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Le buste de Néfertiti 16 février, 2019

Posté par hiram3330 dans : Apports , ajouter un commentaire

Le buste de Néfertiti

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Il y a quelques mois, j’étais à la recherche d’éventuelles informations sur l’ouverture du Grand musée égyptien du Caire dont l’inauguration était prévue en juillet 2011 (j’ai encore mon carton d’invitation…) puis reportée en décembre 2012, mais qui a été retardée à cause des événements politiques en Egypte. Un article m’expliquait que la phase 3 de la construction (en espérant que ce soit vraiment la dernière) avait débuté en février 2012 et « devrait s’achever » en juillet 2015, que de temps encore à attendre alors que nous sommes en 2018 et que nous attendons toujours.

Je trouvais un article du « Times » qui relatait les déclarations de Zahi Hawass à propos du buste de Néfertiti dont il aurait aimé que l’original soit présent lors de l’inauguration du nouveau musée. Cet homme, spécialiste de la communication ultra-médiatique, estimait que la sortie du buste en 1913 s’était faite de manière illégale. En 2005, il a été jusqu’à demander l’intervention de l’Unesco pour que l’Allemagne restitue le buste à l’Egypte. En 2008, il a même été jusqu’à menacer d’une espèce de blocus archéologique tant que l’Allemagne ne rendrait pas cette pièce inestimable de la culture égyptienne à son pays d’origine.

Le buste de Néfertiti a été découvert lors de fouilles sur le site de la ville d’Akhet-Aton (actuellement Tell el-Amarna) par une équipe archéologique allemande dirigée par Ludwig Borchardt commandité par la Société orientale allemande (Deutsche Orient-Gesellschaft ou DOG) et au financement de Henri James Simon présenté comme étant un marchand d’antiquité allemand. Ce sont les renseignements que l’on peut trouver sur Wikipédia qui est actuellement la source essentielle des chercheurs lambda même s’il faut en permanence revérifier toutes les informations qu’on peut y trouver.

1. Henri James Simon

Ce prétendu « marchand d’antiquité », Henri James Simon, venait d’une famille juive allemande qui avait fait fortune dans le commerce du coton et tout spécialement à l’époque de la guerre de sécession quand les états du Sud des USA, victimes du blocus, avaient dû stopper leurs exportations de coton vers l’Europe. J’ai trouvé ces renseignements sur un site allemand qui répertoriait les familles juives allemandes qui avaient été persécutées pendant la guerre.

Cet homme (17 septembre 1851 – 23 mai 1932), petit-fils de rabbin, était passionné d’histoire antique et il continua de faire croître la fortune familiale dans l’industrie cotonnière tout en finançant des fouilles et des recherches archéologiques. Ce sont des renseignements que j’ai trouvé dans un annuaire, daté de 1927, des personnes importantes du début du 20ème siècle en Allemagne.

Sa passion pour l’histoire l’incita à créer en 1898 la Société orientale allemande (Deutsche Orient-Gesellschaft ou DOG) avec un de ses amis banquiers, Franz von Mendelssohn, et avec le soutien et l’appui de l’empereur Guillaume II, également passionné d’antiquités orientales. Cette société (plus exactement fondation) a financé des fouilles à Babylone, en Egypte, en Assyrie, en Mésopotamie, en Turquie, en Palestine, etc. occasionnant ainsi des découvertes archéologiques exceptionnelles. C’est un mélange de renseignements trouvés sur un article présentant le DOG et sur un livre (en italien) présentant les découvertes du DOG.

L’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933 va entraîner le départ d’une grande partie des contributeurs et faute de financement et à cause de la répression nazie, le DOG disparaîtra pour ne renaître qu’en 1947. J’ai trouvé un renseignement qui m’expliquait que le DOG avait été dissous par les nazis mais j’ai trouvé d’autres sources qui expliquaient que le DOG avait simplement été dissout à cause du pouvoir de l’époque (sans autre précision), la 1ère source n’étant pas fiable à 100% et invérifiable, j’ai préféré rester évasif sur ce sujet.

C’est à cette époque (noire) qu’Henri James Simon est qualifié de marchand d’antiquité juif (fallacieux prétexte pour saisir les découvertes du DOG et se les approprier au nom du peuple allemand) alors qu’il n’a toujours été qu’un généreux mécène (Ça c’est un extrait d’un quotidien allemand daté de 1932 qui était un journal de propagande nazi, mais on ne donne jamais ce genre de référence dans un article pour ne pas faire de la pub à ces connards).

De nos jours, entre autres sur Wikipédia, Henri James Simon est encore qualifié de marchand d’antiquité allemand (le mot « allemand » ayant remplacé celui de « juif »). Ça c’est une petite pique contre le Wikipédia en français qui devient de plus en plus n’importe quoi.

En 1933, Hermann Göring, ministre nazi condamné au procès de Nuremberg et qui échappa à la peine de mort par pendaison en se suicidant dans sa cellule (cette petite réflexion parce que de nos jours quand tu parles des nazis, on te soupçonne d’en faire l’apologie, donc une petite remarque saignante m’évite des remarques), entama des négociations pour restituer le buste de Néfertiti au roi Farouk 1er d’Egypte pour qu’il soutienne le gouvernement nazi (J’ai trouvé le renseignement dans un livre en anglais de 1957 sur l’histoire de l’Egypte contemporaine). Adolf Hitler s’est opposé à cette restitution sous le prétexte qu’il voulait faire construire un musée dont le buste serait l’attraction centrale (Ce renseignement vient d’une déclaration d’un ministre nazi en 1934 et toujours sans la source pour ne pas faire de pub à des ouvrages nazis).

Une légende veut qu’Hermann Göring, grand amateur d’art (c’est sûrement pour cette raison qu’il pilla des musées et spolia des familles juives ou pas), ait entreposé dans son bureau le buste de Néfertiti. Lors d’une visite d’Adolf Hitler dans son bureau, le Führer emporta le buste pour le placer dans son propre bureau… Hitler ne voulait pas se dessaisir de cette « merveille », à tel point qu’elle ira même jusqu’à le suivre dans son bunker de Berlin… Mais ce n’est qu’une légende, comme beaucoup à propos de ce buste… J’ai trouvé l’anecdote sur un site qui répertoriait les légendes sur le buste de Néfertiti.

Dans les années 1990, quand Zahi Hawass commença sa campagne (vraisemblablement publicitaire) pour demander la restitution du buste de Néfertiti à l’Egypte, il invoqua de précédents accords entre l’Allemagne et son pays, il est surprenant qu’aucun journaliste (ni historien d’ailleurs) n’ait posé la question à ce Monsieur sur les noms des précédents intervenants…

Zahi Hawass fait tellement de déclarations dans la presse que l’on a le choix, en plus comme j’ai un vieux contentieux avec ce Monsieur, je ne laisse jamais passer une occasion de l’égratigner…

2. Ludwig Borchardt

Ludwig Borchardt (05 octobre 1863 – 12 août 1938) est un égyptologue allemand (d’une famille juive berlinoise) qui a commencé par étudier l’architecture puis l’égyptologie sous l’égide de son professeur Adolf Erman (31 octobre 1854 – 26 juin 1937, égyptologue allemand, éminent spécialiste de la grammaire égyptienne).

En 1895, à la demande de l’Académie des sciences de Prusse en Egypte, il mène des fouilles de sauvetages sur l’île de Philae menacée par la construction du premier barrage d’Assouan.

De 1896 à 1899, il est fonctionnaire sous la tutelle du commandement français au service des antiquités d’Egypte où il rédige avec Gaston Maspero (23 juin 1846 – 30 juin 1916, célèbre égyptologue français et directeur du service des antiquités de l’Egypte au Caire de 1881 à 1886 et de 1899 à 1914) un catalogue du musée du Caire.

De 1902 à 1908, Ludwig Borchardt mena une campagne de fouilles sur la pyramide de Sahure où il explora scrupuleusement et méthodiquement tout le site. Il a publié en deux volumes le résultat de ses fouilles et recherches, ouvrage qui reste encore une (sinon la) référence pour ce site.

A partir de 1903, Ludwig Borchardt est nommé responsable de l’égyptologie auprès du consulat général d’Allemagne au Caire. En 1907, il fonde l’Institut Impérial allemand d’archéologie au Caire dont il sera le directeur jusqu’à la première guerre mondiale et de 1923 à 1929. En 1909, il rejoint la « Société des amis » au Caire qui comprenait de nombreux mécènes et financiers dont certains étaient également membres de la Société orientale allemande (Deutsche Orient-Gesellschaft ou DOG).

Sur Borchardt, la documentation est abondante, il y a même des livres sur sa vie…

3. Tell el-Amarna

En l’an 4, de son règne, pour échapper au conservatisme et à l’hostilité du clergé thébain, Amen-Hotep IV (Amon est satisfait) prend le nom d’Akhen-Aton (celui qui est bénéfique à Aton). Et en l’an 6 de son règne, il choisit le site pour sa future capitale, situé entre Thèbes et Memphis sur la rive droite du Nil sur un hémicycle de 12 kilomètres de long. La légende dit qu’il a choisit ce site parce qu’il était vierge de la présence de toute autre divinité.

C’est en l’an 9 de son règne (1.353 av JC) que le pharaon Akhenaton fait commencer les travaux de la ville d’Akhet-Aton (l’horizon d’Aton) qui sera sa capitale pendant un quart de siècle. La ville fut construite rapidement à l’aide de briques crues et de talatates (pierre de construction en grès de petite dimension). Très rapidement la ville atteignit une population de quelques dizaines de milliers de personnes.

Quand Tout-Ankh-Amon quitta la ville d’Akhet-Aton pour retourner à Thèbes, la ville fût abandonnée puis une partie des matériaux réemployée. C’est une des rares villes égyptiennes que nous pouvons connaître dans le détail pour la simple raison qu’après le départ de Tout-Ankh-Amon, le site ne fut plus jamais occupé et simplement recouvert par le sable.

J’ai tellement de documentations sur le sujet que j’ai rédigé ces paragraphes de mémoire mais j’ai quand même vérifié pour ne pas sortir de bêtises

Le site est connu depuis l’année 1714 où un jésuite français, Claude Sicard, occupé à établir une cartographie de l’Egypte, y décrit une stèle. Le corps expéditionnaire des savants d’Egypte (sous les ordres de Bonaparte de 1798 à 1799) établit une première carte d’Amarna. Quelques fouilles sporadiques sont faites sur le site… ça provient d’un livre sur la campagne d’Egypte.

Lors de deux visites de douze jours en 1843 et 1845, une expédition prussienne, dirigée par Karl Richard Lepsius, établit une cartographie du site. Ça provient d’un livre sur la vie de Lepsius.

En 1887, des égyptologues avaient remarqué qu’une vieille femme égyptienne tentait de vendre sur le marché (illégal des antiquités) des artefacts en plusieurs langues qu’elle prétendait avoir trouvé dans le désert à même le sable. Cette femme était originaire du village de Tell el-Amarna et à proximité de son village, elle avait trouvé (effectivement) à même le sol des tablettes de terre cuite sur lesquelles figuraient des inscriptions dans des langues anciennes qu’elle a ramassées en espérant les vendre pour se faire un peu d’argent. Elle était juste tombée sur les ruines d’un bâtiment administratif sur le site antique abandonné depuis des siècles de la ville d’Akhet-Aton, capitale du pharaon Akhen-Aton.

J’ai trouvé cette anecdote dans plusieurs livres mais je pense qu’elle est fausse et qu’en réalité, ce sont des trafiquants avec lesquels travaillaient le service des antiquités égyptiennes qui ont revendu les informations sur le site, mais cette vérité jetterait un discrédit sur les méthodes de recherches des archéologues de l’époque, donc une vérité à ne pas révéler.

Une première équipe d’archéologues, en 1891, fut déplacée à la demande du Service des antiquités d’Egypte pour effectuer des fouilles d’investigation. Ce premier rapport signalait qu’en plus du bâtiment administratif, il y avait d’autres bâtiments, peut-être même plus… Et que des fouilles de grande ampleur devaient y être effectuées. C’est un extrait d’un courrier administratif du Service des antiquités égyptiennes.

De 1891 à 1908, l’égyptologue Sir William Matthew Flinders Petrie (03 juin 1853 – 28 juillet 1942) et le dessinateur Norman de Garis Davies (14 septembre 1865 – 05 novembre 1941) effectuent des relevés sur le site. J’ai une bio de Petrie.

En 1899, Gaston Maspero, directeur du Service des antiquités d’Egypte, fit appel à son ami et collègue Ludwig Borchardt pour mener les fouilles sur ce site. C’est la copie d’une lettre extraite du service des antiquités égyptiennes et mentionnée dans la bio de Maspero.

En 1910, la Société orientale allemande (Deutsche Orient-Gesellschaft ou DOG), par le mécénat d’Henri James Simon, accorde son soutien à Ludwig Borchardt pour mener des fouilles sur le site de Tell el-Amarna et sa périphérie. Le DOG a des archives et la demande de financement à Simon s’y trouve encore.

La campagne de fouilles a duré de juin 1911 à 1914 (début de la 1ère guerre mondiale). Là j’avais une incertitude sur la date de début de fouilles donc j’ai donné celle provenant de ma source la plus sûre.

4. Les fouilles

Quand les fouilles commencent en juin 1911, Ludwig Borchardt, grâce à la générosité de son mécène Henri James Simon, a déployé de nombreuses équipes sur ce chantier. Dans les archives du service des antiquités égyptiennes, il y a la liste complète des étrangers ayant participé aux fouilles avec le nom, le prénom, la date de naissance, la ville de naissance et la qualification pour cette mission. Les méthodes scientifiques employées sont des plus rigoureuses et le chantier avance à un rythme qui peut paraître long quand on applique une certaine méthodologie.

Vers la fin du mois d’octobre ou bien le début du mois de novembre 1912, l’équipe découvre l’atelier d’un sculpteur, Djéhoutymosé, et commence une analyse stratigraphique du lieu. C’est la date officielle figurant dans un rapport de fouilles.

Afin de renforcer l’équipe, Ludwig Borchardt y adjoint un jeune peintre et sculpteur du nom de Gerhard Marcks (18 février 1889 – 13 novembre 1981) pour qu’il puisse y effectuer les relevés nécessaires et un de ses meilleurs ouvriers, Mohamed Ahmed el-Senoussi. J’ai trouvé ces noms dans la liste du personnel et dans le rapport de fouille.

Découvertes exceptionnelles pour l’époque, l’équipe retrouve des pots avec tous les pigments nécessaires à la coloration des statues. C’est encore un extrait du rapport de fouille.

Gerhard Marcks est un artiste allemand né le 18 février 1889. Il a travaillé et a été l’apprenti du sculpteur allemand Richard Scheibe (19 avril 1879 – 06 octobre 1964). Il a été un des membres de l’expédition archéologique de Ludwig Borchardt. En 1919, il a été un des fondateurs du mouvement Bauhaus en Allemagne. C’est un extrait du Wikipédia allemand, même si la présence de Marcks en Egypte n’a jamais été confirmée par lui ou un de ses proches, mais il serait exceptionnel qu’un individu portant le même nom, le même prénom, né le même jour et au même endroit et exerçant la même profession (dessinateur et peintre) soit quelqu’un d’autre.

Début décembre 1912, Ludwig Borchardt reçoit une visite importante sur le chantier : celles des princesses de Saxe. Le royaume de Saxe faisant partie de l’empire allemand depuis 1871, les visiteuses étaient prestigieuses car n’oublions pas que la Société orientale allemande (Deutsche Orient-Gesellschaft ou DOG) avait put être créée grâce à l’appui de l’empereur Guillaume II.

Et le 05 décembre 1912, nos jeunes princesses de Saxe arrivent près de Ludwig Borchardt pour lui expliquer qu’elles ont trouvé une pièce exceptionnelle. Les jeunes demoiselles ne se souviennent plus où exactement, si c’était dans l’atelier de nettoyage des pièces ou sur le site de fouilles. Seulement le bruit court qu’une somptueuse et merveilleuse statue a été découverte. C’est un extrait des légendes sur le buste.

Donc le 6 décembre 1912, on organise une séance photo sur laquelle on peut voir Mohamed Ahmed el-Senoussi tenant le fameux buste de Nefer-Titi, en face de lui Ludwig Borchardt et entre les deux hommes, un jeune homme dont le visage est caché par l’ombre de son chapeau (avant retouche ultérieure de la photo) qui pourrait être Gerhard Marcks. J’ai trouvé la photo originale dans un fac-similé d’un journal allemand de l’époque et la photo a été retouchée ultérieurement en 1933.

Mais sur les quelques rares photos prises ce fameux jour, aucune ne fait apparaître une quelconque princesse. Ce qui est surprenant, parce que si l’une d’elle avait été présente, elle aurait été sur la photo, une manière de rendre hommage à l’empereur Guillaume II. Ce qui remet en cause la fameuse légende des petites princesses découvrant le buste et le ramenant à Ludwig Borchardt.

Cela semble aussi sérieux que le fameux bruit de la grande découverte dont jamais personne n’a fait référence dans aucune publication, ni aucun journal, ni rien… Cependant une des princesses de Saxe a consigné dans son journal personnel qu’elle avait visité un chantier de fouilles en Egypte dirigé par un égyptologue allemand. Mais elle situe sa visite aux alentours de Noël et même en Egypte, Noël tombe le 25 décembre et non le 5 ou le 6 décembre. J’ai retrouvé un extrait du journal de la fameuse princesse de Saxe.

Dans un premier rapport de fouilles, Ludwig Borchardt mentionne que le buste de calcaire recouvert de stuc (sans autre précision) a été trouvé face contre terre dans un tas de débris fragiles. Il est dit que dans un autre rapport, il aurait suggéré que le buste soit tombé d’une étagère. C’est surprenant pour un égyptologue de la trempe de Borchardt de faire de telles suppositions ou suggestions, en bon professionnel il n’aurait rédigé que le premier rapport, c’est-à-dire mentionné où l’artefact avait été trouvé, dans quelle position et avec une description. J’ai la copie de ce premier rapport.

Et puis… plus rien jusqu’au départ en 1913, d’une partie des découvertes pour l’Allemagne.

5. Les voyages du buste

Le 20 janvier 1913, Ludwig Borchardt présente ses découvertes à Gustave Lefebvre (1873-1957) qui est un inspecteur du Service des antiquités égyptiennes sous les ordres de Gaston Maspero. Ils doivent tous les deux établir une liste avec la valeur financière des objets, la moitié pouvant être ramenée en Allemagne auprès des mécènes et l’autre moitié devant rester propriété de l’Egypte selon les dispositions de la loi n°14 de 1912 du Service des antiquités égyptiennes. Ce sont des extraits des archives du service des antiquités égyptiennes.

Ludwig Borchardt avait mentionné sur sa liste que le buste était en calcaire recouvert de stuc sans plus de précision. Il a été déclaré ultérieurement que Ludwig Borchardt connaissait la valeur réelle de l’objet, tant historique, qu’artistique ou bien financière et qu’il en aurait minoré la valeur pour être sûr de pouvoir ramener l’objet dans son pays et ainsi satisfaire ses commanditaires. Ces allégations semblent omettre un ou deux détails : Gustave Lefebvre n’était pas un débutant et il a inspecté tous les objets emportés par l’expédition allemande, Ludwig Borchardt était l’ami de Gaston Maspero et c’est le genre de traîtrise qu’aucun des deux ne se serait amuser à faire à l’autre, nous parlons de deux égyptologues de grandes renommées et pas de vulgaires contrebandiers…

Ludwig Borchardt arrive en Allemagne au début de février 1913 pour présenter ses découvertes à son commanditaire, Henri James Simon. Ce dernier est ravi et enchanté et organise une exposition exceptionnelle au musée de Berlin pour la mi-mars. Et Ludwig Borchardt refuse que le buste soit exposé… Et Henri James Simon accepte… Ce qui est surprenant si l’on considère l’importance qui lui sera donnée plus tard.

Ludwig Borchardt retourne en Egypte après l’exposition où il restera jusqu’en 1938 où il revint à Paris où il mourra. J’ai trouvé un auteur qui émettait l’hypothèse d’un assassinat ou d’un suicide mais la source n’est pas très fiable et en tout cas pas vérifiable. Il sera enterré au Caire, l’état nazi ayant refusé à ce juif de se faire enterrer dans son village natal. C’est une déclaration faite dans la presse par sa veuve après la guerre.

Après la guerre, en 1920, Henri James Simon fit don des découvertes de Tell el-Amarna au musée de Berlin. Le musée de Berlin conserve dans ses archives le document de ce don.

En 1923, le buste est dévoilé au public avec un commentaire de Borchardt où il ne fait que décrire la composition des pigments colorés utilisés, à savoir : bleu, poudre de fritte colorée avec de l’oxyde cuivrique ; rouge clair, chaux en poudre colorée avec de la craie rouge à base d’oxyde de fer ; jaune, orpiment à base de sulfure d’arsenic ; vert, fritte en poudre colorée avec du cuivre et de l’oxyde de fer ; noir, charbon lié avec de la cire ; blanc, craie à base de carbonate de calcium. C’est un extrait du catalogue de l’exposition de 1923.

A partir de 1924, le buste est exposé au Neues Museum à Berlin. Au début de la guerre, le buste est entreposé dans les caves de la Banque gouvernementale de Prusse (avec d’autres œuvres d’art de la collection personnelle de Hermann Göring, d’où la naissance de la légende citée précédemment), puis en 1941 dans un bunker de Berlin (mais pas dans celui de Adolf Hitler…). Le 06 mars 1945, le buste est déménagé dans une mine de sel en Thuringe où il est retrouvé, peu de temps après, par les troupes américaines. Le buste est de nouveau déplacé à Francfort-sur-le-Main puis exposé, à partir du mois d’août, à Wiesbaden.

En 1956, le buste revient à Berlin dans le secteur américain. Les Allemands de l’Est demandent que le buste revienne au Neues Museum mais en vain. En 1967, il est transféré au musée égyptien de Charlottenburg, puis en 2005 à l’Altes Museum de Berlin. Le buste ne reviendra que le 16 octobre 2009 à l’occasion de la réouverture du Neues Museum. J’ai trouvé ces renseignements dans des articles de journaux allemands.

6. Des doutes sur son authenticité

L’hypothèse, la plus plausible, serait de croire, qu’avec l’accord (ou non) de Ludwig Borchardt, que le jeune sculpteur, Gerhard Marcks, ait pu terminer un buste avec les outils et les matériaux trouvés dans l’atelier de Djéhoutymosé. C’est la fameuse théorie du faux avancée par beaucoup de sources. D’autres sculptures ont été retrouvées dans ce fameux atelier et si toutes semblent de la même « main », le buste de Néfertiti y fait figure d’exception. C’est un extrait du livre qui conteste l’authenticité du buste mais en ne se basant que sur le côté artistique.

Ce qui en expliquerait le style très art nouveau et peu égyptien et le fait qu’il n’y ait qu’un œil, l’autre n’ayant pas été retrouvé.

Ce qui expliquerait, également, que Ludwig Borchardt ait pu refuser sa première exposition en 1913 et ne se soit contenté que d’un descriptif des pigments utilisés lors de son exposition au public en 1923. Ça, c’est une conclusion personnelle…

Seulement, le buste de Néfertiti avait un peu perdu de son intérêt après la découverte le 04 novembre 1922 par l’archéologue britannique Howard Carter, grâce à son mécène Lord Carnavon, de la tombe du pharaon Tout-Ankh-Amon. Et quand les Allemands exposèrent les artefacts trouvés à Tell el-Amarna en 1923 à Berlin, il fallait faire du sensationnel et le sensationnel s’accorde mal avec des soucis méticuleux d’authenticité. C’est encore une conclusion personnelle mais la coïncidence des faits est évidente et je suis même surpris que personne n’y ait pensé avant…

Si le gouvernement égyptien menace l’état allemand d’interdiction de fouilles en Egypte, en cas de non-restitution du fameux buste, c’est aussi pour montrer aux étrangers que le pillage de leur pays devait avoir une fin. Donc ce n’est pas l’authenticité du buste qui est en cause mais juste l’importance qui lui est accordée. Le roi Fouad 1er, devenu roi le 15 mars 1922 après la fin du protectorat britannique le 28 février 1922, devait montrer son importance vis-à-vis des puissances étrangères.

Mais c’est à partir de 1933 que le buste acquiert sa véritable notoriété en devenant le symbole de l’identité allemande.

A cette période, les nazis étaient au pouvoir et le fait qu’un juif, aussi éminent égyptologue soit-il, n’ait pas voulu en certifier l’authenticité bien qu’il en ait été le découvreur, n’avait aucune importance aux yeux de ces gens. De présenter le commanditaire, un homme d’affaire qui faisait du mécénat mais qui était également juif, comme un marchand (et/ou trafiquant) d’antiquités n’avait pas gêné non plus ces gens.

Que le buste puisse avoir été fini par un sculpteur, qui sera condamné par le gouvernement nazi comme faisant de l’art dégénéré, n’avait aucune importance et c’était même inenvisageable.

Bien au contraire, en magnifiant et en augmentant sa valeur, cela ne faisait que servir les intérêts d’Hermann Göring qui voulait, par la restitution du buste, se faire un allié de l’Egypte. Et à cause de (ou grâce à) la mégalomanie d’Adolf Hitler, le buste n’a pas servi de monnaie d’échange et les troupes britanniques purent se servir de l’Egypte comme d’une base pour les opérations alliées pendant la guerre.

Quand dans les années 50, le gouvernement égyptien réitère ses demandes de restitution, c’est surtout parce qu’une nouvelle république vient de se créer et ce nouveau gouvernement, dont Nasser est le nouveau chef, utilise le buste comme outil identitaire tout comme l’avait fait le roi Fouad 1er quelques dizaines d’années auparavant.

Des analyses effectuées en 2006 ont prouvé que le buste datait bien de l’époque amarnienne, tout comme les pigments. Ce qui a été avancé comme une preuve irréfutable d’authenticité ne tient pas dans l’hypothèse d’une sculpture faite avec les matériaux et composants d’époque. J’ai pu lire ce rapport et effectivement il est trop vague pour prouver quoique ce soit.

7. Qui aurait pu dévoiler la vérité ?

Le commanditaire Henri James Simon est décédé le 23 mai 1932 et s’il était connu comme le financier de l’expédition, il était aussi connu comme ayant des relations étroites, pas forcément amicales mais plutôt de respect mutuel, avec l’empereur Guillaume II. Il était également connu comme étant un libéral qui a également fondé la « société pour la protection de l’antisémitisme ».

Ses activités de mécénat avaient fait place à une action plus sociale et une lutte contre l’antisémitisme de plus en plus présent en Allemagne après la première mondiale. L’Allemagne se remettait de la guerre et, tout comme Henri James Simon, ses préoccupations avaient changé. Et Henri James Simon a été très engagé, jusqu’à sa mort, dans une activité philanthropique auprès d’organismes de bienfaisance, des foyers, des hôpitaux et des orphelinats.

Lors de l’enterrement de Henri James Simon, l’empereur Guillaume II, bien qu’ayant abdiqué en 1918, fit porter une couronne pour lui rendre un dernier hommage.

Le découvreur Ludwig Borchardt est décédé le 12 août 1938. Après avoir rapporté les artefacts à son commanditaire en Allemagne en 1913, il retourna en Egypte pour continuer de diriger l’Institut impérial allemand jusqu’en 1918, fin de l’empire allemand.

La fin de la première guerre mondiale faillit mettre un terme aux fouilles archéologiques allemandes en Egypte. L’Allemagne avait d’autres préoccupations, dont celle de se reconstruire et envoyer de l’argent à des instituts à l’étranger n’était pas en tête de liste.

Il continua de mener quelques fouilles puis il redevint directeur de l’Institut allemand d’archéologie au Caire de 1923 à 1929.

La fin du protectorat britannique et la montée sur le trône d’un nouveau roi en Egypte en 1922 n’ont pas aidé à conforter la position des archéologues étrangers. La création/réouverture d’un Institut allemand d’archéologie au Caire à partir de 1923 était plus d’un fait politique que dans un grand intérêt historique et la nomination de Ludwig Borchardt à sa tête a été commandée par la notoriété du personnage.

Quand on demanda à Ludwig Borchardt de rédiger quelques notes sur le buste pour sa présentation au public, il ne pouvait pas refuser à moins de mettre en danger une carrière que les événements politiques et économiques rendaient déjà instables.

Même si Adolf Hitler n’avait pas encore été nommé chancelier du Reich, la république de Weimar, à partir de 1930, basculait vers un régime autoritaire et antisémite et le maintien d’un « juif » dans un institut allemand était difficilement envisageable. A partir de 1931, Ludwig Borchardt créa son institut privé au Caire : « Institut égyptien pour la recherche architecturale et archéologique ».

Il avait encore, à l’époque, l’appui de quelques mécènes mais ces derniers devenant de plus en plus rare, il a dû faire un voyage en France en quête de nouveaux commanditaires, son retour pour l’Allemagne ayant été refusé… toujours selon la déclaration de sa veuve.

Il décéda à Paris le 12 août 1938. Face au refus de l’Allemagne de le voir enterrer dans son pays natal, sa femme revint en Egypte pour y ensevelir son défunt époux.

On a longtemps prétendu que Ludwig Borchardt avait tenu un journal privé et de temps en temps, certaines personnes en exhument des passages qui évidemment accréditent la thèse de l’authenticité ou bien la thèse inverse. Cependant, même si ce journal a existé, personne ne l’a jamais retrouvé et encore moins publié. Cette histoire du journal privé de Borchardt est avancée par l’auteur qui a contesté l’authenticité du buste, mais c’est un mythe sinon sa veuve l’aurait publié pour se faire un peu d’argent.

Le prétendu modèle du buste, Emilie Borchardt née Cohen, aurait pu lever le voile sur ce mystère. En bonne épouse, elle a suivi son mari donc elle connaissait la vérité.

Mais après son retour en Egypte en 1938, on ne sait plus grand chose sur elle à part qu’elle est décédée en Suisse à Bâle le 31 octobre 1948. C’est à partir de 1947 qu’elle « vendait » des interviews aux journaux.

Le supposé sculpteur du buste, Gerhard Marcks, s’est marié en 1914 avec Maria Schmidtlein avec qui il a eut six enfants. Il a servi dans l’armée allemande pendant la première guerre mondiale et ses blessures lui ont provoqué tout au long de sa vie des graves problèmes de santé. En réalité, il serait honnête de dire qu’il servait dans le train (transport) et qu’il a été blessé à la jambe par une caisse qui lui était tombée dessus.

En 1919, à la demande de Walter Gropius (18 mai 1883 – 05 juillet 1969), il rejoint le Bauhaus, un institut des arts et métiers fondé à Weimar, un mouvement avant-gardiste artistique. J’ai une histoire du Bauhaus mais le nom de Marcks y est très peu cité.

Même si Gerhard Marcks avait avoué être l’auteur (ou le finisseur) du buste, il aurait été peu entendu et surtout pas cru, le mouvement, auquel il appartenait, s’opposant aux traditionalistes. Sa déclaration aurait été prise pour une provocation. Mais aucune trace d’une quelconque déclaration de ce type n’a été retrouvée, n’ayant pas existée ou ayant été détruite par la suite.

En 1933, avec l’arrivée des nazis au pouvoir, le Bauhaus a été dissout et Gerhard Marcks a été classé dans la liste des personnes pratiquant un art dégénéré. En dépit des persécutions, il est resté en Allemagne même après 1937 où ses œuvres ont été confisquées dans son atelier et détruites, où il lui a été interdit d’exposer et où il a été menacé d’être interdit de travailler. Il a pu survivre pendant cette période troublée en effectuant des travaux de restauration en Italie.

Après la guerre, il devint professeur de sculpture dans une école régionale à Hambourg, poste qu’il occupa pendant quatre ans avant de se retirer à Cologne. Par la suite, il fut décoré et honoré pour son travail et son œuvre. Il mourut le 13 novembre 1981 à Burgbrohl en Allemagne.

Il est difficile de pouvoir comparer le travail de Gerhard Marcks d’avant 1933 avec le buste, ses œuvres ayant été détruites par les nazis ou les bombardements.

A partir de 1933, Gerhard Marcks, ayant été mis à l’index par les nazis, aurait pu difficilement faire une quelconque déclaration sur le buste. S’il avait révélé une « imposture », les nazis n’auraient pas hésité à supprimer un homme qu’il considérait comme un artiste dégénéré. Et s’il avait accepté d’en déclarer l’authenticité, le témoignage d’un artiste considéré comme dégénéré n’aurait eut aucune valeur…

Il aurait pu parler après la fin de la guerre mais il n’a rien fait. Sa présence lors des fouilles de Tell el-Amarna ayant même été remise en question. Des journalistes l’ont interviewé sur le sujet et il n’a jamais répondu, ce qui ne fait qu’augmenter le mystère…

En admettant que le responsable du Service des antiquités de l’Egypte, Gaston Maspero, ait été au courant de quelque chose, il a quitté l’Egypte en 1914, en laissant son poste à Pierre Lacau, parce qu’il avait été nommé secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres à Paris.

Lors d’une séance de l’Académie, le 30 juin 1916, Gaston Maspero s’apprêtait à prendre la parole, il s’excusa auprès de l’assistance et s’est rassis. Il est mort sur son banc après un malaise. Il a été enterré au cimetière du Montparnasse à Paris et sur sa tombe a été gravé « Ma spero » en deux mots, faisant un jeu de mots en italien : « mais j’espère ».

A aucun moment, le nom de Gaston Maspero n’a été mêlé à cette histoire d’authenticité du buste et s’il avait été au courant d’un quelconque problème, il aurait tranché en faveur des égyptiens dans l’intérêt de l’archéologie.

L’inspecteur au Service des antiquités égyptiennes, Gustave Lefebvre, dont on a dit qu’il se serait laissé abuser par Ludwig Borchardt, a toujours été considéré comme un égyptologue réputé et sérieux.

Gustave Lefebvre est né le 18 juillet 1879, a suivi des études à la Sorbonne où il a obtenu une agrégation de grammaire en 1900. De 1900 à 1904, il a été membre de l’Ecole française d’Athènes. Il a effectué des fouilles en 1902 dans le Fayoum et de 1903 à 1904 en Moyenne Egypte. En 1905, Gaston Maspero le nomme au poste d’inspecteur au Service des antiquités égyptiennes où il restera jusqu’en 1914, date à laquelle il retourne en France pour faire son service militaire pendant la première guerre mondiale. De 1919 à 1928, il est Conservateur du musée égyptien du Caire.

En 1928, il rentre en France où il est nommé Directeur des Etudes à l’Ecole pratique des hautes études. En 1944, il est également nommé président de la société française d’égyptologie. En 1948, il démissionne pour prendre sa retraite pour raison de santé. Il décédera à Versailles le 01 novembre 1957.

Il a toujours été considéré comme un égyptologue sérieux et honoré par ses pairs et ses élèves. Ce n’est qu’avec la publication du livre d’Henri Stierlin en 2009, remettant en cause l’origine du buste, que l’on a commencé à émettre l’hypothèse qu’il aurait été abusé par Ludwig Borchardt. Cette hypothèse ne peut pas tenir la route quand on se penche sur la carrière de Gustave Lefebvre… Et s’il a accordé une faible valeur à ce buste, c’est qu’effectivement il en avait peu…

8. Pour finir

Je ne peux terminer cette histoire sans vous narrer encore quelques anecdotes sur ce fameux buste.

Certains auteurs ont prétendu que le buste aurait été sculpté d’après le visage de Marlène Dietrich qui étant née le 27 décembre 1901, n’aurait eu que 11 ans à l’époque.

D’autres ont prétendu que le modèle du buste aurait été la propre femme de Ludwig Borchardt, Emilie Cohen (21 juillet 1877 – 31 octobre 1948) qu’il a épousé en 1903 à Francfort. Sur une des photos du chantier, on peut apercevoir l’épouse de Borchardt, la ressemblance avec le buste est très loin d’être flagrante…

Une autre théorie prétend que Adolf Hitler serait tombé amoureux de ce fameux buste qui représentait (selon lui) l’idéal de la femme allemande, en aurait fait réaliser une copie et aurait gardé l’original pour lui, l’emportant dans son bunker et aurait demandé que le buste soit détruit en même temps que son corps serait brûlé. Même si cette histoire relève du fantasme, je ne peux m’empêcher d’imaginer que c’est vraiment Mimi (le surnom d’Emilie) Borchardt qui en a été le modèle et que Hitler était en admiration devant le portrait d’une femme juive…

Où est la vérité ? Ce buste est-il une habile reconstitution ?

Ou bien est-ce que son authenticité a moins d’importance que la valeur identitaire que l’on veut bien lui accorder ?

Frédéric de Villard – Aubaud

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6019 … 1 janvier, 2019

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« QUE DIRE A UN JEUNE DE 20 ANS » 16 décembre, 2018

Posté par hiram3330 dans : Apports , ajouter un commentaire

« QUE DIRE A UN JEUNE DE 20 ANS »

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___________________________________________

Quand on a connu tout et le contraire de tout,
quand on a beaucoup vécu et qu’on est au soir de sa vie,
on est tenté de ne rien lui dire,
sachant qu’à chaque génération suffit sa peine,
sachant aussi que la recherche, le doute, les remises en cause
font partie de la noblesse de l’existence.
Pourtant, je ne veux pas me dérober,
et à ce jeune interlocuteur, je répondrai ceci,
en me souvenant de ce qu’écrivait un auteur contemporain :

«Il ne faut pas s’installer dans sa vérité
et vouloir l’asséner comme une certitude,
mais savoir l’offrir en tremblant comme un mystère».

A mon jeune interlocuteur,
je dirai donc que nous vivons une période difficile
où les bases de ce qu’on appelait la Morale
et qu’on appelle aujourd’hui l’Éthique,
sont remises constamment en cause,
en particulier dans les domaines du don de la vie,
de la manipulation de la vie,
de l’interruption de la vie.

Dans ces domaines,
de terribles questions nous attendent dans les décennies à venir.

Oui, nous vivons une période difficile
où l’individualisme systématique,
le profit à n’importe quel prix,
le matérialisme,
l’emportent sur les forces de l’esprit.

Oui, nous vivons une période difficile
où il est toujours question de droit et jamais de devoir
et où la responsabilité qui est l’once de tout destin,
tend à être occultée.

Mais je dirai à mon jeune interlocuteur que malgré tout cela,
il faut croire à la grandeur de l’aventure humaine.

Il faut savoir,
jusqu’au dernier jour,
jusqu’à la dernière heure,
rouler son propre rocher.

La vie est un combat
le métier d’homme est un rude métier.

Ceux qui vivent sont ceux qui se battent.

Il faut savoir
que rien n’est sûr,
que rien n’est facile,
que rien n’est donné,
que rien n’est gratuit.

Tout se conquiert, tout se mérite.

Si rien n’est sacrifié, rien n’est obtenu.

Je dirai à mon jeune interlocuteur
que pour ma très modeste part,
je crois que la vie est un don de Dieu
et qu’il faut savoir découvrir au-delà de ce qui apparaît comme l’absurdité du monde,
une signification à notre existence.

Je lui dirai
qu’il faut savoir trouver à travers les difficultés et les épreuves,
cette générosité,
cette noblesse,
cette miraculeuse et mystérieuse beauté éparse à travers le monde,
qu’il faut savoir découvrir ces étoiles,
qui nous guident où nous sommes plongés
au plus profond de la nuit
et le tremblement sacré des choses invisibles.

Je lui dirai
que tout homme est une exception,
qu’il a sa propre dignité
et qu’il faut savoir respecter cette dignité.

Je lui dirai
qu’envers et contre tous
il faut croire à son pays et en son avenir.

Enfin, je lui dirai
que de toutes les vertus,
la plus importante, parce qu’elle est la motrice de toutes les autres
et qu’elle est nécessaire à l’exercice des autres,
de toutes les vertus,
la plus importante me paraît être le courage, les courages,
et surtout celui dont on ne parle pas
et qui consiste à être fidèle à ses rêves de jeunesse.

Et pratiquer ce courage, ces courages,
c’est peut-être cela
«L’Honneur de Vivre»

Hélie de Saint Marc

Merci à toi Pierre-Michel …

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« Devant la loi » 27 novembre, 2018

Posté par hiram3330 dans : Apports , ajouter un commentaire

C’est un des contes de Kafka « Devant la loi » écrit entre octobre et décembre 1914, paru en revue le 7 septembre 1915

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« Devant la Loi, il y a un portier. Un homme de la campagne arrive devant ce portier et le prie de le laisser entrer dans la Loi. Mais le portier dit qu’il ne peut le laisser entrer maintenant. L’homme réfléchit et lui demande s’il pourra entrer plus tard alors. « C’est possible, dit le portier, mais pas maintenant ».

La porte de la Loi étant ouverte comme toujours, et le portier s’étant mis sur le côté, l’homme se penche afin de voir l’intérieur de l’autre côté de la porte. Le portier le remarque et se met à rire, avant de lui dire : « Si cela t’attire tant, essaye donc d’entrer alors que je te l’ai interdit. Mais pense à cela : je suis puissant. Et je ne suis que le portier tout en bas de l’échelle. Dans chaque salle il y a un portier, l’un plus puissant que l’autre. Même moi je ne peux pas soutenir le regard du troisième. »

L’homme de la campagne ne s’attendait pas à de telles difficultés ; la Loi doit pourtant être accessible à chacun et à chaque instant, pense-t-il, mais maintenant qu’il regarde plus attentivement le portier dans son manteau de fourrure, son grand nez pointu, sa barbe noire et mince de Tartare, il décide d’attendre quand même qu’on lui permettre d’entrer. Le portier lui donne un escabeau et le laisse s’asseoir à côté de la porte.

Il reste assis là des jours et des années. Il fait plusieurs tentatives pour qu’on le laisse entrer, et il fatigue le portier avec ses demandes. Le portier le soumet fréquemment à de petits interrogatoires, lui pose des questions sur son pays et sur beaucoup d’autres choses, mais ce sont des questions sans chaleur, comme les posent de grands seigneurs, et pour finir il lui dit à chaque fois qu’il ne peut pas encore le laisser entrer.

L’homme qui pour son voyage s’est équipé de beaucoup de choses, les emploie toutes, même celles qui ont le plus de valeur, afin de corrompre le portier. Celui-ci accepte chacune d’entre elles, mais en disant : « J’accepte seulement afin que tu ne croies pas que tu as laissé passer quelque chose. »

Pendant toutes ces années, l’homme observe le portier presque sans interruption. Il oublie les autres portiers et celui-ci lui paraît être le seul obstacle qui l’empêche d’entrer dans la Loi.

Il maudit le malheureux hasard, les premières années brutalement et d’une voix forte, puis, plus tard, devenu vieux, il ne fait plus que ronchonner. Il devient puéril, et comme pendant toutes ces années d’études du portier il a également vu les puces dans son col de fourrure, il finit par prier aussi les puces de l’aider et de faire changer d’avis le portier.

Enfin sa vue baisse, et il ne sait pas si tout autour de lui s’assombrit vraiment, ou si ce sont seulement ses yeux qui le trompent. Mais, dans le noir, il distingue bien à présent une lueur qui surgit de la porte de la Loi et ne s’éteint pas.

Il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre. Avant sa mort, toutes les expériences qu’il a faites au long des années se rassemblent en une seule question qu’il n’a jusqu’alors jamais posée au portier.

Il lui fait signe, car il ne peut plus redresser son corps qui se fige. Le portier doit se pencher beaucoup, la différence de taille entre eux ayant augmenté, à la défaveur de l’homme. « Que veux-tu donc encore savoir ? lui demande le portier, tu es insatiable. » « Tous les hommes sont attirés par la Loi, dit l’homme, mais comment se fait-il que personne, à part moi, n’ait demandé la permission d’entrer ? »

Le portier se rend compte que l’homme approche déjà de sa fin, et, afin que l’autre à l’ouïe évanescente l’entende encore, il lui crie :

« Personne d’autre que toi ne pouvait obtenir la permission d’entrer ici, car cette entrée n’était destinée qu’à toi. Je m’en vais à présent et je ferme la porte.»

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Merci Michel K… pour cet apport …

La lettre d’Abraham Lincoln au professeur de son fils 25 octobre, 2018

Posté par hiram3330 dans : Apports , ajouter un commentaire
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La lettre d’Abraham Lincoln au professeur de son fils

Il aura à apprendre, je sais,
que les hommes ne sont pas tous justes,
ne sont pas tous sincères.

Mais enseignez-lui aussi
que pour chaque canaille il y a un héros;
que pour chaque politicien égoïste,
il y a un dirigeant dévoué…

Enseignez-lui que pour chaque ennemi il y a un ami,
Éloignez le de l’envie,
si vous pouvez,
enseignez lui le secret
d’un rire apaisé.
Qu’il apprenne de bonne heure
que les despotes sont les plus faciles à flatter…

Enseignez-lui, si vous pouvez,
les merveilles des livres…
Mais laissez-lui un peu de temps libre
pour considérer le mystère éternel des oiseaux dans le ciel,
des abeilles au soleil,
et des fleurs au flanc d’un coteau vert.
À l’école, enseignez-lui
qu’il est bien plus honorable d’échouer
que de tricher…

Apprenez-lui à avoir foi
en ses propres idées,
même si tout le monde lui dit
qu’elles sont erronées…

Apprenez lui à être doux
avec les doux,
et dur avec les durs.
Essayez de donner à mon fils
la force de ne pas suivre la foule
quand tout le monde se laisse entrainer…

Apprenez-lui à écouter tous les hommes
mais apprenez-lui aussi à filtrer
tout ce qu’il entend à travers l’écran de la vérité,
et à en recueillir seulement les bonnes choses
qui passent à travers.

Apprenez-lui si vous pouvez,
à rire quand il est triste…

Apprenez-lui qu’il n’est aucune honte à pleurer,

Apprenez-lui à se moquer des cyniques
et à prendre garde devant une douceur excessive…

Apprenez-lui à vendre ses muscles
et son cerveau au plus haut prix,
mais à ne jamais fixer un prix
à son cœur et à son âme.

Apprenez-lui à fermer les oreilles
devant la foule qui hurle
et à se tenir ferme et combattre
s’il pense avoir raison.
Traitez-le doucement,
mais ne le dorlotez pas,
parce que seule l’épreuve
du feu forme un acier fin.
Qu’il ait le courage
d’être impatient
et la patience d’être courageux.

Apprenez-lui toujours
à avoir une immense confiance en lui même,
parce que dès lors, il aura
une immense confiance envers l’Humanité.
C’est une grande exigence,
mais voyez ce que vous pouvez faire…

Il est un si bon garçon, mon fils!

De Léo Campion, 16 septembre, 2018

Posté par hiram3330 dans : Apports,Billevesees & coquecigrues , ajouter un commentaire

De Léo Campion,

 

Illustre trente-troisième, anarchiste, mécréant… mais aussi Sérénissime Grand Maître de la Confrérie des Chevaliers du Taste-Fesses, Régent du Collège de Pataphysique, Gran Fécial Consort de l’Ordre de la Grande Gidouille…, fondateur de cette Science d’autant plus fondamental qu’elle traite du fondement de l’humain : la Pygognomonie » du Grec « pugê » – fesse, derrière, croupion… – et « gnôme » – connaissance -, c’est-à-dire « l’étude du caractère et des dispositions des individus d’après la forme, l’aspect et la consistance de leur postérieur

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Sonnet pieusement gastronomique

Au cours de nos agapes

Arrosons en gourmets

Les meilleurs de nos mets

De Château-neuf du Pape.

Ce vin du Vatican,

Que chacun s’en souvienne,

Convient surtout quant

Aux nouilles italiennes.

Apportons ici-bas

Tous nos soins à ce plat

En pieux sujets du Pape.

Car quoi donc ne ferait

Et que n’a-t-on fait

Pour les nouilles du pape ?

In Sonnets, in A toutes fins inutiles, poèmes facétieux

 

***

Ballade civique

T’as pas le sou et t’as faim, mon gars ? c’est légal ;

Mais alors bouffe pas, ce serait illégal.

Tâches de ne pas être vagabond. C’est louche

Un vagabond ; on ne sait pas où ce que ça couche…

Fais du commerce. Deviens gros propriétaires.

Tout le monde ne peut pas être prolétaire ;

Fais-toi plutôt banquier, mon gars, ça c’est légal.

Prends pas la femme d’un autre, c’est illégal ;

L’amour, faut pas croire que c’est toujours légal.

Par ici une femme on peut en avoir qu’une

Et c’est pour toute la vie chacun sa chacune,

L’épouse à son mari, son corps est pas à elle ;

Mais la loi qu’est bête elle n’est pas toujours pareille

Et la polygamie qu’est en France illégale,

Eh ben ! en Afrique française elle est légale.

Zigouiller ton prochain, mon gars, c’est illégal ;

Mais il te faut faire la guerre, c’est légal.

Pourquoi que tu serais un assassin vulgaire

Quand à toi s’offre la carrière militaire ?

Travailles pas à ton compte, en amateur,

Fais-toi professionnel : marin ou aviateur ;

Tu pisseras pas dans la rue, c’est illégal,

Mais tu bombarderas les civils, c’est légal.

Fais des gosses, c’est tout ce qu’y a de légal,

Mais les évite pas, mon gars, c’est illégal ;

Même si tu peux pas leur donner à croûter.

Selon les pays, on peut t’électrocuter,

Te couper le cou, t’envoyer en Sibérie,

Chez les fous, au bagne, aux îles Lipari,

Ou te pendre. T’as le choix. Tout ça, c’est légal.

Mais te promène pas à poils, c’est illégal.

En un mot comme en mille, je te le répète,

Sois un bon citoyen, régulier et honnête,

Paye tes contributions, salue le drapeau,

Quand tu rencontreras un curé, ôtes ton chapeau ;

A part ça, mon gars, du moment que c’est légal,

Sois salaud tant que tu veux, ça leur est égal.

***

 Envoi madrigaleux

 Je vous veux saluer, madame, mais comment ?

Je pourrais lever mon chapeau, simplement ;

Mais comme vous voyez, je n’en porte jamais.

Je pourrais saluer de manière pratique

En clignant de l’œil comme si je vous aimais ;

Je vous respecte trop ! J’ai pour la politique

Une sainte aversion et ni le bras levé

Ni le poing fermé ne peuvent me convenir.

Je pourrais m’incliner et puis me relever,

Mais je cesserais alors, cruel souvenir,

Pendant un court instant, de voir votre visage,

Votre regard pur et votre boucle angélique ;

Aussi souffrez, madame, que sans plus d’ambages,

Je vous destine un rigide salut phallique.

***

Pensées funèbres

 

À quoi pensent les braves gens

Qui suivent les enterrements

En affichant avec constance

Une gueule de circonstance ?

 

Les héritiers, la larme à l’œil,

Pensent à leur part d’héritage.

Les dames qui portent le deuil

Pensent que le noir avantage.

 

Pour ne pas être pris de court

Celui qui va faire un discours

Vantant du défunt le notoire

Pense à épater l’auditoire.

 

Pour faire entrer des picaillons

Le curé pense augmenter vite

Le prix du coup de goupillon

Vu la hausse de l’eau bénite.

 

Le matuvu met tout son art

A avoir assez de retard

Pour qu’on remarque sa présence

Et pense à soigner sa prestance.

 

L’avare pense à ses écus.

Le cocu pense à ses déboires.

Le noceur pense à un beau cul.

Le croque-mort pense au pourboire.

 

Les chevaux du corbillard, eux,

Pensent que tout est pour le mieux

Pour eux, chevaux-vapeur tranquilles

D’un corbillard automobile.

 

Ceux dont le chagrin n’est pas feint

Pleurent comme une vraie greluche

En pensant à leur cher défunt

Qui d’ores et déjà trébuche

Parmi les bonnes intentions

Dont l’enfer est pavé, dit-on.

 

Quand au mort, la question se pose,

Le mort pense-t-il quelque chose ?

Ce n’est pas lui qui le dira ;

Patience : qui mourra verra…

***

 

De F.M. Robert Dutertre, maçon du XIXème siècle

 

Les grenouilles de bénitier et les crapauds de sacristie

Friandes d’eau bénite, auprès des bénitiers,
On entend coasser d’insipides grenouilles
Qui débauchaient jadis, en guignant leurs dépouilles
De jeunes batraciens sous les ombreux sentiers.

Aujourd’hui qu’elles ont une face ridée
Et que tous leurs amours se sont bien refroidis.
Elles n’ont qu’une envie et qu’une seule idée,
C’est d’aller coasser aux lacs du paradis.

Quelques êtres grincheux, jésuites malins,
Sans avoir aucun droit et sans le moindre titre,
Se faufilant partout par leurs airs patelins,
Prétendaient diriger l’évêque et son chapitre.

Or, le bon peuple hait l’œuvre de Loyola,
Mais il veut qu’on respecte et le culte et l’hostie
Et, sachant venimeux tous ces batraciens-là,
Il les a surnommés crapauds de sacristie.

***

De  moi-même

La solitude

La solitude, c’est…

Une blessure faite à la vie parce qu’elle est blessure et souffrance d’une vie

Un ici qui est toujours ailleurs, autrement dit nulle part

Un maintenant qui est toujours plus tard, une autre fois, c’est-à-dire jamais

Une prison dans les barreaux sont l’absence de l’autre

Une main désespérément tendue à travers la froidure d’une nuit sans lendemain

Et qui reste tragiquement ballante

Comme un pantin désarticulé

Ou bien

Que l’on retire

De cette étreinte du vide

Broyée, écrasée, meurtrie

Par celles/ceux qui ne s’en étaient saisis

Que pour mieux s’en servir

Et la rejeter leur besoin satisfait

Le silence comme seul écho aux cris que l’on lance

Et qui restent muets

Parce nul mot ne peut dire l’indicible

Une larme qui sèche au coin d’un œil aveuglé de ne plus voir

Une gare fantôme où l’on attend sur un quai vide un train qui ne viendra jamais

Parce qu’il n’est jamais parti

Le mal-être de trouver tant de sens dans la vie

Et de ne plus en trouver

Ou du moins en ressentir

Dans sa propre vie

Une page qui reste blanche parce qu’elle porte le deuil d’une histoire à inventer

Un puits sans fond

Dans lequel on a été jeté

Après avoir été expulsé de la mémoire des autres

Un chemin que l’on suit

En se demandant bien pourquoi

Et cette terrible envie qui colle au ventre

De s’arrêter

Au bord de ce chemin sans fin

Pour regarder passer le temps

Pour s’écouter mourir de ce que l’on ne sait pas/plus être

La solitude c’est encore

Une plage qui n’est pas une plage mais un désert

Puisque la mer s’en est allée vers d’autres rives

Un champ qui n’est que de ruines

Et dont les seules moissons sont ceux de la peine

De l’amertume

De la colère

De la révolte

C’est un drapeau que l’on brandit sur une barricade

Qui n’est pas à défendre

Puisque personne ne veut la prendre

C’est une vie

Qui

Comme une cigarette

Doit être jetée avant la fin

Pour ne pas se brûler les doigts

C’est un cercueil éventré

Jeté aux milieux d’immondices

Et qui reste vide

Lui aussi

Car pour mourir

L’un a encore besoin de l’autre

C’est une vie qui n’est pas la vie

Une mort qui n’est pas la mort

C’est une attente

Attente de la vie

Attente de la mort

C’est l’ivresse des illusions

De ces illusions qui bercent l’intelligence

De la naïveté de croire aux beaux mots que disent les autres

Pour mieux vous abuser

Pour mieux vous détruire

Pour mieux vous anéantir

Pour mieux vous aliéner de votre seule richesse

Votre humaine individualité

Ces mots qui sonnent

Amitié

Loyauté

Amour

Partage

Générosité

Honnêteté

Franchise

Bref tous ces leurres qu’on agitent sous vos yeux

Dans le creux de votre cœur

Pour que la raison endormie

Vous ne soyez même plus victime de qui/que ce soit

N’étant plus

Rien

La solitude c’est aussi

Le rêve qui prend le pas sur le réel

Et qui vous affuble des oripeaux grotesques d’un Don Quichotte

Sans horizon

Ni même le moindre moulin à combattre

Et

Bien sûr

Sans aucune Dulcinée

C’est une vigne qui ne donne plus de vin

Mais du sang

Celui de votre vie

Qui vous fuit

C’est un cœur

Qui ne cesse de battre la démesure d’un temps qui n’en finit pas de s’étirer

C’est un murmure qui hante les couloirs de la mémoire

Un murmure dont on ne sait plus s’il est question ou réponse

Tant

Inlassablement répété

Il n’est plus son

Mais bruit

Bruit d’une fureur

D’une fureur qui n’est pas celle de la vie

Mais de la mort

Cette mort

Que l’on attend

Que l’on guette

Que l’on appelle

Que l’on espère

Que l’on veut souvent précipiter

Puisqu’elle est la seule rencontre

Que l’on puisse faire

Dans

La

SOLITUDE

6 juillet 2001

 

Sans titre

Le soleil doit sûrement briller dans le ciel d’azur

Pourtant

Je ne le vois pas

Parce que je suis aveugle

Pas vraiment aveugle de cécité

Juste que mes yeux ne voient plus dehors

Mais dedans

Et qu’en moi ils ne voient que le silence et l’obscurité de ce vide infini

Qui est moi

En moi

Comment cela est-il arrivé

Je ne le sais pas vraiment

Ce que je sais seulement c’est qu’un jour

Le bruit et la fureur de la vie ont cessé de parvenir à mes oreilles

Qu’un peu plus tard

J’ai perdu le goût du sel de la vie

Que quelque temps après je n’ai plus senti les caresses du vent sur ma peau

Ainsi

J’ai perdu le sens de mes sens

Parce que j’ai perdu le sens de ma vie

C’est pourquoi

Je peuple le silence et l’obscurité de ce vide qui est en moi

De souvenirs

De souvenirs dont je bois la beauté

Non pas tant pour me rafraîchir

Que pour me nourrir de vie

De cette vie que je n’ai plus

En moi

Toutefois mes efforts restent vains

Comment apaiser cette faim de vie

Quand je n’ai que quelques miettes de beauté à lui donner

Ma vie est donc un vide

Qui

En même temps

Est un plein

Un plein de manque

Et de quelques absences aussi

Le soleil luit sans doute

Mais je ne le vois pas

Je ne vois plus rien d’autre

Que cette apparence de moi

Qui est déjà un non-moi

Un paraître et non plus un être

Celui de la simple survie

3 août 2001

 

Anamour

Vous que je connais pas

Qui ne me connaissez pas

Qui êtes ici ou ailleurs

D’aujourd’hui

D’hier

Ou de demain

De partout comme de nulle part

De chair et de sang

De mots et de musique

De signes et d’expressions

De joies et de bonheur

Comme de peines et de tristesse

De plaisir parfois

De souffrances souvent

De rires et de pleurs

De mains tendues et toujours

En définitive

Serrées bien fort par d’autres mains

De murmures et de hurlements

Noir(e)s comme votre drapeau qui calque au vent

Et qui fait peur parce qu’il est

Promesse

De révolte contre toutes les injustices

Toutes les inégalités

Toutes les oppressions

Toutes les répressions

Toutes les misères

Filles et fils de la liberté

En ayant toujours à cœur que votre liberté soit toujours et d’abord celle des autres

De courage

Ce courage qui vous fait assumer votre peur

Debout

Toujours debout

Quand tant d’autres se plaisent à se coucher

Du partage

De la solidarité

De la fraternité

Les amant(e)s passionné(e)s

Et passionnant(e)s

De l’humanité

Cette humanité qui est votre seule

Condition

La seule prison

Dans laquelle

Librement

Vous vous êtes enfermé(e)s

Pour résister

Au cannibalisme de l’ordre

De tous les ordres

Et pour laquelle vous êtes prêt(e)s à mourir

Afin que d’autres puissent continuer de vivre

Et de rester humain(e)s

Oui

Vous

Je vous aime

Parce que de vous aimer

Me permet de

M’aimer

13 février 2002

 

Sans titre

Il pleut

Des rires étranglés

Des sourires désappris

Des joies perdues

Un bonheur exilé de tous les possibles

Des rêves gangrenés du nécessaire réveil

Des sommeils galvaudés dans des lits de fatigue

Des larmes qui sont comme des couteaux plantés dans l’œil

Des jours sans nuit et des nuits sans jour

Du sang giclant de cette plaie béante qui ne se fermera jamais

La naissance

Des lumières obscures sondant le gouffre de la mémoire

Des nuages promenant leur ennui sur les remparts d’un horizon inaccessible

Des étoiles bruissant de tristesse

Des hurlements brisant les chaînes de la raison

Des blessures nées de l’union malheureuse de l’illusion et du mensonge

Des silences lourds de moissons qui ne seront jamais faites

Le poison visqueux d’une histoire sans fin

Des souvenirs transis du froid de la solitude

Une souffrance qui colle à la peau

Il pleut

Des mots

Des mots de révolte

De désespoir

D’amertume

De chagrin

De mélancolie

Il pleut

Des mots

Et

Seul

Je regarde cette pluie de mots

S’évanouir

Inutilement

Dans le désert de ma solitude

10 juillet 2001

 leo campion

Extrait du site : hiram online.com

La vie sur terre est un passage 15 septembre, 2018

Posté par hiram3330 dans : Apports , ajouter un commentaire

7-VITRIOL-300x240

La vie sur terre est un passage

L’amour est un mirage,

Mais l’amitié est un « Fil d’or »

Qui ne se brise qu’à la mort.

 

Tu sais ! l’enfance passe,

La jeunesse suit, la vieillesse la remplace

Puis la mort nous ramasse…

 

La plus belle fleur du monde perd sa beauté,

Mais une amitié fidèle dure pour l’éternité.

Vivre sans amis, c’est mourir sans témoin.

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Merci à toi Yves pour ce partage

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