égalité, mépris du soin, haine du collectif, et captation cynique d’un désir de rupture né de l’épuisement démocratique. Ce n’est pas une ménagerie de monstres. C’est une troupe de faux rebelles synchronisés, même quand ils font semblant de se marcher dessus.

Ils arrivent en gueulant qu’ils vont tout renverser. La rupture comme shoot d’adrénaline. Le grand coup de pied dans la porte. Et quand tu regardes de près, ils ne renversent que les meubles des autres. Jamais la charpente. La charpente — le capital, la propriété, l’héritage — ils la cirent, la bénissent, la sécurisent.

Le libertarien en baskets neuves.

Le nationaliste en costume sombre.

Le masculiniste à la virilité froissée.

La bourgeoise “transgressive” qui choque à horaires fixes.

Chacun son look, chacun son frisson d’illégalité morale. Ils jouent aux guerres de chapelle. Mais quand il faut frapper, ils se retrouvent tous du même côté : celui qui réprime, exclut, humilie, simplifie, punit.

Leur génie n’est pas idéologique. Il est instinctif.

Ils ont compris que l’époque ne croit plus aux lendemains heureux. Alors ils vendent le saut dans le vide comme une expérience lucide et virile. L’angoisse devient carburant. La fatigue devient désir de punition. Le désespoir devient appétit d’ordre. L’espoir est lent. La brutalité va vite.

Ils se disent progressistes parce qu’ils parlent fort. Rebelles parce qu’ils méprisent les faibles. Antisystème alors qu’ils sont les huissiers empressés d’un monde inégalitaire, chargés de faire accepter l’inacceptable en le maquillant en aventure excitante.

Et leur tour de magie préféré reste celui-ci : faire passer la régression pour une audace.

Privatiser devient libérer.

Réprimer devient protéger.

Surveiller devient hygiène.

Détester devient franchise.

Ils choquent, donc ils seraient libres. Comme si la vulgarité était une preuve de vérité.

On répète qu’ils se normalisent. Mauvais diagnostic.

Ce n’est pas eux qui se calment. C’est le champ politique qui se vautre à leur niveau, reprend leurs mots, leurs obsessions, jusqu’à ce que l’ignoble devienne un sujet de débat et la décence une faiblesse suspecte.

Ils aiment se dire multiples, contradictoires, hétérogènes. Soit.

Un troupeau aussi a des bêtes de tailles différentes. Il avance quand même vers le même enclos. Et l’enclos, on le connaît : moins d’égalité, moins de droits, moins de soin, moins d’hospitalité ; plus de murs, plus de soupçon, plus de sanctions. Les portes se ferment lentement, méthodiquement.

On peut encore mettre un pied dans la porte.

À condition de nommer l’ennemi.

En France, la gauche a tellement peur de fâcher qu’elle a fini par confondre analyse et contorsion. L’ennemi n’est pas l’électeur RN.

Celui qui vote RN par peur n’est pas un stratège. C’est un naufragé qui s’accroche à un clou rouillé. C’est un symptôme, pas un cerveau.

L’ennemi, c’est le capitalisme concentré, celui qui n’a plus besoin de convaincre parce qu’il possède déjà les micros, les plateaux, les récits et les silences.

Les faux dynamiteurs ne surgissent pas par génération spontanée. Ils sont financés, médiatisés, coachés, protégés. Pendant qu’on débat, des milliardaires investissent. Journaux. Radios. Chaînes. Ils déplacent la fenêtre. Ils rendent l’extrême banal.

En France, ce système a un nom : Vincent Bolloré.

Il ne gouverne pas, dit-on. Il structure. Traduction : il arme idéologiquement l’extrême droite tout en gardant les mains propres. L’argent ne gueule pas. Il orchestre.

Les chaînes comme CNews ne sont pas des accidents. Ce sont des usines à ressentiment, où l’ennemi intérieur tourne en boucle : le musulman, l’assisté, le woke, l’islamo-gauchiste, le gauchiste. Toujours les mêmes cibles. Toujours les mêmes profits.

Pourquoi financer cette radicalité ?

Par intérêt.

L’extrême droite ne menace pas le capitalisme. Elle le nettoie.

Elle démonte les protections sociales, affaiblit les syndicats, criminalise les luttes, détourne la colère vers le bas pendant que les dividendes montent sans bruit.

L’ordre qu’elle promet, c’est l’ordre des inégalités.

La liberté qu’elle vend, c’est celle du capital contre les vies ordinaires.

La rupture qu’elle brandit, c’est la continuité violente d’un système à bout de souffle.

Nommer l’ennemi, c’est refuser le conte moral d’une folie populaire incontrôlable.

C’est dire clairement : ce chaos est organisé, financé, scénarisé.

Et tant qu’on refusera d’affronter le capitalisme médiatique et les grandes fortunes qui nourrissent cette merde, la lutte contre l’extrême droite restera un décor de vitrine.

On ne combat pas les dynamiteurs sans chercher qui fournit les explosifs.

Guy Masavi

https://www.atramenta.net/m/authors/guy-masavi/1981

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