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La conquête du Grand Sud-Ouest – 9 - 28 juillet, 2008

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 » Je ne perds jamais mon sang-froid, mais j’admets que je l’égare parfois  »

 

Intermède Troisième

 

Gar … re à vous !!! Dans un même mouvement élégant, l’ensemble de la promotion se lève pour saluer ses chefs bien aimés, bien habillés et bien payés.

L’un d’entre eux, négligemment, laisser tomber :  » repos !  » En même temps que sa sacoche d’où s’évade un litre de gros rouge.

C’est ainsi que débute la réunion de rentrée tant attendue des animateurs en formation avides de connaissances, de bonnes paroles et d’ordres clairs. Aujourd’hui le dialogue portera sur l’Association. Les chefs parleront, les étudiants écouteront emplis d’un juste respect pour ces dignes vétérans de l’action socioculturelle.

 » Vous êtes les meilleurs !  » Nous dit-on,  » et vous vaincrez car vous êtes les plus forts ! « .  » En attendant vous devez savoir que vous ne savez rien et que, si vous voulez savoir ce que nous savons, sachez le donc, taisez-vous et écoutez ! « .

Un torrent d’applaudissements frénétiques fuse du groupe de stagiaires attentifs et enthousiastes …

 » Suffit !  » Aboie un de nos illustres prédécesseurs,  » silence ! « .  » Si nous sommes ce que nous sommes, c’est que nous le sommes. Et si vous voulez être ce que nous sommes, vous devez apprendre sans réfléchir ! C’est la seule solution dans une démocratie vraie au sens le plus élevée du terme tel que nous le définirons dans l’exposé des Principes qui n’étaient pas encore applicables et qui, d’ailleurs, ne le seront bientôt plus ! « .

Un frémissement d’aise secoue la promotion devant cette aveuglante logique implacablement logique et réciproquement …

 » Aussi, incessamment sous peu bientôt, vous serez pré-affectés, sauf ceux, je ne cite personne notez le bien, qui sont ce qu’ils sont et inversement ! C’est à dire eux-mêmes ! « . Une légère brise d’angoisse s’échappe dans d’innombrables soupirs craintifs …

 » Mais ne vous inquiétez pas, nous sommes là ! Et si nous sommes là, contre vents et marées, c’est que nous ne pouvons être ailleurs et donc nous sommes là ! Nous sommes là pour vous aider, vous assister et vous aimer ! « .

 » Oui vous aimer car vous êtes nos filles et nos fils car, en effet, nous sommes une grande famille unie ! « . (Le grand blond là-bas, dehors !!!).

 » Eh bien oui à toutes vos questions correspondent des réponses claires ! « . (La stagiaire déléguée, dehors !!!).  » Certes vous pourriez croire, à tord, que nous sommes des Patrons ! C’est faux ! « . (Le petit Robert, dehors !!!).

 » Bien sûr on est des Chefs mais toute démocratie nécessite une Direction ferme, et c’est pourquoi nous sommes là ! « . (Le stagiaire aux yeux doux, dehors !!!).  » Maintenant il y a ceux, quelle horreur, qui ont mauvais esprit ! « . (Le montagnard, dehors !!!).  » Ceux qui parlent ! « . (La bavarde lourdaise, dehors !!!).  » Ceux qui ne parlent pas ! « . (Les deux du Lot-et-Garonne, dehors !!!).  » Ceux qui agissent sournoisement ! « . (Le stagiaire de la vallée, dehors !!!).  » Enfin, en un mot les Anarchistes au sens le plus bas du terme ! « . (Le zonard d’Auch, dehors !!!).

Un léger vent de panique trouble les rares rescapés …

 » Heureusement vous êtes intelligents ! « . (L’ex éducateur, l’ancien sidérurgiste et la petite brune, dehors !!!).

 » Et vous comprenez que nous le sommes plus que vous car nous sommes les Chefs ! C’est héréditaire et biologique !  »  » Finalement vous, les militants de l’Education Populaire, êtes les soldats sans peur de notre armée fédérée et vous n’hésiterez pas un instant à tomber au front du combat pour nos autos et nos gestions ! Merci ! « .

 » Ce sera tout pour aujourd’hui, les questions feront l’objet d’une réunion ultérieure ! Rompez ! « .

Gar … à vous !!! Dans un même mouvement élégant, l’ensemble de la promotion se lève, dans un cliquetis de chaînes, pour saluer ses Chefs Biens Aimés, bien habillés et bien payés.

Chris 

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La conquête du Grand Sud-Ouest – 10 -

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 » l’amitié est à l’homme ce que le boudin est à la purée  »

 

Chapitre Septième

 

Complice la rivière se laisse monter par deux fuseaux de bois qui rament et zigzaguent sur son dos.

Tout à l’heure une étrave plus large écartera le fil de l’eau en une ballade détendue d’une berge à une auberge, crasseuse avouons-le …

Des kyrielles de chiffres, des actifs-passifs et des crédits-débits flottent encore, épars, et s’éloignent sous l’effet de la houle légère jusqu’à la plus proche écluse, bloquée. Les moustiques, repus, s’en sont allés et le soleil luit d’un sourire encourageant déformé par quelques capricieux nuages joueurs.

D’aucuns pensent que le plan comptable reste une devinette enveloppée de mystère au sein d’une énigme insondable.

Nostalgie.

Des visages et des noms se reflètent dans l’onde qui coule d’amont en aval. Un chapelet de souvenirs dérive comme pour s’enfuir, en jetant des clins d’œil, qui balisent ma mémoire.

Un film se déroule, à l’envers, fait de ralentis et de plans fixes d’où jaillissent des images usées mais vivaces.

Souvenirs.

Foix, Agen, Bordeaux, Auch, Lourdes, St Vincent, Adervieille, Angoulême. Jean-paul, Joëlle, Catherine, Pierre-Yves, Chantal, Philippe, Sylvie, Francis, Françoise, Olivier, Chantal, Robert, Guy, Jean-Claude et Jean-Marie.

D’autres encore, permanents et bénévoles peu connus et cependant si attachant.

Les reflets se troublent et s’égarent aux limites de l’espace et du temps.

De bons moments, de tristes sires, de la musique, des rires, des larmes parfois, de la gaieté toujours, des problèmes souvent.

 » Fauillet  » et  » Vagabond « , Aiguillon et Tonneins,  » Karli  » aussi.

Des cheveux bruns et blonds, des merguez et des glaces, un couscous et un kir, tant de choses prennent placent d’un commun élan à l’abri de la corrosion.

Des milliers de kilomètres, des soucis, de la fatigue, mais aussi des joies …

Le Grand Sud-Ouest se rétrécit pour n’être plus que le Languedoc.

Mais demain, demain, qui sait …

 » Redouter l’ironie, c’est craindre la raison « 

 

Conclusion

 

L’auteur tient encore à préciser que toute ressemblance entre certains personnages présentés ici, et des personnes vivantes ou ayant vécues ne pourraient être que le fait d’une coïncidence.

L’auteur décline encore toute responsabilité à cet égard et rappelle qu’il s’agit ici d’une œuvre de pure imagination …

 

 » Nous aimons la franchise de ceux qui nous aiment, la franchise des autres s’appelle insolence « 

Chris

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Duo 22 juillet, 2008

Posté par hiram3330 dans : Silhouettes , ajouter un commentaire

Duo

 

Flic. Floc.

Flic-floc font les gouttes du ciel en s’écrasant dans une flaque, qu’absorbe le gravier crissant de l’allée.

Ding. Dong.

Ding-dong fait le carillon de l’église voisine dont les notes rebondissent de toits humides en cheminées mouillées.

Tic. Tac.

Tic-tac susurre le balancier de l’horloge perclus de rhumatismes dûs à son âge vénérable.

Clic. Clac.

Clic-clac gémit la serrure de la porte dont le pêne torturé cède au viol d’une clé rouillée.

Ping. Pong.

Ping-pong râle la balle martyrisée qui vient et va au faîte du jeu d’eau d’un jardinet d’en bas.

L’air vibre et danse au rythme binaire de ces mil’bruits enrobant la vie quotidienne.

A l’étage, au second ou au premier, je ne sais plus, derrière une vitre aux larmes de pluie, se détache vaguement un visage. De loin je ne distingue guère s’il s’agit d’une courte chevelure claire ou d’une longue plus foncée ; tout est brouillé.

Assourdis quelques cris s’échappent ; enfant, perruche, qui sait en cette ambiance ouaté d’où n’émergent qu’images floues et sons feutrés.

Les nuages s’accumulent, la lumière s’étouffe, l’eau ruisselle.

Tout s’obscurcit et s’éteint à la fois.

Déchirure.

Un pinceau de soleil casse net le hululement du train qui dévore le quai pour aller … pour aller en Avignon. Non, à Montpellier. Non … et qu’importe, il y va.

Dans un souffle asthmatique il avale les kilomètres et rejette des bouffés de soucis qui vont s’écraser sur les ballastes. Les glaces d’un wagon reflètent une tempête de rires dus aux tickets erronés.

Eclair.

Une cohorte de blattes se coule sous une peau de taureau, sous le regard énigmatique d’un scarabée multimillénaire, et laisse à penser, qu’au plafond se prélasse une araignée ; mais non.

Ce n’est qu’une émission qui défile sur l’écran aveugle d’un téléviseur cafardeux et morne fixant, sans les voir, une série de devoirs administratifs.

Flash

La chaîne roule et s’enroule autour des chansons et symphonies qui se lovent entre les deux aiguilles d’où naissent pulls beige et blanc en harmonie avec un sac noir et … gris.

En face un chapeau opine en se mirant au sein d’une agrafeuse où apparaissent des lèvres rose surmontant une paire de bretelles.

Une pomme est croquée, un chocolat englouti, des bonbons sucés.

Interlude.

Un bambin malicieux, au regard coquin, fait tinter ses lunettes contre le verre d’une table qu’il s’entête à escalader contre tout interdit. Dans un étroit couloir cascade l’écho d’une cavalcade endiablée saupoudrée d’un rire cristallin qui ravive un sourire déjà si lumineux. Un ballon coloré bondit et rebondit d’un escalier à un gazon qu’enserre une nuée d’autos.

Reprise.

Dehors l’eau bat le sol en cadence comme pour s’y blottir à l’abri de rires fous qui se croisent et s’entrecroisent au dessus d’une pile d’enveloppes qui se tassent et s’entassent par centaine. Des stylos s’épuisent à courir, sans but, pour le plaisir … et quelques centimes, à peines maîtrisés par de fines mains aux ongles carminés et aux doigts blessés.

Eclat.

En position du lotus, la méditation transcendantale se transmute pour n’être plus qu’une bulle de savon qui s’élève, plus légère que l’air, reposant le corps éreinté de gymnastique pour chercher un souffle court qui s’égare et crée des vertiges.

Les douleurs s’apaisent, la colonne d’assiettes se redresse. Les baffles diffusent doucement une musique sidérale, ou classique, qui enveloppe et développe l’ambiance chaude d’un bouddha, hilare et sympathique, rayonnant d’une lumière artificielle éclairant quatre saisons miroitantes.

Une flamme de bougie se tord d’envie et penche, insensiblement, vers une framboise en bouteille qui distille sucre et euphorie en de ridicules verres minuscules.

La multitude de perles de bois dingue au moindre zéphyr.

Reprise.

Toutes deux s’amusent à se renvoyer la balle, en une interminable série de revers et coups droits, par dessus les bureaux gris et sous l’oeil ébahi d’un collègue médusé de tant et tant d’énergie.

Cela fuse de tous côtés à une cadence effrénée qui sature l’atmosphère de longs traits de gaité tressant, sans bavure, un canevas aussi serré qu’agréable.

De temps à autres une antiquité ébréchée dispose, cérémonieusement, un paquet de papiers agrémenté d’un « voilà ! » tout juste murmuré et immédiatement contré d’un triple « merci ! ».

Non loin une voix éraillée jette, hargneusement, un retentissant « qu’est-ce que c’est, c’est pourquoi ? », alors que l’on entend un autre s’esclamer indigné « je sais pas, c’est pas moi, c’est fermé !’.

Un parfum de menthe monte des archives poussiéreuses indiquant clairement qu’il est temps de la pause.

Dans l’étroit corridor, à peine éclairé, se déplace un sous-off en quête d’anisette. Il erre lamentablement en un hennissement grinçant et lugubre et se heurte et se cogne aux portes closes des services moroses.

Interlude.

Sur l’eau de chlore saturée, des enfants s’essayent à nager couvés précautionneusement d’un regard bleuté.

Attentive, admirative elle scrute son neveu, d’un bord à une rive, aisément s’agiter.

Fugacement l’onde verte d’un océan déchainé traverse son esprit, la laissant là, emplie de nostalgie. Bien vite elle réagit en rêvant à son lit où elle reposera, tranquille, pas plus tard que vendredi.

Ailleurs, toujours, c’est un petit d’homme qui s’amuse et rigole des milles facéties qu’il invente sans effort tout heureux d’apprendre à être lui-même.

Accalmie.

A force d’obstination, le soleil testard, perce et brise la masse nuageuse et se force un passage permettant à ses doigts d’or d’indiquer, et de réchauffer, des fenêtres embuées.

A l’intérieur c’est la fête.

Enfin libéré une perruche étend ses ailes et lance sa trille ; un petit blondinet se jette sur la porte et s’énerve à vouloir, dans un jardin, s’amuser.

Les deux femmes, encore engourdies des lettres préparées, s’apprêtent et se colorent pour arpenter les boutiques qui tendent leurs vitrines elles-aussi bien tentantes.

Dans le clair-obscur qui s’avance entre chien et loup

d’un pas mesuré, l’eau du ciel tombée s’évapore pour ne laisser que d’infimes traces humides bientôt absorbées par la pénombre d’un crépuscule protecteur.

Chris

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La clé

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Paroles: Claude Nougaro. Musique: Maurice Vandair et Michel Portal 1966

MP3 Karaoké

 


Donnez-moi la clé, donnez-moi la clé
Saint Pierre donnez-moi la clé
Pourquoi la porte est-elle toujours bouclée ?
N’attendez pas que je sois décédé
Saint Pierre donnez-moi la clé
La belle vie faut pas nous l’enterrer
Saint Pierre donnez-moi la clé
La clé
La clé
 La clé je l’ai cherchée partout, partout
Saint Pierre donnez-moi la clé
Même sous mon paillasson quand j’étais soûl
Saint Pierre donnez-moi la clé
Tant cherchée que j’en suis devenu fou
Saint Pierre donnez-moi la clé
Fou c’est normal que je m’adresse à vous
Saint Pierre donnez-moi la clé
La clé, la clé
La clé, la clé

Je n’suis pas un saint
Je n’suis pas un saint
Mais dites-moi qui l’est ?
Je n’suis pas tout encre
Je n’suis pas tout encre
Vous n’êtes pas tout lait
Si vous l’êtes lancez-moi la première pierre
Saint Pierre jetez-moi la pierre
Ou bien donnez-moi, donnez-moi la clé
Saint Pierre donnez-moi la clé
La clé
La clé

La clé en anglais ça se dit « the key »
Saint Pierre donnez-moi la clé
Et le baiser se traduit par « the kiss »
Saint Pierre donnez-moi la clé
De la vérité serait-ce l’esquisse ?
Saint Pierre donnez-moi la clé
Est-ce que la clé du monde est un baiser ?
Saint Pierre donnez-moi la clé
La clé, la clé
La clé, la clé

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Corsaire

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Corsaire

 

Le ciel est bas et la mer agitée tandis que moi j’arpente avec nervosité le pont de bois de mon navire.

En haut de la grand vergue claque, tel un fouet de négrier, le sombre étendard de mon brick corsaire, pas pirate ! J’ai des lettres de créances de mon souverain, nuance.

Mauvais temps, il compromettrait tout éventuel abordage te mettrait en péril ma lourde cargaison de doublons d’or et de joyaux précieux ; enfin il ne me reste plus qu’à prier Baal ou Belzébuth car Neptune …

Aller, un petit rhum pour se mettre en forme et éclairer l’esprit embrumé comme l’horizon ; par chance pas d’épidémie de scorbut ou de fièvre tropicale, à peine un pendu pour insolence. Il me faudra aussi songer à interroger cette belle marquise prisonnière et sa dame de compagnie … Non la dame de compagnie sera plutôt pour l’équipage en mer depuis trois mois sans escale.

Et toujours ce temps bouché !

La nuit tombe et plus rien ne requiert ma présence à la barre de mon voilier, je vais pouvoir mener ce délicat interrogatoire.

La cloche de quart me réveille brusquement et je bondis vers la petite lucarne admirer le soleil éblouissant qui a su dompter l’océan ; quelle nuit ! Les cris de peur puis de plaisir de la dame de compagnie ont troublé ma nuit, entr’autre …

Déjà la vigie rugit qu’une voile est en vue appartenant à un galion qui semble particulièrement riche ; décidément après une nuit peu calme, un beau combat enrichissant se profile.

Sur le pont l’équipage s’affaire avec dextérité autour des canons de fonte et des grappins d’abordage, tandis que sabres et haches luisent de joie anticipée. La chasse est ouverte !

Hélas le combat fut bref, presqu’ennuyeux : peu de résistance et de sang, à peine quelques têtes coupées et deux ventres béants. Tout se perd … encore des richesses : or, argent, épices, draps, vins … Encore de charmantes prisonnières ; peu de sommeil réparateur en vue. Simple routine.

Après avoir lavé le pont des tâches suspectes, après avoir bouté le feu au galion, après l’ivresse de la victoire et du vin, le train-train habituel reprend avec ses quarts et ses veilles, les interrogatoires prolongées des prisonnières prises seules ou par deux, pour aller plus vite … la routine quoi.

Mon souverain sera content de moi et de ma moitié de butin que regorge ma cale ; mais moi je vais prendre ma retraite et, par la même occasion, une femme dans ma bonne ville de La Rochelle dont je serai Gouverneur .

Chris

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Le petit d’homme

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Le petit d’homme

 

Un soir, à la veillée, le « petit d’homme » se retira subrepticement en son antre pour consulter, accompagné de la nuit complice, ses grimoires aussi antiques que poussiéreux.

A la lueur tremblotante d’une chandelle il s’assit, réfléchit et médita.

Peu à peu, perdu dans ses pensées et enveloppé d’une douce tiédeur, il somnola et sa tête se fit lourde, et ses yeux clignèrent, et son corps se détendit.

Il dormait.

Bercé, en sourdine, par une voix mélodieuse et maternelle, sa conscience s’évada, s’évada haut, si haut qu’il atteint sans effort la sphère de lumière où s’ébattent, sans contrainte, tant et tant d’âmes pures dépouillées des miasmes délétères de la réalité quotidienne.à il grandit, il grandit à la mesure de l’infini de l’univers pour enfin s’y fondre et s’y confondre en un halo d’or et d’argent que jalousent si fort Lune et Soleil.

Il était bien.

Plus d’espace, plus de temps : Libre !

Le microcosme et le macrocosme se mêlent en cette atmosphère apaisante et sans borne.

D’un oeil plein de tendresse et d’amour il contempla cette femme aux longs cheveux qui l’avait porté et protégé en son sein et d’un coup, d’un seul coup il fut elle comme elle était lui.

Un cordon avait été coupé, un autre jamais ne le serait.

Ayant compris cela, en un éclair, il se laissa glisser à la dérive de ses rêves pour vagabonder, ans poids, vers le rivage de l’imagination innocente de ses quelques mois terrestres, découvrant cette parcelle d’intelligence cosmique sans âge.

Il rêva.

D’un doigt négligeant il se mit à feuilleter un épais ouvrage alchimique dont les mystérieuses formules kabbalistiques se reflètent sur les verres en équilibre au bout de son nez bronzé.

Bigre, pense-t-il, que sont-ce ces in-équations qui dansent cet endiablé carrousel telle une équipe de foot ?

Un peu désorienté, un peu désappointé et pour aviver sa concentration il se met à siroter, pensivement, un biberon de lait tiède tout en ôtant sa paire de lunettes rayées.

Soudain, Eurêka ! L’importance de sa découverte subite le laisse pantois et presque ronronnant d’une satisfaction merveilleuse.

Tout s’éclaire, c’est ça, c’est bien ça : il a enfin retrouvé le secret, le fabuleux secret, l’incroyable secret.

Afin d’assurer sa certitude désormais certaine, il se jette avec boulimie sur d’autres ouvrages sans prendre garde que sa couche, avec des fronces là, se détache et va recouvrir les pantoufles déjà abandonnées.

Qu’importe, la douce fièvre de la réussite l’enthousiasme, lui fait monter le rouge au front, illumine son visage.

Enfin les limbes de l’obscurantisme vont se déchirer pour l’humanité entière.

Au matin il sera célèbre, il sera gigantesque, il sera adulé par une foule déchainées en extase devant son génie.

Plus calme il rechausse ses bicycles pour mieux savourer son triomphe et vérifier sa théorie révolutionnaire.

Pas de doute la solution est exacte et d’un bond il se lance sur le canapé, puis entreprend une folle sarabande le cul nu. Et puis, tout de même, un léger doute, douloureux, intolérable, qui serre la gorge.

Oui, oui il faut faire l’Expérience sinon la frustration sera grande, sera plus forte que la liesse.

Perché au fin fond de son fauteuil, il manipule, avec précaution, une multitude de fioles aux couleurs et aux odeurs des plus étranges. La transmutation débute dans des volutes de fumées bizarres qui s’échappent et envahissent son laboratoire.

Actions et réactions s’enchainent et se déchainent en grondant.

Voilà le miracle s’accomplit.

Épuisé mais heureux il souffle un instant en se mirant au plus profond de ce liquide tant recherché par des milliers d’autres.

Demain il sera consacré.

Alors il s’apaise, alors il s’endort, alors il est bien, alors il rêve devant tous ces bouquins ouverts. Léger il plane au sommet de tout et regarde à nouveau, avec tendresse, son environnement.

Las, une voix le trouble dans son sommeil en disant comme chaque jour : Louis-Edmond, c’est l’heure, il faut se lever.

Et le merveilleux rêve se brise et s’éloigne ; il faudra encore attendre et grandir pour qu’il devienne réalité.

Chris 

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Etroitesse

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Etroitesse

 

Me revoici enfin, moi le conquérant qui ai vaincu le vide interstellaire et violé les étoiles lointaines.

La foule se presse et applaudit à tout rompre. Quel vacarme ! J’ai perdu l’habitude du bruit en explorant l’infini insondable, seul pendant quatre longues années.

Je suis de retour et ces gens m’effayent et me font horreur. Déjà la sécurité m’entraîne et m’entoure de toutes parts tandis qu’à mes oreilles bourdonnent les messages des gouvernants de ce monde étriqué et minuscule. Les « savants » m’attendent avec impatience pour vider mon cerveau des beautés de la nuit glacée et des astres brillants. Si j’avais su … mais je savais en fait ; et puis, quelle importance. Jamais ils ne sauront, jamais je ne parlerai, non jamais !

Non l’espace n’est pas vide, non nous ne sommes pas seuls ; mais j’ai promis que je resterai muet …

Que dire ? personne ne pourrait comprendre et tous auraient peur et se prépareraient à la destruction massive et irréfléchie. Pour perdre, bien sûr, car l’atome et le laser ne pèsent rien contre la beauté, la force et la sagesse, la puissance mentale aussi ; non rien.

Comme décrire ce que j’ai vu, entendu senti et surtout compris moi l’Homme ridiculement petit et faible, imparfait et égoïste, à l’intelligence étroite et minuscule.

Les souvenirs tourbillonnent terriblement présents, majestueux, écrasants.

J’ai appris bien peu, mais c’est déjà énorme par rapport à ceux qui veulent maintenant me disséquer et extraire mon âme. Mon âme que j’ai laissé là-bas, dans ce paradis intouchable et serein.

Je reste muet et absent face aux questions stupides de ces bipèdes idiots qui se nomment eux-mêmes « savants ». Quel humour ! J’en pleure de rire et manque de m’étouffer. Étonnement des « crânes d’oeuf » qui me regardent à présent d’un air inquiet.

Ma parole, mais ils ont peur de moi … eux, l’élite de la race … Que ne sont-ils point restés dans leurs arbres au lieu de jouer avec ces champignons mortels, voulant, voulant … peu de choses en réalité, de bien petites choses, à l’image de leurs ambitions féroces mais mesquines et ridicules.

Tiens donc, la sécurité m’entraîne à nouveau dans le dédale des couloirs gris et ternes. Vers l’asile je suppose ! Et cette pensée me fait rire à nouveau, moi qui suis libre, moi qui reviens de si loin, moi qui peux m’échapper par la seule volonté de l’esprit comme j’ai appris là-bas.

Un de mes acquis, le plus petit d’entres tous, mais ici cela fait de moi un monstre, dangereux en plus …

Non ils n’ont rien compris, ils ne comprendront jamais … heureusement !

Chris 

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