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Souviens toi d’Ouradour-sur-Glane… 11 juin, 2019

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Souviens toi d’Ouradour-sur-Glane…

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Dominique Capo

Ne jamais oublier, pour que jamais une telle horreur ne se reproduise…

En avril 1944, après avoir subi de lourdes pertes sur le front de l’Est, notamment lors de la quatrième bataille de Kharkov, la 2e division blindée SS Das Reich est mise au repos dans la région de Montauban. Début mai, elle comporte 18 468 hommes, dont de nombreuses recrues. Début juin, plusieurs de ses composantes ne sont toujours pas opérationnelles et la situation du matériel roulant, de l’armement lourd et des blindés est encore défaillante.

Les membres de la division Das Reich sont imprégnés par l’idéologie nationale-socialiste. Ils se perçoivent comme des militaires d’élite. Et ils ont déjà participé à des opérations de lutte contre les partisans. Ses soldats « ont traversé « l’univers moral » de la guerre à l’Est, fait de cruauté envers la population et de brutalités exercées par les officiers sur les hommes de troupe. Massacre de populations, destruction d’habitations et incendie de villages ont, à leurs yeux, fait partie des moyens considérés comme « normaux » de la répression appliquée aux maquis.

Même si la division est officiellement au repos pour reconstituer ses forces, certains de ses éléments participent à des opérations de lutte contre les partisans et à des représailles contre la population civile.

La troupe est tenue de riposter immédiatement aux attaques terroristes en ouvrant le feu. Selon les ordres qu’elle a reçu, si des civils innocents sont touchés, la responsabilité en incombe exclusivement aux terroristes. Dans ce cas, les zones doivent être bouclées et tous les habitants, quels qu’ils soient, arrêtés. Les maisons qui ont abrité des partisans doivent être incendiées. Ces mêmes ordres prévoient des actions de contre-propagande et de discrimination ayant pour but de monter la population contre les terroristes. Ils prévoient aussi des arrestations massives et préventives, l’occupation de localités et le ratissage de zones, ainsi que la réquisition de véhicules. Ils précisent enfin que, pour chaque Allemand blessé 5 civils seront pendus et pour chaque Allemand tombé, 10 civils seront pendus.

En mai et début juin 1944, des unités de la Das Reich « terrorisent les populations des départements du Lot, du Lot-et-Garonne, de la Haute-Garonne et de l’Ariège. Au cours de leurs opérations, elles fusillent ou déportent des résistants et des otages, assassinent de nombreux civils, hommes femmes et enfants et incendient des habitations voire des villages entiers, comme celui de Terrou, de Fouché, ou d’Oradour…

Or, le lendemain du Débarquement, 7 juin 1944, la Das Reich reçoit deux ordres contradictoires : le premier lui donne instruction de rejoindre la Normandie, le second d’intervenir contre la Résistance dans la zone de Tulle-Limoges. Cette ambiguïté est levée par deux ordres reçus le 8 et 9 juin, qui précisent que l’essentiel de la division doit être retiré des engagements en cours avant le 11 juin à 12 h pour rejoindre le front de Normandie.

Au cours de la progression vers Tulle, des éléments de la division sont confrontés au renforcement des actions de la Résistance : de nombreux partisans sont tués lors des combats ou sommairement exécutés. Des civils sont également assassinés.

La répression connaît un premier point culminant avec le massacre de Tulle : le 9 juin, après avoir réoccupé la ville brièvement libérée, 99 hommes, sans aucun lien avec la Résistance, sont pendus aux balcons et aux réverbères ; et 149 hommes sont déportés le lendemain. Les unités qui n’ont pas fait mouvement vers Limoges mènent des opérations de répression contre la Résistance et commettent des exactions contre la population civile entre le 10 juin et le 16 juillet 1944.

Le groupe de reconnaissance qui commet, le 9 juin, le massacre de Tulle, et deux régiments de Panzer-grenadier investissent la région de Limoges.Il prépare son positionnement dans le secteur afin de réduire les maquis.

Pour tarir le soutien de la population aux maquis et diminuer l’activité de celui-ci, les SS préparent une action visant à produire un effet maximal de terreur.

Les 9 et 10 juin, le massacre fait l’objet d’au moins trois réunions de préparation réunissant des membres de la Milice, de la SIPO, et de la 2e Panzer-division SS Das Reich : « C’est là, sur une banale table de café, dans la salle du rez-de-chaussée d’un petit hôtel, que fut décidée et réglée la destruction d’Oradour, au cours d’une conversation qui dura plus d’une heure ».

Vers treize heures trente, deux colonnes quittent Saint-Junien. La plus importante d’entre elles comporte huit camions, deux blindés à chenilles et un motocycliste de liaison. Et prend la direction d’Ouradour-sur-Glane.

La colonne est commandée par le Sturmbannführer Adolf Diekmann. A la tète detrois sections, soit un total d’environ deux cents hommes munis d’armes légères, il la dirige vers Oradour. Au moment du départ, un chef de section déclare même : « Ça va chauffer : on va voir de quoi les Alsaciens sont capables. ».

Un kilomètre avant l’arrivée au village, la colonne s’arrête pour la distribution des ordres aux officiers et sous-officiers. Vers 13h45, un premier groupe de cinq à huit véhicules entre dans le village par l’est, en empruntant le pont de la Glane. A ce moment, l’encerclement du village est déjà effectué par 120 hommes environ. Un témoin raconte : « Les hommes étaient tous armés soit de mousquetons, soit de fusils mitrailleurs, soit de mitraillettes. Ils dirigeaient leurs armes en direction des maisons. Les Allemands étaient en tenue bariolée et leur attitude de tireur, prêt à faire feu, avait impressionné ».

Ce déploiement de forces ne suscite aucune panique, ni appréhension particulière : si le pharmacien et d’autres commerçants baissent leurs stores métalliques, le coiffeur va s’acheter du tabac pendant que son commis s’occupe d’un client. Les habitants du bourg, qui n’ont pratiquement jamais vu d’Allemands, regardent arriver les SS sans plaisir, certes, mais avec plus de curiosité que de crainte.

Cependant, des habitants tentent de s’enfuir ou de se cacher. Entre 130 et 150 ; ce qui dénote un courage certain. « Car il fallait avoir une expérience de la peur et une motivation forte pour ne pas obéir aux ordres SS ».

Convoqué par le commandant Adolf Diekmann, le docteur Desourteaux – président de la délégation spéciale désigné par le régime de Vichy qui fait office de maire -, fait appel au crieur public. Il ordonne aux habitants et aux personnes de passage au bourg, particulièrement nombreuses en raison d’une distribution de viande et de tabac, de rejoindre le champ de foire. La majorité de la population obéit aux ordres ? persuadée qu’il s’agit d’un contrôle de routine.

L’inquiétude des habitants est encore mesurée pendant le rassemblement et avant la séparation des hommes et des femmes et des enfants : M. Compain, le pâtissier, dont le magasin donne directement sur la place, va jusqu’à demander à un soldat allemand s’il ne peut pas aller vérifier la cuisson de gâteaux qu’il vient de mettre au four. Il s’entend répondre, en français, qu’on va s’en occuper.

Les SS forcent les habitants de la périphérie à aller vers le centre en direction de la place du champ de foire. Le rabattage est systématique et concerne tous les habitants. Un survivant, qui tente de fuir vers la Glane par les jardins, témoigne : « arrivé au bout du jardin, je me suis aperçu que les Allemands déployés en tirailleurs cernaient le bourg, ce qui m’a obligé à revenir à la maison. Peu de temps après, un Allemand est venu faire irruption dans notre cuisine. Il tenait un fusil à la main et, avec son canon, il nous a poussés dehors, ma femme, ma mère et moi, sans ménagement » Un autre, diffuseur de journaux  clandestins, poursuit : « Au fur et à mesure de leur avance, ils ont ramassé tous les habitants grands et petits, jeunes et vieux, d’Oradour pour les conduire place du Champ de Foire. Ils passaient dans chaque immeuble se trouvant dans le quartier de leur passage, défonçant portes et fenêtres si c’était nécessaire ; ».

La rafle inclut également les quatre écoles de la commune, soit 191 enfants, 2 instituteurs et 5 institutrices : bien que l’on soit un samedi après-midi, les enfants sont rassemblés dans les écoles, en raison d’une visite médicale . La rafle concerne également les habitants des fermes et maisons situées à l’extérieur du bourg : « Des camionnettes apportaient sans cesse des gens des villages environnants qui avaient été appréhendés à domicile. C’est ainsi qu’il y avait là des agriculteurs des Brandes et de Bellevue.». Ou : « Les gens continuaient d’arriver de partout. Des coups de feu isolés ont été tirés aux alentours. Les automitrailleuses faisaient le va-et-vient dans le bourg. Une autochenille qui passait dans le champ ramenait de temps à autre les paysans qu’ils y avaient ramassés. Au bout d’une heure sont arrivés les écoliers avec les instituteurs et institutrices. ».

La directrice de l’école de filles poussée à coups de crosse, arrive à son tour en pyjama. Les fuyards ou ceux qui ne peuvent se déplacer sont immédiatement abattus : « Une vieille femme, courbée sur ses bâtons et qui n’avançait pas assez vite, fut abattue à coups de mitraillette. ». Et : « Le rassemblement a été violent, avec de la casse, bris de portes et fenêtres, avec des coups de feu et des morts. Tout le monde n’a pas obéi. » et si certains habitants réussissent à passer au travers des mailles du filet, la majorité de la population est rassemblée sur le champ de foire.

Le rassemblement des habitants achevé vers 14 h 45, un des Waffen-SS alsaciens traduit aux 200 à 250 hommes présents les propos du commandant Diekmann : les SS ont entendu parler d’une cache d’armes et de munitions à Oradour et demandent à tous ceux qui possèdent une arme de faire un pas en avant. On les menace de mettre le feu aux maisons afin de faire sauter le dépôt clandestin. Devant l’absence de réaction, l’officier demande au maire de lui désigner trente otages, qui lui répond qu’il ne lui est pas possible de satisfaire une telle exigence. Le maire assure que les habitants du bourg n’ont pas connaissance d’un tel dépôt et se porte garant pour eux.

Le commandant demande alors au maire de le suivre. Et ils font un aller-retour à la mairie. De retour sur le champ de foire, M. Desourteaux maintient son refus. Il se propose comme otage avec, le cas échéant, ses plus proches parents. À cette proposition, l’officier s’esclaffe.

Vers 15 h, les femmes et les enfants sont conduits dans l’église après des scènes d’adieux déchirantes. L’interprète réitère la demande de dénonciation et déclare : « Nous allons opérer des perquisitions. Pendant ce temps, nous allons vous rassembler dans les granges. Si vous connaissez quelques-uns de ces dépôts, nous vous enjoignons de les faire connaître. ».

Mais aucun dépôt n’est signalé. Et pour cause, il n’y en a pas dans le village, qui est parfaitement tranquille et où chacun s’occupe uniquement de son petit commerce ou de la culture de ses terres.

Après une heure d’attente, les hommes sont conduits dans divers locaux repérés par les SS. Vers 15 h 40, une motrice de tramway en essai arrive de Limoges, avec trois employés à bord, et stoppe peu avant le pont sur la Glane. Une cale doit être placée afin de maintenir l’engin immobile. L’un d’eux descend au moment où passe un groupe d’hommes raflés dans les hameaux alentour, groupe encadré par quelques soldats. Cet employé qui est descendu est immédiatement abattu et son corps jeté dans la rivière. Les deux autres sont emmenés auprès d’un officier qui, après examen de leurs papiers, leur ordonne de rejoindre leur machine et de retourner à Limoges.

Les 180 hommes et jeunes gens de plus de quatorze ans sont répartis dans six lieux d’exécution, par groupes d’une trentaine de personnes : « Pendant que, toujours tenus sous la menace des fusils, les hommes devaient vider chacun de ces locaux de tous les objets qu’ils contenaient, un SS balayait soigneusement un large espace devant la porte. Puis , il y installait une mitrailleuse, et la mettait en batterie face au local. ». Et : « Malgré cette situation inquiétante, chacun reprenait confiance, certain qu’il n’existait aucun dépôt d’armes dans le village. La fouille terminée, le malentendu serait dissipé et tout le monde serait relâché. Ce n’était après tout qu’une question de patience. ».

Le tir des mitrailleuses en batterie devant les lieux de rétention des hommes se déclenche vers 16 heures. Le commandant SS écrit : « A l’intérieur, les hommes étaient énervés. Alors j’ai ordonné Feu ! et tous ont tiré. Moi-même, j’en ai tué environ douze ou quinze. On a mitraillé une demi-minute, une minute. Ils tombaient tout bêtement. ». Et un survivant de rappeler : « Nous avons perçu le bruit d’une détonation venant de l’extérieur, suivi d’une rafale d’arme automatique. Aussitôt, sur un commandement bref, les six Allemands déchargèrent leurs armes sur nous. En quelques secondes, j’ai été recouvert de cadavres, tandis que les mitrailleuses lâchaient encore leurs rafales. J’ai entendu les gémissements des blessés. Lorsque les rafales eurent cessé, les Allemands se sont approchés de nous pour exterminer à bout portant quelques-uns parmi nous. ».

Les corps sont ensuite recouverts de paille, de foin et de fagots, auxquels les SS mettent le feu. Puis ? Les nazis quittent les lieux. Le survivant continue : « L’opération faite, ces Messieurs les bourreaux partent tous, nous laissant seuls. Je les entends, chez le buraliste, par la porte derrière le hangar. Les verres tintent, les bouchons des bouteilles sautent, le poste de T.S.F. marche à plein. ».

Le même scénario se répète dans tous les lieux où sont assassinés les hommes : le garage Potaraud, le chai Denis, le garage Desourteaux, et les granges Laudy, Milord et Bouchoule . Partout trois ordres se succèdent : le début des tirs, l’achèvement des blessés et le déclenchement de l’incendie. Dans la plupart des lieux d’exécution, le feu est allumé sur des hommes encore vivants : « Jusqu’au dernier instant, à l’ultime seconde du déclenchement de la mitraille, ceux qui étaient devenus des otages en attente d’une exécution n’ont pas imaginé la conséquence de leur situation. Ils ne pouvaient pas y croire et ils n’y ont pas cru. La surprise des victimes a été totale. La manœuvre des Waffen-SS avait réussi : l’exécution s’est passée dans le calme, sans difficulté et sans panique. ».

D’un groupe de soixante-deux prisonniers, six s’échappent du bâtiment. Toutefois, un est tué par une sentinelle. Les cinq évadés survivants sont les seuls rescapés des fusillades.

Les SS qui ne participent pas aux meurtres, soit quatre à cinq hommes de chaque peloton, parcourent le village. Ils se livrent au pillage, emportant argent et bijoux, tissus et produits alimentaires, instruments de musique et bicyclettes. Ils emportent aussi volailles, porcs, moutons et veaux. Au fur et à mesure du pillage, les bâtiments sont systématiquement incendiés, ce qui nécessite de multiples départs de feu. Débusqués par les pillards ou chassés de leur cachette par les incendies, de nombreux habitants qui ont échappé à la rafle sont massacrés isolément ou en petits groupes ; hommes, femmes et enfants confondus. En entendant la fusillade et constatant que les enfants ne sont pas rentrés de l’école, des habitants des faubourgs se rendent à Oradour où ils sont abattus.

Parmi les 350 femmes et enfants enfermés dans l’église, seule une femme parvient à s’échapper. Son mari, son fils, ses deux filles et son petit-fils âgé de sept mois font partie des victimes. Elle dévoile :

« Entassés dans le lieu saint, nous attendîmes, de plus en plus inquiets, la fin des préparatifs auxquels nous assistions. Vers 16 h, des soldats âgés d’une vingtaine d’années placèrent dans la nef, près du chœur, une sorte de caisse assez volumineuse. En dépassaient des cordons qu’ils laissèrent traîner sur le sol. Ces cordons ayant été allumés, le feu fut communiqué à l’engin dans lequel une forte explosion se produisit. Une épaisse fumée noire et suffocante s’en dégagea.

Les femmes et les enfants à demi asphyxiés et hurlant d’épouvante affluèrent vers les parties de l’église où l’air était encore respirable. C’est ainsi que la porte de la sacristie fut enfoncée. Sous la poussée irrésistible d’un groupe épouvanté. J’y pénétrai à la suite et, résignée, je m’assis sur une marche d’escalier. Ma fille vint m’y rejoindre. Les Allemands, s’étant aperçus que cette pièce était envahie, abattirent sauvagement ceux qui venaient y chercher refuge. Ma fille fut tuée près de moi d’un coup de feu tiré de l’extérieur. Je dus la vie à l’idée de fermer les yeux et de simuler la mort. Une fusillade éclata dans l’église. Puis de la paille, des fagots, des chaises furent jetés pêle-mêle sur les corps qui gisaient sur les dalles. Ayant échappé à la tuerie et n’ayant reçu aucune blessure, je profitai d’un nuage de fumée pour me glisser derrière le maître-autel. Il existe dans cette partie de l’église trois fenêtres. Je me dirigeai vers la plus grande qui est celle du milieu et, à l’aide d’un escabeau qui servait à allumer les cierges, je tentai de l’atteindre. Je ne sais alors comment j’ai fait, mais mes forces étaient décuplées. Je me suis hissée jusqu’à elle, comme j’ai pu. Le vitrail était brisé, je me suis précipitée par l’ouverture qui s’offrait à moi. J’ai fait un saut de plus de trois mètres. Puis je me suis enfuie jusqu’au jardin du presbytère. Ayant levé les yeux, je me suis aperçue que j’avais été suivie dans mon escalade par une femme qui, du haut de la fenêtre, me tendait son bébé. Elle se laissa choir près de moi. Les Allemands, alertés par les cris de l’enfant, nous mitraillèrent. Ma compagne et le poupon furent tués. Je fus moi-même blessée en gagnant un jardin voisin. »

La charge explosive qui doit faire s’effondrer l’église n’est pas suffisante pour atteindre son objectif. Un SS marque : « La destruction de la voûte de l’église échoua. La suite du massacre releva dès lors d’initiatives de sous-officiers SS . Les hommes libérèrent toute leur violence, avec l’autorisation de leur hiérarchie. Mais il n’y a pas eu de bataille. ». Un autre détaille : « Des SS entrent à l’intérieur de l’église où ils ont tirent des rafales de mitraillettes. D’autres lancent des grenades à main à l’intérieur du même édifice, pour achever la population. »  Ou : « Au moment où le feu est mis à l’église, on entend toujours des cris à l’intérieur, mais moins qu’au début, ce qui prouve que, lorsqu’on y a mis le feu, des personnes étaient encore vivantes ou agonisantes. ».

Après 18 heures, un ingénieur des chemins de fer arrive en camion en vue du village. Il raconte : « Au sommet d’une côte, nous avons pu apercevoir le bourg. Il n’était plus qu’un immense brasier ». Il est arrêté avec ses compagnons de voyage à trois cents mètres de l’entrée du village. Il est autorisé à rester sur place après une fouille. Il est ensuite rejoint par les passagers du tramway parti de Limoges. La localité est complètement cernée par un cordon de troupes en armes.

Le groupe d’une quinzaine de personnes est arrêté vers 20 h et, après plusieurs vérifications d’identité, relâché avec ordre de s’éloigner du village. Un sous-officier parlant correctement le français déclare aux membres de la petite troupe : « Vous pouvez dire que vous avez de la chance. ». Le massacre est terminé.

À l’exception d’une section de garde, les SS quittent Oradour entre 21 h et 22 h 30. Les SS passent la nuit dans la maison Dupic, dans laquelle seront retrouvées plusieurs centaines de bouteilles de vins vieux et de champagne récemment vidées.

Selon un témoin qui voit passer les Allemands : « Dans cette colonne allemande, j’ai remarqué plusieurs automobiles conduite intérieure. Parmi les camions militaires se trouvait l’auto appartenant à M. Dupic, marchand et négociant en tissus à Oradour. Il y avait la camionnette du marchand de vins. Sur l’un des camions, un Allemand jouait de l’accordéon. Il était juché sur le haut du véhicule qui était très chargé. Il y avait des sacs, des ballots.».

Le 11, puis le 12 juin, des groupes de SS reviennent à Oradour pour enterrer les cadavres et rendre leur identification impossible. Ils reproduisent ainsi une pratique usuelle sur le front de l’Est.

Un SS explique : « J’ai personnellement déblayé l’église. Je portais des gants pour cette besogne. Je prenais les cadavres et les restes, les sortais de l’église et les mettais dans un tombeau creusé à cet effet. Pendant ce travail, une ligne de sentinelles était en position. Elle tirait sur les civils qui s’approchaient de la forêt. ». Un second SS avoue : « Le lendemain, nous sommes revenus pour enterrer les morts. J’étais dans l’église pour sortir les cadavres de femmes et d’enfants, en nombre inconnu tant ils étaient brûlés. Nous les avons enterrés derrière l’église et nous sommes partis. ».

Jean Pallier est l’une des premières personnes à entrer à Oradour dans la matinée du 11 juin, en compagnie de quelques hommes : « Tous les bâtiments y compris l’église, les écoles, la mairie, la poste, l’hôtel que ma famille habitait, n’étaient plus que ruines fumantes. En tout et pour tout, nous n’avions aperçu que trois cadavres carbonisés en face d’une boucherie ; et un cadavre de femme non carbonisé, mais tuée d’une balle dans la nuque ». C’est lors d’un deuxième passage qu’il découvre les charniers : « Au milieu d’un amas de décombres, on voyait émerger des ossements humains calcinés, surtout des os de bassin. Dans une dépendance de la propriété du docteur du village, j’ai trouvé le corps calciné d’un enfant. Je vis plusieurs charniers. Bien que les ossements fussent aux trois quarts consumés, le nombre de victimes paraissait très élevé. ».

Il pénètre ensuite dans l’église : « Il n’est pas de mots pour décrire pareille abomination. Bien que la charpente supérieure de l’église et le clocher soient entièrement brûlés, les voûtes de la nef avaient résisté à l’incendie. La plupart des corps étaient carbonisés. Mais certains, quoique cuits au point d’être réduits en cendres, avaient conservé figure humaine. Dans la sacristie, deux petits garçons de douze ou treize ans se tenaient enlacés, unis dans un dernier sursaut d’horreur. Dans le confessionnal, un garçonnet était assis, la tête penchée en avant. Dans une voiture d’enfant reposaient les restes d’un bébé de huit ou dix mois. Je ne pus en supporter davantage et c’est en marchant comme un homme ivre que je regagnai le hameau des Bordes.».

Tous les témoins sont bouleversés par le degré auquel nombre de corps des quelque 350 femmes et enfants avaient été mis en pièces : « Çà et là des morceaux de crânes, de jambes, de bras, de thorax, un pied dans un soulier. ».

Plusieurs témoins font également état de viols : « Le dimanche vers 15 heures, j’ai vu le spectacle effrayant de l’église où les corps carbonisés gisaient sur le sol. Une femme que je n’ai pu identifier, ne portant aucune blessure apparente, ni trace de brûlure, dévêtue dans sa partie inférieure, le sexe nettement apparent, était placée au-dessus des corps carbonisés. J’ai eu nettement l’impression, au moment où je la vis, que cette femme avait été violée. ».

Dans la soirée du 11 juin, ou dans la journée du 12, le sous-préfet de Rochechouart, M. de Chamboran, se rend à Oradour : « Je n’ai trouvé que des décombres fumants, et me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de secours immédiats à apporter. ». Le 13, le préfet régional de Limoges obtient l’autorisation des autorités allemandes de se rendre à Oradour, en compagnie de l’évêque, Mgr Rastouil. Dans le rapport qu’il adresse le 15 juin à Vichy, si le préfet reprend la version des SS selon laquelle l’opération fait suite à l’enlèvement d’un officier, il tient « à souligner que le village d’Ouradour-sur-Glane était une des communes les plus tranquilles du département. Et que sa population laborieuse et paisible était connue pour sa modération. ».

 

Voilà, ce que fut Ouradour-sur-Glane en ce 10 Juin 1944.

Dominique Capo

oradour

Brun café … 11 novembre, 2011

Posté par hiram3330 dans : Silhouettes , ajouter un commentaire

Brun café

 

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Ainsi fut l’impression, du coin de l’oeil, quand la silhouette passât dans le clair obscur d’un soleil printanier.

Était-ce l’ombre du parasol de la terrasse, un éclat de lumière provenant du ciel qui troublait mon regard, une réminiscence de mon goût (immodéré) pour ce produit préféré par moi glacé, bref d’où me vint cette image fugitive ?

La tête tournée vers cette ombre en plein soleil je faillis trébucher sur le trottoir abîmé, abîmé que j’étais dans mes pensées fugaces dont l’objet restait scotché à ma rétine.

Double éclair des verres rectangulaires de lunettes .. un regard laser noisette, l’esquisse d’un sourire, un mot : bonjour.

Surprenant ce mot, inattendu autant que chantant dans le son d’une voix encore inconnue .. accompagné d’un sourire, franc, venant tel un sucre de canne agrémenter cet instant.

Sourire accentué, accent grave et aigu, circonflexe des sourcil, et pourquoi pas …. bonjour aussi, bonjour sûrement, bonjour aujourd’hui …

Engagement d’un dialogue frôlant parfois un double monologue, apprivoisement en douceur, presque dans un silence chuchoté et partagé, et cela à l’ombre de la terrasse qui amoindrit la brûlure d’un soleil amusé.

Non pas de verre d’eau avec le café, et à boire un verre d’eau autant qu’il remplace, avantageusement, l’incandescence d’un rouleau de « Nicot » … Mais chut … trop tôt encore … et le café vient humecter un bref sourire, un brin amusé, un zeste narquois, une larme envieux.

Les parole, paresseuses voguent sur l’onde d’un zéphyr caressant la chaleur de cette journée estivale, venant d’un coin languissant à une encoignure ombragée pour s’éteindre, vaporisées, par l’impact d’un sourire.

Léger, l’air vibrant amoindrit les ciselures des mots plus chuchotés qu’énoncés … des sujets s’ébauchent, des idées volent, le ton s’affirme, les non-dits s’éclatent tandis que passent des passantes callipyges nonchalantes, au regard narquois, sûres de l’importance de la géométrie physique.

Moments baroques qui filent sans se presser, dans la fluidité de leur minutes bourrées de secondes qui se chevauchent presqu’avec voracité sans la chaleur du soleil surpris de cette vélocité inédite à cette heure ci.

Brun café est donc à contre jour  comme une ébauche de demain à l’aurore, une silhouette droite, figée parfois telle une Massaï  fière toisant le temps infini qui n’existe pas ici, ni là.

Tension dissimulée qui sourd discrètement dans une lueur fugace des yeux, un soupir muet, une crispation subtile et incontrôlable … soucis qui se veulent discrets sinon secrets ..Tension laissant s’évader, parfois, une amorce de sourire venant éclairer l’instant suspendu.

Complexité.

S’étourdir quelquefois, dissoudre le stress dans des verres, des danses, courir comme une ombre dans la fumée d’une crise d’angoisse qui jaillit, volcanique, et s’enfuit, et s’enferre, et .. mais la maîtrise revient, accompagnée de perles salées humectant les joues dans la pénombre de l’ombre.

Fragilité d’une force qui ne peut sans cesse résister aux assauts des sots, les nerfs qui se nouent, l’optimisme qui vacille et tourne sur lui-même  dans des crises combattues et battues …

La noisette des yeux se ressaisit sous les boucles des cheveux pour traverser, à nouveau, le foyer des verres embués d’un passé en mi-teinte où se mêlent noir et blanc.

C’est un chat qui vient réconforter, recharger également ces perles du temps qui luisent de sel, et non d’un sucre candi adoucissant le brun café ..

Caramel soyeux telle est cette luminescence qui transpire soudain à l’éclairage d’un sourire, au détour d’une phrase saupoudrée d’humour, dans l’atmosphère d’un geste ample, en filigrane d’une attitude relâchée.

Mais c’est le mistral qui vient emporter les feuilles mortes et les idées sombres, les éclats de hier, l’amertume de breuvages inopérant, les souvenirs qui traînent çà et là, la poussière de jadis.

Brun café miroite à nouveau dans l’étincelle d’un sourire en dégustant un nième café, saupoudré d’une pincée de nostalgies dont les limbes se dissolvent.

Les hublots carrés laissent enfin errer le regard noisette en direction de la voûte parsemée d’étoiles, dans l’infini imperceptible du devenir qui scintille au plus profond de la voie lactée.

Chris

novembre 6011

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Intemporel 5 juillet, 2011

Posté par hiram3330 dans : Silhouettes , 1 commentaire

Intemporel

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Une goutte de souvenir glisse, sans bruit, sur l’écran plat qui fourmille de pixels mouvant pour s’ordonner.

Un rayon de soleil vient faire luire la noirceur d’un café qui fume tel un volcan en ce début de matinée.

Une double gemme de saphir naît doucement pour teinter l’image de ma mémoire et éclairer le commencement de ce jour.

Crépitement de talons quand la silhouette  aux fragrances poivrées se déplace dans un mouvement souple qui fait frissonner l’air.

Les cheveux chatoyants dans l’espace soudain plein d’une présence qui semble scintiller dans l’éclair du sourire.

Un rire.

L’ombre lumineuse sait rire aussi, elle aime à taquiner les sourires d’autrui dans un bruissement de geste rapides, retenus, qui stimulent des arabesques de mots s’égarant dans l’air toujours frissonnant.

Les saphirs illuminent au travers ces éclats cascadant des perles ourlées d’un rouge carminé … Les couleurs se joignent comme les sons qui créent des mots et des phrases aux sens sensés, aux sens sensuels, aux sens …

Opales sont devenues les saphirs dont la teinte prend de la profondeur comme dans une anse de l’Adriatique ou de la Ligurie, ces eaux méditerranéennes qui sont telles des langues venant lécher des rives.

Un sourire.

Démarrant du pourpre des lèvres, découvrant l’ivoire des perles, il s’étend et s’étale dans une ample progression, comme une marée d’équinoxe, pour illuminer le regard de parcelles et de paillettes mordorées.

Scintillement plus doux qu’un feu d’artifice, plus chaud qu’une flamme d’incendie, plus … hypnotique ; peut-on s’y égarer ?

Silhouette fugace qui danse en ma mémoire, qui virevolte tant et tant que les couleurs s’estompent, une inconnue reconnue au travers d’esquisses qui se fondent comme dans une ombre multicolore, dans un silence magique.

Brume de l’image devenue sépia en restant vivace, longs et courts les cheveux vivent dans le vent, les couleurs forment un kaléidoscope allant du noir au blanc au gré des teintures qui se succèdent, inutiles au charme existant.

Silhouette vive dans son immobilité où je devine les traits d’un visage, le jeu des mains, l’odeur des mots, les courbes du regard ….

Tout se brouille comme au sein d’un brouillard ouaté, la neige du passé présent apaise les éclats et apure l’icône féminine qui s’évanouit dans le silence d’un aria.

Surréalisme …

Pourtant, pourtant ce n’est pas un rêve, un songe, un spectre … c’est bien une silhouette débordante de vie dans la complexité de ses parures furtives.

Est-elle « Une » ou « multiple » ? Est-ce un genre de puzzle qui germe dans mes neurones, plutôt qu’une vitalité que mes sens perçoivent ?

Je m’interroge en errant le long d’une rive déserte où gisent des débris d’hier et d’aujourd’hui …. Demain ?

Alors dans l’espoir d’ivoire clair ce sont les clins d’oeil de la voie lactée qui m’attirent vers la voûte étoilée en quête d’un regard et d’un sourire.

Chris

juillet 6011

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Si, si .. 16 mars, 2010

Posté par hiram3330 dans : Silhouettes , ajouter un commentaire

Si, si ..

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Tu ne vas pas me croire, c’est incroyable, pourtant c’est vrai, vrai de vrai, je t’assure (tous risques) j’ai eu cette fabuleuse chance inouïe, je l’ai vu, de mes yeux vu !

Pourquoi moi ? Et pourquoi pas moi ! Après tout je suis dans la moyenne générale de l’humain (j’espère), alors la faveur de cet évènement m’a échu et comme je suis un zeste partageux, je vais te le narrer, encore sous le coup de la vision, je dirai même (j’ose) de la grâce ….

Il était assis …. lumineux dans sa rondeur de femme enceinte, le regard brillant, du moins le reflet de ses lunettes  laissait croire que .., un sourire béat de fausse humilité sereine, un café (offert) d’une main, l’autre prête à bénir le premier quidam venu. C’est ainsi qu’il m’est apparu la première fois, alléluia.

L’émotion, immédiatement, m’a saisi …. ma gorge s’est serrée, mes yeux se sont embués, mon souffle s’est égaré, en un mot j’étais statufié par cette vision aussi inattendue qu’exceptionnelle …. hosanna !

Soudain, tel un doigt divin, un rayon de Râ vient faire étinceler le ballon de vin (rosé) qui se dissimulait partiellement derrière le canard  gras du troquet. Était-ce La « Cène » ? Cette question fusa dans mon esprit ahuri, cogna mes neurones hagards, hallucina mon regard vacillant …

Mais où donc se trouvait le « pain » ? Comme une cène peut-elle exister sans pain ?  Mes prunelles furetèrent à la vitesse cosmique de la lumière éblouissante … Ouf, je le vis enfin, camouflé sous un dossier autant urgent qu’huileux et antique, il était là et bien là le « pain au chocolat ». J’assistais donc bien à la Cène !!!

Magnifique !

J’extasie …. je suis quasiment en lévitation transcendantale …. comme sous l’effet du LSD (Le Soda Dégazé) …. gaffe à la chute mon pote, plus on est haut, plus elle est dure …. (la chute bien sûr).

Je me repris lentement à respirer avec parcimonie tant j’étais encore émotionné par cette image époustouflante qui avait imprégné mon âme redevenue enfantine. Gloire à toi …. C’est l’immanence !

Cool, zen et serein me dis-je dans un murmure essoufflé ..  Cette rencontre sans commune mesure, même pas de poids, est un signe pensais-je sous l’illumination … des néon du troquet.

Ainsi devins-je un des apôtres !

Muet j’observais ce front ruisselant de la sueur de l’intense réflexion permanente de celui qui désormais sera ma voie, ma voix .. transfiguré je fus sous le coup du sort, sous le coup de chaleur, sous le coup de cette conversion aveuglante de sincérité absolue.

Vite un demi, ou plutôt un bock pour ré-humidifier ma bouche asséchée par l’extase naissante !

Période bénie qui débuta alors, sur un chemin rectiligne de méandres tortueux, ou le sourire bonasse camouflait un appétit de squale dérivant dans les hauts fonds, mais également dans les bas fond de la pensée unique : la sienne (pas la terre italienne).

Hypnotisé par la parole sirupeuse je suivis, deux pas en arrière, pendant quelques temps l’homme qui cachait son ombre, le gourou qui, onctueux, distribuait parfois même gratuitement son enseignement rigoureux de dégustation alcoolisée, de repas interminable, de geste libidineux, et de pensées graveleuses.

Fascination.

Je rageais de n’être qu’un parmi la poignée d’apôtres .. car apôtres il y avait .. certes le nombres n’atteignait pas la douzaine (comme dans le roman si connu) mais ils étaient de poids. Ce qui me rassurait un brin était qu’ils fussent de chair et d’os (moins d’os que ..) comme moi.

Un doute.

Si les apôtres sont aussi peu nombreux .. cela ne dissimule point une supercherie à la foi affichée ? Je m’interroge, je suppute, je m’atermoie .. en un mot comme en deux …. je doute soudainement ! Ma foi s’est-elle envolée, évaporée, dissipée sous le choc de cette question muette qui me taraude le cervelet, même le bulbe rachidien.

Que nenni, comment serait-ce donc possible que j’eusse face à moi une fausse icône, une idole factice et pastichée .. en un mot comme en trois un mirage aveuglant la poudre évanescente de ma réflexion spirituelle.

Tout de même je passe en revue, non le quarteron d’apôtres, mais des souvenirs récents de mon vécu d’idolâtre béat qui éclosent soudain sur l’écran de ma mémoire anesthésiée .

Comment ?

Comment ??

Comment !!!

Que n’ai-je donc vu plutôt ce qui était aveuglant …. « on en reparle demain » fut un cri de ralliement avec « on mange où ? » mieux connu dans ce cercle ovale. Bref, l’essentiel était dans la transmission initiatique d’une obéissance divine teintée, dans la masse, d’un soupçon de paternalisme parfois équivoque.

Le messie …. est-ce finalement un gourou ? Enfer et damnation ! Je m’interroge et te pose la question abruptement, sans finesse, sans détours, sans ambiguïté, sans un mot de crainte que ce dernier ne fut rapporté par les oreilles larges qui traînent partout … d’une image corse, à un orang dégoûtant, voire même qui sait d’un serpent de la jungle routière.

Je tremble, je frissonne devant l’avalanche de découvertes soudaines et aveuglantes comme l’éclair (non chocolaté) d’un feux clignotant orange surmontant une caisse jaune fluo …. Et si … et si … je n’ose l’envisager une seule seconde isolée !

Et que dire de la vision édénique de sa nuée vaporeuse d’apôtres se piétinant pour avoir l’honneur et la grâce d’offrir un demi, un quart (rosé) une larme de caoua …

Une litanie, un peu déplumée tout de même, d’une demi (sans faux col) douzaine d’adeptes extasiés et anesthésiés par l’ampleur de la puissante pensée boulimique et les inévitables « on en reparle demain » qui sont au starets, au cénobite aussi fondamentaux qu’une bouée (ventrale) au bavarois (pas le gâteau) tâteur de blondes (mousseuses).

L’air inquiet, l’oeil hagard, le souffle rauque c’est ainsi que ce décrit le zélé disciple un peu (beaucoup) sectateur groupie béni oui-oui de base, un brin rustique, un zeste affiné mais pas fini, en un mot comme en deux : halluciné de première.

Et la cène !

Énorme par l’ampleur de chacun des apôtres individuellement, nonobstant la masse impressionnante de cette demi-douzaine rassemblée, ou plus précisément entassée, sur des chaises qui n’en peuvent mais … et une table qui gémit lugubrement sous les assauts des couverts voraces et arrosés de liquides raisineux fermentés.

Baroque par l’assemblage hétéroclite des ambitions similaires, mais pas complémentaires, cette poignée de porteur de valises se prélasse face à la stature, ronde, de l’icône qui pourrait léviter si … si … si le poids (des soucis) ne venait contrarier l’envol gracieux (non pas graisseux) de son corps altier et de sa pensée éclairante comme l’étincelle fumante d’un briquet à silex.

Hilarante par les coups de coudes, les croc-en-jambes, les ironies vaseuses, les critiques acides, les regards vitreux, les … non La pensée (unique) et pas mirobolante d’une auto-satisfaction des plus superfétatoire et pléonasmique dans son unicité esseulée et répétitive.

Une miette de fébrilité vient secouer mes réflexions esbaudies …. et la croix ? Pas la lessive voyons ! La Croix, avec les clous, la couronne d’épine et la lance dans le flanc ( oui avec un c le flanc !), bref l’imagerie habituelle de l’autre, le vieux d’avant .. lui-même .. si je ne m’abuse (et ne t’abuse d’âneries).

De quoi « mécréant » ?! Niet ! C’est la « copie » qui est en cause, pas mon regard torve que je jette négligemment sur cette silhouette qui n’a rien de bouddhique mais beaucoup de maléfique.

La croix .., elle manque dans l’histoire celle-ci .. voyons, réfléchissons comme le verre minéral et glacé qui lui couvre les yeux telle l’ébauche d’un masque, d’une cagoule corse, ou d’un passe-montagne de braqueur d’une série noire …. crucifixion en panne donc, pour le moment, mais tout espoir reste permis.

Heureusement, grâce à Dieu, ce cauchemar explose brusquement dans la soudaineté imprévisible d’un réveil brutal lorsque retentissent, en bousculade, les deux cris de râle – y – ment : « On en reparle demain » car ce qui compte est de savoir là, ici et maintenant …. « on mange où ? » … bigre !

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Et si, si .. ce n’était pas un vrai songe, ni une fausse réalité ..

Il me reste heureusement la vision, bien réelle, elle, d’une soirée journalière où les étoiles s’amusent à se poursuivre sur le satin d’une voûte au bleu profond, si profond qu’il en semble noir ..

Si, si ..

 

Chris

mars 6010

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Amis … 31 décembre, 2009

Posté par hiram3330 dans : Silhouettes , ajouter un commentaire

 Amis …

 

Moi mes amis je ne les aime ni avec coeur ni avec intelligence.
Le coeur peut s’arrêter et l’intelligence peut oublier.
Moi j’aime mes amis avec mon âme.
Elle n’oublie pas et ne s’arrête pas.

Mevlana

Merci Bernard pour …

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Ardèche 15 mars, 2009

Posté par hiram3330 dans : Silhouettes , 2 commentaires

Ardèche

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Enfin arrivée !

L’air enivre par sa fraîcheur et sa pureté conservées jalousement dans le secret des vallées et des crêtes …, la vue est vaste, la nature souriante de cette venue rituelle, la maison respire la santé de revoir son hôte qui grimpe la pente jusqu’à sa porte déjà bâillant du  plaisir de ces retrouvailles.

L’esprit s’échappe, au delà de là pour aller à la rencontre de là bas, qui est pourtant là aussi … des silhouettes naissent, re-naissent dans la lumière de cet azur, des images de hier qui est le demain d’aujourd’hui s’amassent et se forment en une riante corole, apurées de toutes scories d’en bas.

Lieu fantastique, lieu hors du temps, lieu .. magique.

Ardèche est le nom d’un serpent d’eau creusant des gorges vertigineuses, ardèche est une cache de vie, et non de rêves … c’est là ! C’est ici que des racines sont nées, agrippées dans la roche du soleil enfin brillant, celui qui éclaire l’intérieur, celui qui illumine regards et sourires, celui qui est Vie et bonheur, bonheur simple et apaisé, bonheur … canari.

Contemplation de cette terre faussement aride, de ces roches trompeuses de sécheresse, de cet air sec qui sait faire naître l’humidité de l’oeil.

Appropriation du silence de la nature qui gazouille, frémit, susurre, frissonne, avec la douce mesure d’une évidente sérénité.

Un peu plus haut se niche, se love le lopin où gargouille une discrète source rafraîchissante, dissimulée en partie, par la végétation rebelle et protectrice, par les arbres … par Lui, allongé, comme pour écouter par le sol les pas venant lui rendre hommage et partager son histoire, la comprendre, la poursuivre …

Magie !

Errer sans but, et sans pléonasme, est une activité vitale en cet espace préservé des miasmes d’ailleurs, des souvenirs lointains, des soucis qui ainsi s’estompent, avec une délicate timidité, face à l’énergie qui vient et s’enroule autour des pas pour bonifier la transpiration de l’effort consenti.

La vue s’égare, sans se perdre, dans l’horizon où gîte une masure sortant de la gangue de son passé ….  Un nid semble se bâtir, celui enfin où l’étape sera infinie, où on se posera avec la tendresse du coeur, celle qui est ici infinie aussi.

La vue se fond également dans des travaux de rénovation autres, dans des remise en valeur d’une terre sous laquelle bruissent ces racines, doubles, qui s’étendent en souplesse, en caresses, ensembles …pour tricoter des entrelacs de douceur sincère.

Qu’importe la saison.  La neige ouate les sons, sauf ceux du bois qui pète sous l’assaut des flammes ; la pluie nettoie les derniers grains de jadis ; le vent entraîne dans le lointain les images grises qui s’estompent ; le soleil embellit, autant que peut ce faire encore, le sourire ; la lune, complice, couvre l’étreinte ; les nuages s’esclaffent du duo qui marche main dans la main ; l’arc en ciel reflètent l’humeur ….

Magie !

Et puis, et puis quand le soleil dans un clin d’oeil va s’assoupir derrière les montagnes, l’azur se met à miroiter des danseuses, sans tutu, venant batifoler dans l’écrin de la nuit. Elles passent et repassent dans des orbes immuables, croit-on, d’aucunes même taquinent le regard en clignotant de plaisir …. Quelques traits de feu sabrent parfois ce ballet, en se consumant pour que les voeux s’accomplissent …

Les jours se succèdent sans heurts, sans contraintes, sans angoisses .. Le temps n’a plus la même valeur, il ne s’agit plus ici de secondes, minutes et heures .. il s’agit d’instant, de moment, d’espace … d’une rencontre perpétuelle, d’un échange permanent, d’une ébauche de fusion …. il s’agit d’être et d’êtres.

Peu importe les vagues d’avant, là est la quiétude … celle des pensées, de l’esprit, de l’âme … de l’intimité de l’individu qui s’est retrouvé dans le lieu, et dans l’autre qui l’accompagne, non comme un double ou une ombre, mais comme un complément si longtemps attendu.

Magie encore !

Le firmament, diurne comme nocturne, se retrouve et se reflète dans le regard qui chemine, souriant, vers la silhouette qui se trouve partout en permanence … Les étoiles étincellent, la lune pouffe, le soleil rit … l’arc en ciel fait un dais de ses dégradés pour protéger ce duo en marche ….. vers l’indéfini de cette osmose.

Magie toujours !

C’est en ce lieu, étrange par sa simplicité, qu’est le havre trouvé d’un repos partagé, consacré à soi et à l’autre, à l’autre donc à soi, à ce couple à la sérénité trouvée, ancrée dans le terroir de cette Ardèche un peu hors du temps qui n’existe plus .. Hier s’est dillué, aujourd’hui est savouré, demain n’existe pas …

Chris

mars 6009

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Lui 30 novembre, 2008

Posté par hiram3330 dans : Silhouettes , 2 commentaires

Lui

Il y a ….. longtemps, dans un autre siècle, je l’ai rencontré … non par hasard (je n’y crois pas) mais parce que c’était le moment et le lieu. C’est ainsi la vie, on cherche parfois, on trouve quelque fois, tout cela serait la destiné dit-on.

J’y songe souvent, surtout en cette période, car je l’ai vu, vivant si je puis dire, à la fin de l’année, d’une année… c’était hier, il reste présent dans mon esprit, dans mon coeur et je l’entend encore qui me dit …..

Personnage imposant, personnage pesant, personnage pour beaucoup impressionnant … il était pourtant lui, simplement mais entièrement, avec une finesse bourrue, un sourire intérieur, une pensée lumineuse : un Maître, un vrai … de ceux qui font cent centimètres quelles que soient les conditions d’espace et de température.

J’appréciais son humour décalé, son humour délicat, son humour glacial … que d’instants où, complices par l’esprit et le regard, nous discutions de choses et d’autres, d’autres aussi oui …. il était ainsi, comme un peintre impressionniste, par petites touches, codées, multiples, à tiroirs … nombreux les tiroirs.

Il était de profession … architecte, oh pas Grand Architecte De L’Univers, non … architecte créateur par sa vision intérieure qu’il mettait en oeuvre sur le terrain concret …. en imaginant des bâtisses, des universités, des magasins, des collectifs, tant de constructions qu’une fois, une seule, je l’ai taquiné en l’appelant Hiram …

Hiram ! a-t-il grogné … un peu rogue, avec la malice au fond de l’oeil gauche … Hiram ? Qui est Hiram m’a-t-il rétorqué … Ma taquinerie m’a valu, ce jour là, de longues minutes interminables d’explication embrouillées, partielles, confuses sous son regard perçant et froid comme une banquise des pôles.

Assis, bourrant sa pipe il regardait d’un oeil lucide l’agitation qui le cernait, les « courtisans » qui venaient quémander un conseil, une idée, ou plus prosaïquement qui souhaitaient qu‘on les visses en sa compagnie … les pires … Je n’ose écrire là les termes, bruts, qu’il savait employer à leur égard et sans égard …..

Un personnage oui ! Craint … du moins par ceux qui n’ont pas su voir au delà des apparences, au delà de son apparence … craint aussi des autres, les mesquins et petits qui tremblaient de leur propre ombre, mais ceux-là …..

Une figure oui ! Connue « orbi et orbi », pas des médias bien sûr, mais de nous tous ici et maintenant, là et là bas, quelle que soit notre couleur, notre niveau, notre langue … Connu il l’était, en son pays, en son continent, de ses pairs, de ses « adversaires » également.

Un esprit oui ! Lumineux et en expansion permanente , semant ici où là, ici et là des parcelles de matière ne demandant qu’à s’enflammer pour éclairer … combien de fois n’ai-je pas tenté d’en saisir des éclats … combien de fois n’ai-je pas laissé passer, entre mes doigts trop écartés, cette manne ?

Un homme oui ! Givrant d’apparence, brûlant d’amour pudique … Oui « d’amour » ….. pour ses semblable et pour l’humanité, qu’à sa place il essayait d’améliorer un tant soit peu par sa pierre qu’il burinait inlassablement. Pour moi, pour nous il faisait figure de « clé de voûte », rayonnant il savait d’un mot, d’une parole (pas perdue pour tout le monde) remettre d’équerre et d’aplomb la construction en oeuvre.

C’est assez amusant et paradoxal, il aimait lui aussi les paradoxes, mais sa présence apparemment glaciale réchauffait nos réunions et notre atmosphère, surtout lorsqu‘il semblait s’être assoupi … et voilà qu’une paupière se levait, qu‘une grêle de mots s’enchaînaient, que des idées se bousculaient vers nous tout ébahis de la clarté apportée …

Il n’a pas laissé de livre, il n’a pas laissé d’écrits hors ceux par autrui rapportés, il n’a pas laissé de testament  pour dire ceci ou cela … Non il n’a rien laissé de ce genre, ce n’était pas son genre …

Très Puissant Souverain Grand Commandeur « ad vitam » d’honneur, il n’a rien laissé de matériel, mais son apport fut, est si important qu’il laisse rêveur ceux qui ont pu bénéficier de sa présence très éclairée …

Sa présence est permanente dans nos coeurs, dans mon coeur à moi et dans mon esprit … car l’Homme qu’il fut pendant les années où j’ai pu l’approcher, où il m’a prit en affection curieusement, reste vivace, très vivace en moi ….. j’aime à me souvenir de son sourire qui brillait dans ses yeux quand il parlait, dialoguait avec des « jeunes » ….. un transmetteur … un vrai.

Mon Bien Aimé Frère Chaby point besoin de photo pour te voir ….. tu es !

Chris

novembre 6008

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